‹ Magasin théâtralChapitre 1529 sur 1711 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

BIGARO, MAGLOIRE.

MAGLOIRE

Aïel mercil oh! là! làl... oh! là là I...

BIGARO.

Est-ce que je vous ai fait mal?

MAGLOIRE

Au contraire, vous m'avez brûlé le nez... Dieu! que ça me cuit ! j'en aurai deux ou trois cloches; il ne me manquait plus que ça!

Il a une énorme fluxion, et le nez tout rougi par le fer. BIGARO.

Monsieur, vous ne vous en irez pas d'ici sans que j'aie réparé ce petit accident.

MAGLOIRE

Vous êtes bien honnête, mais j'ai une dent...

BIGARO.

Contre moi? c'est mal.

MAGLOIRE

Du toutl*j'ai une dent, dis- je, qui ne me permet pas de sentir mon nez.

BIGARO.

Vous avez mal aux deuts ? comme c'est heureux!

MAGLOIRE

Ah! monsieur, j'ai peur d'en devenir hydrophobe. Ça me vient d'un coup d'air que j'ai attrapé dans un jeu de trictrac.

BIGARO.

Qu'est-ce qu'il dit?

MAGLOIRE

C'est un bien vilain jeu, monsieur, que le jeu de trictrac !

BIGARO.

Vous avez la figure dans un fâcheux état, mais je vais vous guérir en un clin d'œil.

MAGLOIRE

Vous arrachez les dents, perruquier?

BIGARO.

J'ai même eu pour cela un brevet d'invention de l'empereur de Maroc.

MAGLOIRE

Vous avez une belle clientelle, pédicure; mais je vais vous dire, monsieur, je suis fort délicat des nerfs, et la vue de vos horribles instrumens...

BIGARO.

Rassurez-vous, jeune homme , je n'ai pas eu mes brevets d'invention pour travailler comme tout le monde.

MAGLOIRE

Vous avez donc aussi inventé quelque chose?

BIGARO.

Monsieur, mon invention est si simple, qu'au premier aspect elle semble...

MAGLOIRE

Je comprends... Essayons-eû; car je passe des momens bien désagréables.

BIGARO, examinant la mâchoire.

La dent est de la plus profonde noirceur.

MAGLOIRE

Scélérat de trictrac... Si vous aviez pu inventer le moyen de m'airacher cette dent sans y toucher...

BIGARO.

C'est précisément cela

UAGLOIRE.

Vrail.... voilà qui est admirable!... Je voudrais être roi, grand artiste, je placerais cent écus sur votre tète.

BIGARO.

Voilà mon instrument.

MAGLOIRE

Tiens! c'est une pelote de ficelle!

BIGARO.

Je vais fixer l'extrémiié de cette ficelle dans votre mâchoire, puis je m'en irai à l'autre bout de la place, et la dent viendra me trouver.

MAGLOIRE

Je serai curieux de la voir s'en aller.

BIGARO.

Attention !

Il se place en face de Ma gloire, et tire un pistolet de sa ceinture.

MAGLOIRE

Qu'est-ce que vous allez faire, coiffeur T

BIGARO, visant.

Presque rien, je vise à la tête. Une... deux... trois.

Il tire.

MAGLOIRE

Aie! aie! [Il s'est rejeté en arrière pour éviter le coup de feu , et la dent paraît au bout de la ficelle.) En voilà une, d'invention!

BIGARO, montrant une énonne dent.

Et voilà une terrible dent.

MAGLOIRE

Comment! c'est à moi ça!... j'avais ce poteaulà dans la bouche!

BIGARO.

Si vous voulez m'en faire l'hommage, je la ferai passer pour une dent de rhinocéros.

UAGLOIRE.

Avec plaisir , coiffeur. Maintenant, il me faut encore quelque chose. Regardez-moi ça... [Il montre sa tète chauve.) Croiriez-vous que j'avais hier les plus beaux cheveux du monde? un grand diable me les a emportés; pourriez-vous m'en procurer?... je les veux rouges et bon teint.

BIGARO.

Dans cinq secondes, vous pourrez vous coiffer à la Louis XIV. Vous voyez cette tête à perruque, eh bien ! en la frottant de ma pommade blanquoblaguomaque, elle va se couronner d'une forêt de cheveux... De quelle couleur les voulez- vous?

MAGLOIRE

Rouges... c'est une couleur que j'affectionne pour les cheveux et pour les bas.

BIGARO.

Voyez.

La tête à perruque se couvre de cheveux. MAGLOIRE.

Oh ! comme ça pousse. .. Ah ! je n'y liens pas ! je veux en essayer... j'éprouve depuis long-temps le désir d'avoir des moustaches, jeveux m'en faire cadeau... Passez-moi le pot. [Il y met le doigt, et son doigt est aussitôt velu comme tin pinceau.) Qu'est-ce que c'est que ça?

BIGARO.

Imprudent!

MAGLOIRE

Voilà une pommade bien dangereuse... je ne

pourrai plus me présenter dans le monde avec un doigt panaché... Vous allez me couper ça, et tout de suite.

BIGARO.

Passez-moi votre doigt. Ah çâ! je n'ai jamais vu de crins aussi durs... mes ciseaux n'en peuvent venir à bout.

MAGLOIRE

Je ne puis pourtant pas rester comme ça!... Arrivez donc, perruquier... n'avcz-vous pas quelque rasoir? (Il entre dans la boutique, et passe la tête par la fenêtre. Le rasoir se détache, et coupe la tête de Magloire. Tm tête roule et s'en vu, et Magloire sort de la boutique en courant à tâtons après sa tête.) Ma tète! ma tête!

Bigaro sort en courant avec Magloire.

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Quatricrae Tableau.

Le the'àtre représente le point de de'part du chemin de fer; au fond uù grand mur.

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