‹ Magasin théâtralChapitre 1662 sur 1711 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

STENO, JOBARDINÈS.

STÉIVO.

Avanceras-tu, maudit poltron 1

joBkv^m^Ès^ entrant à reculons.

Poltron! poltron! Çà vous est bien aisé à dire à vous qui êtes brave.

STÉTVO.

Par Saint-Janvier ! que diable as-tu toujours à regarder en arrière ?

JOBARDIIXÈS.

Je cherche Margoton, Margoton qui devait nous suivre et que nous avons laissée iu village voisin.... hé ! Margoton ! Margoton ! STÉ:\o.

Eh- laisse Margoton qui Retardera pas sans doute à nous rejoindre. Ou si tu veux à toute force l'attendre.... reposons-nous un instant

joBARDois, avec effroi.

Nous reposer dans cette forêt !... Mais songez donc, Monsieur, que cinq heures viennent de sonner, que dans une demi-heure il fera nuit et que voici l'instant, le véritable quart d'heure, où les esprits, les fantômes et les sorcières vont se promener à cheval sur des

manches à ])a\j^u . ^ - .

sTKvo, riant. . .

Ah ! ah ! ce pauvre Jobardinès.

JOBARDISES.

Encore si vous aviez une raison pour rester, je dirais : restons; si vous étiez apothicaire^ je dirais : cherchons des simples, mais vous qui êtes sculpteur.que diable venez-vous chercher dans une forêt ?

STÉSO.

J'y viens chercher un modèle.

joBAP.Ti;:vFs.

Hein I parmi les fark^rrî^s.

Dl Cl KL.

srÉx», montra-nl le cht'ne.

Non.... mais parmi ces arbres.... Tiens, regarde celui-ci.

jOBARDiî\Ès , plux effrayé.

Mais c'est l'Arbre du Diable.

STÉNO

Voici huit jours que je l'ai remarqué en passant dans le carrefour.... Vois sous cette écorce raboteuse se dessiner un torce vigoureux, suis ce contour, n'est-ce pas le profil d'une jambe musculeuse? Avec cet arbre

je ferai un chef-d'œuvre I Mais ne

perdons pas de temps, suis moi chez les bûcherons, à tout prix il faut que leurs cognées m'en rendent maître.

JOBARDINÈS.

Oh! alors je suis bien tranquille, vous ne trouverez personne qui veuille accepter cette commission-là.

STÉNO

Pourquoi ?

JOBARDINÈS.

Vous ne savez donc pas que cet arbre est consacré à Satan.

STÉNO, avee incrédulité'.

A Satan.

JOBARDINÈS.

Oh 1 vous avez beau rire, l'Arbre du Diable

est connu de dix lieues à la ronde Aussi

les bûcherons l'ont respecté jusqu'à ce jour, parce que les vieux de la contrée prétendent que si on l'abattait, les plus grands fléaux se répandraient sur tout le pays... on a même fait une chanson là-dessus...

STÉNO, l'interrompant.

Allons, trêve à tous ces contes bleus ! il me faut cet arbre, je l'aurai^ et si vous continuez à trembler comme vous le faites vous ne serez jamais l'époux de ma fille, demaFideline.

JOBARDINÈS.

Mais^'je ne vous l'ai pas demandée... votre fille. ..c'est vous qui, depuis un instant, voulez me persuader que je l'aime.

STÉNO

Sans doute.... j'ai vu cela tout de suite.

JOBARDINÈS.

Depuis quand donc vous en étes-vous aperçu?

STÉNO

Depuis que tu as hérité de ton oncle Ferez.... le chanoine de Rome le plus charitable....

JOBARDINÈS.

Ah! vous trouvez qu'il était charitable... c'est drôle je croyais qu'il demandait la charité.... Pauvre cher oncle, dire qu'il est mort millionnaire et que moi, il y a huit jours encore, votre apprenti sculpteur... je puis maintenant marcher votre égal et vous commander ma statue.

STÉNO

A tes ordres , mon garçon , tu n'es pas beau... mais pour obliger mon gendre...

LA FILLE I)i: Cn:L.

JOBARDINES.

Allons bon, voilà le gendre qui revient.... mais qui vous dit que je veuille.

Il faut que je marie ma fille; tant qu'elle n'a été qu'une enfant, mes soins et ma surveillance ont pu suffire. .. Mais Fideline touche à ses dix-sept ans, et, à cet âge, il n'y a qu'un mari pour remplacer une mère.

JOBARDISES.

Au fait, c'est vrai, vous être veuf.

STÉiVO.

Et en perdant ma pauvre femme... j'ai fait un© perte...

JOBARDi:VÈS.

Vous l'avez pleurée...

Sans doute...

JOBARDISES, à part.

Il a pleuré sa femme et Ton dit que c'est un homme de génie...

Elle fut si bonne mère. . . Tiens il y a de çà dix-sept ans; notre pauvre Fideline, âgée de quelques jours à peine tomba malade... Ah ! c'est dans ces afTreux momens qu'on apprécie le cœur d'une mère... Je la vois encore priant sur le berceau de sa fille. . . offrant ses jours pour sauver cette jeune existence et quand, vaincue parla douleur, notre enfant ferma les yeux comme pour ne plus les rouvrir. . . Sa mère mourut. . . et mourut trop tôt, car sa fille n'était qu'évanouie. . . cinq minutes après une existence nouvelle semble ranimer ma Fideline. . . Mais ma pauvre femme était morte.

JOBARDiîvÈs, sanglottanl.

Qu'c'est bête, qu c'est bête de m'attendrir comme çà. . . et dans une forêt encore. . . la douleur va in'ôter tout mon courage. . .

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