SCÈNE VL MARGOTON, JOBARDINÈS
MARGOTON
Air d'Azémia.
J'ai peur et je ne sais pourquoi :
Avance donc grand IS'icodéme; J'ai peur, je ne sais pas pourquoi, Mais je frissonne.
JOBARDINÈS, paraissant.
Et moi de même.
MARGOTON
Approchez donc.
JOBARDINÈS.
IS'on pas.
MARGOTON
Pourquoi?
C'est que...
MARGOTON
Parlez.
JOBARDINÈS.
Je n'ose.
MARGOTON
Vilain poltron ! pourquoi trembler?
JOBARDINÈS.
Je n'en sais pas la cause Mais eu marchant sur ce terrain Dans ce royaume souterrain, J'ai peur des esprits malins.
Des fantômes, des lutins.
MARGOTON
Marchons tous deux.
JOBARDINÈS.
Je tremble.
MARGOTON
On a moins peur ensemble
Jrand bruit ne l'ait entendre. Les deux personuagc»
tombent à genoux.
JOBARDINÈS.
J'ai peur et j ' ne sais pourquoi.
MARGOTON
Ifaiiarez-noi, graad £\icodën«.
jrOBARDINES.
J*ai pear, je ne sais pas pourquoi.
Uaif je frisson ne.
MARGOTO?t.
£1 moi de même.
J06ARDi:^ÈS.
Maisquel fi'aiup invention Nous envoyer chez le démon, C'est une abomination.
JOBARDISES.
Et dire que voilà plus de deux heures que nous sommes perdus dans ces catacombes.
MARGOTOH.
C'est votre faute. . . Vous me prenez par la main pour traverser la campagne et tout en me parlant de notre mariage vous n'apercevez pas un aiïreux précipice dans lequel vous m'entrainez avec vous.
JOBARDIi^ÈS.
Ai-je eu peur!. . . heureusement , je suis tombé sur vous. . . Çà m'a fait moins de mal.
MARGOTON
Comme c'est gentil. . . Si je n'étais pas tombée moi-même sur sn lit de feuillage, je vous demande un peu dans quel état je nie trouverais maintenant.
JOBARDISES.
Je voudrais bien savoir dans quels états nous nous trouvons... Ce doit être dans les états du Diable.
MARCOTO?î.
Et quand je pense que c'était pour chercher ma rivale, mademoiselle Fidéline que nous nous étions mis en route.
JOBARDIIVÈS.
Désormais c'est bien uni. Je jure, si ja- Kiais nous revoyons la lumière, de ne jamais épouser que vous, Margoton.
MARGOTO:>.
Vous m'aimez donc toujours, mon gros chou-chou.
JOBARDIJiÈS.
Je ne vous aime pas dans ce moment-ci, parce que j'ai trop peur pour rà, mais ([uand je serai rasssuré. . .
Il b;.ille.
MARGOT©:^
Ne baillez donc pas comme çà. . . Çà vous donne des. .. ah ! ah ! ah 1
Elle baille lout-à-iait.
JOBARDI.tÈS.
C'est drôle, j'éprouve comme un engourdissement.
MARGOTOa.
C'est comme moi.
JOBARDinÈS.
Pour nous dégoiu-dir et nous ra-;surfr tout en cherchanl notre r!ie.ini:i, jiarlons ue D'is amour?..
MARtOTOTi.
Je le veux bien , ma petite Heur des pois.
Fleur des poisj Chouchou, hier vous me
tA FILLE DU CiEL. 19
donniez des noms de bêtes v'ià qu'à présent vous me donnez des noms de légumes...
çà m'humilie. . .
Il baille.
MARGOTON
Air : Attendu qu'ua trompeur, etc.
V'ià qu'vous baillez encor. Elle bâille ausil, JOBARDISES.
Vlà qu'yous bâillez de même Margoton, je vous aime... Il bâille, I MARGOTON.
ï Vlà qu'vous bâillez plni fort.
; JOBARDi?(Ès, allant s'asseoir.
I Oui, malgré mes efforts,
Je ferme -na prunelle.
MARGOTON, allant s'asseoir aussi.
Jobardinès.
JOBARDiwÈs, presqu' endormi, I Mamzelle.
MARGOTOW.
Je don.
JOBARDINÈS.
Je dors.
JOBARDINÈS, MARGOTON, endormis^ PHOSPHORIEL.
