SCÈNE VII
Les Mêmes, DOMINIQUE, MOULINET.
DOMINIQUE
Bonjour, mon père... M. Duval, je vous salue.
DUVAL
Bonjour, Dominique.
M. Duval ! qu'est-ce que c'est que ce ton-là ? Tu ne peux pas l'appeler Duval tout court, et lui serrer la main ?
MOULINET, bas.
Le papa ne se doute pas de la rivalité d'amour.
MARIGNON.
Eh bien?
DUVAL
En effet. Auriez-vous quelque sujet de m'en vouloir, Dominique?
DOAIlNIQUE,
Moi! aucun, aucun assurément.
DUVAL, lui tendant la main.
Mais, pourquoi donc, alors?..
MOULINET, bas à Dominique.
Mais prête-lui donc la main... il ie la rendia, })êta !
(Ils se donnent une poignée de main ; Moulinet en
donne une aussi à Duval.)
MARIGNON.
A la bonne heure... Ainsi, vousallez à la mairie?
DOMINIQUE
Oui , mon père.
MOULINE'r.
Nous y allons au pas de ciiargo , comme des "braves qui n'ont rien à craindi e, e®»
MARIGNON.
Ah ça, n'allez pas tirer de bons nuQiéros, dites donc?
DUVAL
Comment ! pourquoi ?
MOULINET
Au fait, oui , comment! pourquoi ?
MARIGNON.
D'abord, parce que ça me forait presque regrelier d'avoir fait assurer Dominique, s'il doit être exempt' par le sort... et ensuite parce qu'il faut laisser les gros numéros pour les pauvres diables qui ne peuvent payer de remplaçans.
MOULINET
C'est juste ! Mon choix est fait , le premier après le zéro, autrement dit, le an. Voilà ce que je veux.
DOMINIQUE
Vous avez eu tort , mon père , de consacrer à mon rachat une si forte somme, 11 eut mieux valu peut-être me laisser partir.
DUVAL
Que dites- vous, Dominique?
MARIGNON.
Partir !
MOULINET, il part.
A cr.use de sa malheureuse amour !
DOMINIQUE
Vous ne comprenez pas , M. Duval , ce désir de quitter Paris , vous qui êtes heureux ici , vous qui aimez et qui êtes aimé ?
MOULINET, à part.
Allusion du même à la même!
MARIGNON.
Ah ça ! qui donc ne t'aime pas, ingrat?
DOMINIQUE
Demandez plutôt de qui je suis aimé , mou père ?
MARIGNON.
Hein ? eh bien ! et moi donc ! et votre mère, aïonsieur, votre pauvre mère !.. Vous parlez de vous faire soldat , mais ne savez-vous pas que la séparer de vous ce serait la tuer? ne sais-tu pas que je mourrais, Dominique, si tu n'étais plus près de moi?
DOMINIQUE
Oui , vous avez raison ; maudissez-moi , mon père , car vous l'avez dit, je suis un ingrat !
MARIGNON.
Allons , je te pardonne ; mais plus de ces idées-là , mon garçon , je t'en prie.
MOULINET
Certainement! imite mon exemple. Est-ce que j'ai des idées, moi?., jamais. Image du pinson , j'en ai les mœurs et la chanson.
MARIGNON.
Allons , en route ! ne faites pas attendre le gouvernement; les affaires de la Banque nous réclament.
DOMINIQUE
Adieu , mon père.
fllOULlNKT.
En avaifl, niarche! Allons-nous en voir des mines déconliles et des nez allongés, des nez de vingt-cinq centimèlres. Adieu, père Marignon et Ja compagnie.
DUVAL
Adieu , mes amis , adieu.
ACTi: I,