‹ Magasin théâtralChapitre 1696 sur 1711 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Tout repose dans l'asile de la mort, tout est

silencieux comme les tombes qui m'entourent... et moi, je suis heureux dans ce sombre asile... C'est ici que toutes mes victimes sommeillent... Eh! bien , Satan , ai-je tenu mon serment?... es-tu content de moi?... Dans cette contrée , tout a succombé aux efforts de ma rage !. . . Ce temple où l'on maumaudissait ton nom et où l'on sanctifiait celui du Seigneur, je l'ai renversé . . . Pour désoler le pays, meurtres, incendies, pillages. . . rien ne m'a coûté!. . . Satan, le génie du mal a-t-il accompli son œuvre?. . . Et pourtant j'ignore ce que j'éprouve, mais je commence à me lasser de ces triomphes faciles , il me faudrait une autre proie. . . Cette jeune fille que Phosphoriel a délivrée... Je ne sais mais près d'elle un sentiment étrange,.. D'où vient donc que mon bras s'est arrêté. . . que la pitié s'est emparé de mon àme. . . la pitié ! oh ! je la retrouverai cette belle jeune fille et la jetterai dans une de ces tombes hideuses, comme les cadavresqu'elles renferment... On vient... que vois- je? les lutins?. . . Qui les amène en ce lieu funéraire?. . . Ah! je ne veux pas encore me trouver sur leur passage . . . Ma vengeance ne serait point assez complète , les hommes d'abord, les Dieux ensuite.

11 sort par la droite.

oSCÈNE II.

ETHER, EMERAUDIN, FOLLET, ZÉPHIRIN, EOLYN, AZOLI, Lutins.

CHOEUR

Air : Final du For-l'ETêque.

Avançons, pas de bruit I Les ombre* de la nuit Nous couvrent de leurs voilei ; Surtout soyons prudent Et marchons à pas lenti Au doux feu des étoiles.

EMERAUDIN.

0 mon Dieu ! qu'il fait sombre ici!» . .

ZÉPHIRin.

Où sommes-nous donc?. . .

ETHER

Dans un cimetière.

TOUS- -

Dans un cimetière. ||

EOLYN,

Quoi ! . . . c'est ici que nous voltigeons quand le destin noiis a condamnés à devenir Ifiix- foîlots. . .

ITIÎER.

Oui, mes frères, et nos ailes ne peuvent s'étendre que sur les tombeaux!

EMERAUDIPf,

C'était bien la peine de nous faire quitter la voûte azurée pour nous amener dans cet horrible séjour!

AZOLI.

Tu vas nousapprendre an moins pour quelle raison tu nous a amenés ici !

TOUS

Oui!.., oui!... Pourquoi?

LA ttllE DtJ CIEL.

ETHER

Pour sauver Phosphoriel-

TOUS

Phosphoriel !

ETBER,

Vous savez que chargé par Mîranda de protéger la jeune mortelle qui lui avait été confiée, Phosphoriel fut assez insensé pour l'aimer d'amour.

EMERACDIN.

Eh! bien. . . Où est le grand mal ?. . . Moi, je sens là que j'aimerais bien d'amour. TOUS, soupirant.

Et moi aussi.

ETHER, de même.

Et moi aussi!... Mais Phosphoriel a poussé la folie jusqu'à déclarer son amour, et vous connaissez la loi du drstin.

TOUS

Pauvre Phosphoriel 1

ETHER

Air : Ea vérité je tous le dis.

L'arrél que le sort a porté Comme le ciel est immuable, Le lutia qui se rend coupable Doii perdre l'immortalité. Phosphoriel pour une femme Méprisa le divin décret, £t, pour le punir de sa flamme, Il est devenu feu-follet.

2e COUPLET.

ETlERAUDi:^.

Tu n'iras plus, frère, au printemps, Te reposer au sein des roses ; Pour toi les fleuri fraîches écloies ^'e garderont plus lear encens.

Il faut un jour que tu succombes, Kt toa aile aux cieux qui planait, Ne s'étendra qut sur lei tombes :

Plaignons le pauvre feu-follet I

ETHER

Tous ces malheurs ne sont rien près du nouveau danger qui le menace.

EOLYN.

Quel danger?

ETHER

Apprenez que persistant dans son aveugle passion, Phosphoriel a donné rendez-vous à cette jeune fille sur la tombe de sa mère.

AZOLY.

Quelle imprudence!

EMERAUDIÎf.

Il faut nous opposer à cet entretien qui !e rendrait plus coup.ibI(« emore.

ZÉPHIRI?!.

Quel moyen enipioyer'.''. . .

ETHER

Je l'ai trouvé.

TOUS

Ecoutons.

ETHER

La jeune fille va venir au rendez -vous trouver Phosphoriel. . , devenons tous feuxfollets, elle ne saura lequel de nous est son amant, lequel elle doit suivre. . . Nous l'éloignerons de ces lieux, nous l'égarerons dans la campagne, et nous aurons sauvé Phosphoriel.

tOPS.

Nous sommes prêts.

ETHER

Justement j'aperçois Fideline, vre!

TOUS

A l'œuvre !

CHOEUR

Air de la joHe fille de Gand.

C'est elle qui vient en ces iieax; Son front est triste et soucieux.

De la prudence El du silence, Surtout sachons tromper ses yeux.

Us se cachent derrière les torabes

FIDELINE.

L'instant est venu où Phosphoriel doit m'attendre sur la tombe de ma mère. Hatonsnous (elle descend la scène et semble inquiète). D'oùvientque je tremble.... D'oùvientqu'un secret elfroi s'empare de mon cœur... Je ne sais, mais il me semble que ce que je fais est mal, que cette déiiiarche est coupable... car enfin j'ai quitté mon père, mon fiancé, tout le monde pour venir à ce rendez-vous {s'agenouillant sur la tombe de sa mère). Ma mère, vous que je n'ai jamais connue, que j'ai toujours aimée, vous qui connaissez tous mes secrets, qui savez combien je l'aime, protégez votre fille [elle se relève et çarait chercher). Mais je ne vois pas Phosphoriel [appelant). Phosphoriel! J'ai beau l'appeler , l'écho seul répond à ma voix.

Air : Gentil démon de la nuit.

Gentil petit feu-follet Parais, je t'appelle, Ne te montre pas rebelle.

Comble mon souhait.

Gentil petit feu-follet Prouve-moi ton zèle, Comble mon souhait Gentil feu-follet.

Lorsqu'ici je te désire.

Tu dois montrer ton ardeur; Vers moi laisse-loi conduire, C'est ta flamme qui fait luire L'espérance dans mon cœur.

Gentil petit feu-follet, etc.

[A ce moment j sur chaque tombe parait un feu-follet). Que vois-je .... et que de feuxfollets.... Lequel dois-jo suivre.... lequel est Phosphoriel.... {Un feu- follet s'avance 9ers elle). Non... ce n'est pas lui.

Même air. Phosphoriel où peut-il être Mon Dieu qui me le diraî Suivons-les tous et peut-être Que, s'il vient à m'apparailre, Mon cœur le reconiiaitra.

Gentil petit feu-follet Parais, je t'appelle :

Ne te montre pas rebelle.

Comble mon souhait Etc., etc., etc.

Elle suit les feux follets qui s'cloi{;ncnt dans plusieurs directions. D'abord elle semble indécise, puis elle disparaît. Jobardinés cotre par le fond,

LA FiLLE DU CIEL.

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