‹ Magasin théâtralChapitre 1628 sur 1711 · LOUISE, LUCIE · texte numérisé non relu

LOUISE, LUCIE

LUCIE, à elle-même.

Cequi m'arrive me jette dansun étonnement î... il n'est pas possible qu'il existe une pareille ressemblance... Mais Adrien, duc de Verneuil! Je m'y perds.

LOUISE

Mon Dieu, mademoiselle, comme vous voilà pensive et rêveuse! Est-ce qu'on est toujours comme ça quand on va se marier t

LUCIE

Louise, dis-moi. Depuis long-temps tu connais

Nous avons été élevés ensemble et nous ne nous sommes jamais quittés.

LUCIE, étonnée.

Le duc ne s'est jamais absenté de ce château ?

LOUISE

Quelquefois, et seulement pour des parties de chasse de deux ou trois jours; voilà tout.

LUCIE

Il n'a point fait de voyage à Paris?

LOUISE

Non, mademoiselle; je l'aurais bien su. Mais tenez, je devine où vous en voulez venir : vous ne seriez pas fâchée d'avoir quelques renseignemens sur votre futur époux; vous ne pouviez mieux vous adresser, car personne ne le connaît mieux que moi.

LUCIE

Voyons, parle. {A pan.) Peut-être apprendrai-je...

LOUISE

D'abord, il a deux caractères.

LUCIE

Deux caractères!

LOUISE

Oui, mademoiselle, celui d'avant sa maladie et celui d'après. Avant il était joyeux, toujours content; il m'aimait, quoi! qu'il me cherchait partout pour me le dire. Maintenant il est grave, pensif; il ne me dit plus du tout qu'il m'aime; et quand il me rencontre, car il ne me cherche plus, c'est : « Bonjour , mademoiselle Louise ; comment vous portez-yous, mademoiselle Louise? » et voilà tout. Pouri.iez-vous m'expliquer aussi, mademoiselle, commet't il se fait que, ne vous ayant jamais vue, il me parlait sans cesse de vous comme s'il vous connaissait ?

LUCIE, étonnte.

Comme s'il me connaissait?

LOUISE

Oui, mademoiselle, toujours de .vous et jamais de moi. Je m'entends, c'est depuis .sa maladie , car avant c'était tout le contraire, il ne m'ouvrait jamais la bouche de vous.

LUCIE , à part.

Plus de doute, c'est lui qui m'a sauvé la vie. Ah! mon Dieu, serait-il vrai? Il faut que je m'assure... {Haut.) Louise, ma bonne Louise, j'attends de toi un service, un grand service.

LOUISE

Que faut-il faire, mademoiselle?

LUCIE

li faut aller trouver M. Léon. Tu lui diras, mais à lui seul, que je désire avoir avec lui un entretien secret.

LOUISE

Oui, mademoiselle; j'y cours. {A part en s'en allant.) C'est pour ma sœur de lait maintenant les entretiens secrets; depuis sa maladie les miens sont bien passés. (Elle va pour sortir et revient aussitôt.) Mademoiselle, votre commission est toute faite. J'aperçois là M. Léon qui, je gage, guette aussi le moment d'avoir avec vous un entretien secret.

LUCIE

Laisse-nous, Louise.

LOUISE, au duc qui entre.

Monsieur le duiî, on vous attend.

Elle s'éloigne,

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