‹ Magasin théâtralChapitre 1629 sur 1711 · LÉON, LUCIE · texte numérisé non relu

LÉON, LUCIE

LÉON

Vous désirez me parler, mademoiselle?

LUCIE

Oui, monsieur le duc. Dans la position étrange où je me trouve, un entretien entre nous était indispensable. Avant de faire part à mon père des motifs qui ont causé mon étonnement et mon trouble à votre aspect , j'ai voulu vous ouvrir franchement mon cœur, et j'attends de vous la même franchise.

LÉON, à part.

Que va-t-elle exiger de moi î

LUCIE

Est-ce bien aujourd'hui que nous nous sommes vus pour la première fois ?

LÉON

Mademoiselle, j'ai^déjà eu l'honneur de vous répondre...

LUCIE

Oui, vous avez balbutié quelques paroles que j'ai à peine entendues. Mais ici, nous sommes seuls ; sur votre foi de gentilhomme, vous ne m'avez jamais vue, vous ne m'avez jamais parlé qu'au château de Verneuil.

LÉON

Mademoiselle, j'ignore quel intérêt vous pouvez avoir à exiger de moi un pareil serment.

LUCIE

Vous allez le savoir. Je n'ai consenti à épouser le duc de Verneuil. que pour obéir à mon père,

LE CHATEAU DE VERNELIL

qui désirait vivement cette union. Mon cœur ne m'appartient plus.

LÉON, à part.

Ciel ! que va-t-elle dire !

LUCIE

J'aime...

Elle regarde fixement Léon.

O mon Dieu !

LÉON, à pari.

J'aime un jeune homme qui m'a préservée d'une mort horrible. Pauvre et sans nom, il porte une âme noble et généreuse. II a repoussé les bienfaits de mon père et n'a voulu accepter de moi qu'une simple bague. {Léon retire vivement sa main.) Adrien, vous portez encore ma bague I LÉON, tombant à ses pieds.

Eh bien, oui, je suis Adrien! Adrien au comble de la joie et du bonheur, puisqu'il est aimé, aimé pour lui-même de l'adorable Lucie!

LUCIE

Mon cœur partage vos sentimens... Mais par quel enchaînement de circonstance retrouvé-je Adrien duc de Verneuil?

LÉON, avec feu.

Oui, je suis le duc de Verneuil! ce nom illustre, cette fortune immense qui m'est chère, parce que je vais la partager avec vous, tout cela m'appartient. Trop long-temps j'en ai été dépouillé. C'est à mon tuteur, à M. le marquis de Rosebois que je dois la fin de mes maux. Un profond mystère, dont j'ai juré de garder le secret, a présidé à ma naissance. Mais une fois votre époux, vous saurez tout, et vous verrez que le pauvre Adrien, aujourd'hui duc de Verneuil, est digne de vous.

LUCIE

Adrien ou Léon, mon cœur vous appartient.

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