‹ Magasin théâtralChapitre 1528 sur 1711 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

SOTTINEZ, seul, se regardant.

Ce raseur a raison, mon physique n'a vraiment pas trop souffert des aventures désagréables qui l'ont affecté. Mais à présent, mon petit croûton, vous ne me mettrez plus sans dessus dessous, vous ne me ferez plus marcher les talons de bottes en l'air, exercice plus qu'incommode et tout-à-fait immoral... Ma vieille future amis ordreàcerenversement de choses; elle m'a muni d'un talisman... une mèche de ses cheveux d'une entière blancheur et d'une longueur... ce n'est pas étonnant, c'est une pousse de onze cent onze ans ; je m'en suis fait une chaîne. {Il montre une espèce de corde àpuits.) Avec ça j'ai pu reprendre Isabelle, je l'ai confiée au père Seringuinos , et quand je serai coiffé nous partirons; et pour nous éloigner plus vite de Madrid, nous prendrons le chemin de fer, c'est une invention nouvelle dont je veux essayer... Si mon rival me poursuit, je pourrai, à l'aide de mon talisman , me donner le plaisir de l'éreinter de toutes les manières... Ah! ah 1 je m'en donnerai, je le ferai tourner comme un tonton, je le ferai danser sur la pointe des cheveux.

BIGARO, reniranl avec un fer.

Me voilà, altesse, me voilà.

Eu ce moment la Folle, en costume de danseuse espagnole, eiitrf en dansant.

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SCEiXE m.

Les Mêmes, LA FOLIE.

Par saint .facques de Compostelle, voilà une jolie fille !

LA FOLIE

Vous trouvez, signor?

BIGARO, tout en coiffant Soilinez.

C'est quelque saltimbanque.

SOTTINEZ.

Qui es-tu? et comment t'appelles- tu?

LA FOLIE

J'ai nom Zambinella, et je suis danseuse; j'ai fait la fortune de mon directeur, et il vient de me renvoyer parce que, dit-il, je ne suis plus assee légère.

Ello fait un cntrccliat.

SOTTINEZ.

Mais c'est une sylphide.

BIGARO.

Un vrai vent.

LA FOLIE

II trouve mes yeux sans expression.

Elle regarde Sutlinez.

SOTTINEZ.

Mais ils sont assassins, tes yeux

LA FOLIE

Mes bras sans grâce.

Elle prend une pose.

SOTTINEZ.

Le rustre I

LA FOLIE

Mes jambes trop maigres.

Elle lève la jambe jusqu'au nez de Sotlincz. BIGARO.

Quels mollets !

SOTTINEZ.

Vénus n'était pas plus rondelette.

LA FOLIE

Ma taille mal prise.

C'est un imbécile.

LA FOLIE

Et vous?

SOTTINEZ.

Heinî

LA FOLIE

Étes-vous de son avis?

SOTTINEZ.

Pas du tout.

LA FOLIE

Voulez-vous de moi ?

SOTTINEZ, se levant.

Certainement. {A pan.) Elle est bien plus jolie qu'Isabelle.

LA FOLIE

Vous êtes directeur?

SOTTINEZ.

Je serai tout ce que tu voudras.

LA FOLIE

Alors vous me ferez débuter par mon pas chàle ; c'est mon triomphe, vou.s allez en ju^er. Avez-vous une écharpe à me prêter?

S0TTiNE7.

Je n'ai que des perruques LA FOLIE, prenant la (jrosse chaîna en chcvcu.rqne porte Soitincz.

Voilà ce qu'il me faut.

SOTTINEZ.

Un moment !

LA FOLIE

Je ne veux pas que vous me preniez de confiance.

SOTTINEZ.

Mais...

LA FOLTE.

.\IR : OiiLj VOUS êtes de mon cœur. (CliauiLord.) A l'instant, de mon talent

LES PILULES DU DIABLE

Vous allez juger vraiment ;

Cette cbaîne

Qui vous gêne Va me servir, c'est cliarmant.

SOTTINEZ.

Trop vive bayadère.

Rendez-moi ce bijou.

LA FOLIE

Non, non, je veux vous plaire En dansant mon pas indou.

Pour elle, du talisman Se'parons-nous un moment ;

Cette chaîne.

Sans grand' peine.

Me reviendra... c'est cliarmant.

La Folie danse quelque S pas.

SOTTINEZ,

Tu es un ange, et je te donnerai tout ce que tu voudras.

LA FOLIE

Je ne veux rien, seigneur, qu'un souvenir de vous, et je garde cette chaîne.

SOTTINEZ.

Hein? comment? je m'y oppose.

LA FOLIE

Pourtant je ne vous la rendrai pas

SOTTINEZ.

Mais tune sais pas...

LA FOLIE

Je sais au contraire , don Sottinez , que cette chaîne est un talisman; je sais qu'avec elle tu aurais eu presque de l'esprit, tandis que sans elle tu ne seras plus qu'un fat imbécile. J'avais juré de te prendre ce don précieux de la vieille Sara ; je le tiens et je te garde.

SOTTINEZ.

Oh 1 tu me rendras ma chaîne.

Jamais.

SOTTINEZ, courant après la Folie.

Air de la Galopade, Ah! je l'aurai.

LA FOLIE , se sauvant.

Jamais contre mon ère'.

SOTTINEZ, même jeu.

Me voler de la sorte !

LA FOLIE

Le vent m'emporte.

Si je veux, En tous lieux.

SOTTINEZ.

Âh! rends-moi mes cheveux I LA FOLIE.

Tu t'essouffles en vain.

SOTTINEZ.

Je suis comme un criu, Crains ma colère.

LA FOLIE

Si tu veux courir, puis te donner ce plaisir.

SOTTINEZ.

Quand je te tiendrai, Je m' vengerai.

LA FOLIE

Mais, pauvre hère, Pour me ressaisir, Prends donc les ailes du zéphyr.

Ah ! je l'aurai, Vois-tu? bon gre' mal gré.

Me voler de la sorte !

Si 1' vent t'emporte En tous lieux, Moi je veux Reprendre mes cheveux.

LA FOLIE

Ah ! je l'aurai.

Vois-tu? bon src mal src.

Tu gardes en vain la porte, Le vent m'emporte En tous lieux, Et je veux Te souffler tes cheveux.

Elle sort en courant, et Sottinez la suit.

BIGARO.

Eh benl dites donc, et mon argent? Ohl mais ça ne se passera pas comme ça.

Ilprendun fer qui chauft'ait, et veut courir après Sottinez; il rencontre Magloire qui entrait dans la boutique et qu'il brûle avec son fer.

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