PHOSPBORIEL.
Je ne me suis pas trompé, les sillons tracés dans la montagne, oui, je n'en saurais douter, le génie du mal a traversé ce royaume. . . perfide Rocaillon. . . Tremble si tu es le ravisseur de ma Fidéline.
RocAiiLON , dam la coulisse.
Air des Burgraves
Lierons gaiment nos cœurs aux femmet,
£t tous nos corps à Lucifer.
jNos âmes
Aux flammes
JN'os àmci
A l'enfer.
PHOSPHORIEL.
La voix de Rocaillon !
CHOEUR
Nos âmes
Aux flammes,
JS'os âmes
A l'enfer.
JOBARDINÈS, éternuant.
Atchi.
MARGof OS, rêvant.
Dieu vous bénisse!
PHOSPHORIEt.
Que vois-je? Jobardinès, Margoton.
ROCAILLON, dans la coulisse.
Au noir séjour quand on arrive Satan fait mettre le couvert J Qui l'aime me saite "^
Et vive L'enfer.
CHOEUPi, dans la coulisse.
Qui l'aime le suive.
Et vive Venfer.
PHOSPHORIEL.
A!i! je pénétrerai... {Il va pour s'élancer du côléd'oà parlent les chants, il en est empêché par des flammes qui sortent de terre. ) Qui peut enchaîner ainsi mes pas.
Eclats de rire dans la coulisse.
joBARDiîvÈs, rêvant.
Taisez- vous donc^ Margoton.
MARGOTo?(, rêvanU, Vous m'ennuyez.
PHOSPHORHL
On vient. . • caché derrière ce rocher.
II se cache.
Les Mêmes, ROCAILLON, FIDELÎNE , PHOSPHORÏEL, Marmottes.
ROCAiLLO?!, entraînant Fideline,
n'espère paj qu'on le délivre,
Je te tiens dans mes bras de 1er.
L'esclave doit itre
Me suivre
En enfer.
REPRISE
L'esclave, etc.
FIDEIINE.
Monstre, puisqu'il m'est impossible d'échapper à ta rage, frappe donc , et que la mort me délivre du supplice de te voir.
ROCAILLON.
Prends patience, ma toute belle. . . ton heure viendra.
joBARDiNÈiâ , rêvant.
Ah! que c'est bète, Margoton vous me chatouillez. . .
TOIS
Un homme.
JOBARDITSÈS, ctemunnt.
Atchi {se réveillant). Hein, quoi, où suisje. . . (^apercevant Rocaillon et toutes les l'anpes qui l'entraînent et tombant à genoux]. oh! grâce, pitié I
MAReOTOJf.
Quoique c'est donc?... Qu'est ce qui y a? [apercevant à son tour Rocaillon et les tau-
LA FILLE DU ClÉL.
pes et t07nhant à genoux de Vautre côté). Ah l au secours, à la garde 1
ROCAILLON.
Deux mortels en ces lieux !
MARMOTTIN.
Vengeance I
TOiS.
Vengeance.
Pendant cette double scène, on a vu Pbospboriel grsyir les rochers du fond et s'arrêter sur la cime la plos élevée.
PHOSPHORÏEL.
Récitatif.
Vous qui m'avez promis de veiller sur ses jours, Mes frères, mes amis, venez à mon secours. En ce moment toutes les roontaffnes se métamorphosent en nuages sur lesquels paraissent tous les lutins.
CHOEUR
Air de Camille.
LES LUTINS
La puissancf divin© 1 Sauve la Fidel'ne,
1 M*l» songe à l'avenir que le ciel te destine.
Allons, partons, bis
Tarions et bravons
De ce monsire sauvage
La puissance et la rage.
Courage bis
Nous triompherons.
ROCAILLON, MARMOTTIN, LES TAUPES.
La puissance divine Sauve sa Fideline.
Quel est donc l'avenir que l'enfer nous destine. Allons, allons, bis Bravons, combattons.
Combattons avec rage, Pour venger cet outrage,
Couraire bis IS'ous triompherons.
cbœnr. on a vu Fideline entraînée par ui invisible vers les lutins , -iravir péniblomc les monts couverts de nuages, arriver jusqu'à Phospbori et tomber mourante à ses pieds. — Rocaillon , INlarmott et les taupes veulent se précipiter sur ses traces, ils so arrêtés par un geste des lutins.
Pendant ce puissance