‹ Magasin théâtralChapitre 175 sur 1711 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les Mêmes, DUVAL.

DUVAL , à part.

Ensemble ! je m'en doutais.

MARIE

Jusqu'ici , cet homme que je rencontrais par hasard , disais-tu , chaque fois que j'allais te voir, cet homme ne s'était moutiô qu'empressé ou galant.

HENRIETTE

Et malgré son amour, il a toujouis été plein de respect et soumission.

MARIE

Oui , jusqu'aujourd'hui qu'il a osé m'écrire et me contraindre, pour ainsi dire , à prendre sa lettre, afin de la soustraire aux regai'ds de mon oncle et de Duval !

Et cette lettre?

MARIE

Je l'ai lue, car il m'avait dit qu'un malheur menaçait nia famille... mais il n'avait pas osé me diie quel sacrifice il m'imposait pour la sauver. Cette lettre, la voici; je veux que tu la lui rendes, que tu lui dises que je repousse avec horreur ces brillantes parures qu'il met à mes pieds, ce luxe dont il veut m'cntourer.

HENRIETTE

Soit; je lui remettrai sa lettre. Cependant, pourquoi exiger?..

MARIE

Pourquoi?.. Parce que celte richesse , que j'aurais repoussée naguère avec mépris, pourrait m'éblouir, me rendre folle, maintenant que la misère vient à nous terrible et raenaçontc, maintenant que tous ceux que j'aime sont en proie aux plus allreux malheurs. Henriette, il faut, entre celte fortune et moi, une barrière infranchissable.

HENniETTE.

Et tu veux que je dise à monsieur Bidaut?..

MARIE

Que toutes deux, désormais, nous refusons de c voir.

Mais...

Tu hésites ?

HENRIETTE

C'est que , je te le répète , c'est impossible,

MARIE

Et pourquoi... pomquoi?

HENRIETTE

Parce que... au fait, il faudra toujoui'S que tu le saches... parce que M. Bidaut m'avait, depuis long-temps, prise pour confidente de ses chagrins, de son amour; parce que je lui avais avoué, moi, votre misère et tes besoins,

MARIE

Eh bien !

HENRIETTE

Et ces services que je te rendais souvent...

MARIE

Achève... je crains de deviner!

■ HENRIETTE

Tu sais bien, Marie, que je ne suis qu'une simple ouvrière ; mes économies n'auraient pu suffire à mes dépenses et aux tiennes ; et ces robes, ces bijoux, ces toilettes, dont le prix s'élève à près de mille francs, et que tu croyais ne devoir qu'à moi seule...

MARIE

Malheureuse! c'était...

Eh bien oui, je te l'avoue, c'était lui,

DUVAL, avec désespoir.

Infâme !

MARIE

Duval!..

DUVAL, s'approchant, à Henriette, Veuillez vous retirer. Mademoiselle.

MARIE, bas.

Duval...

DUVAL

Vous ne craignez plus, je pense, de vous montrer ingrate envers elle, de blesser celte amie si dévouée, si généreuse... vous savez bien que c'est à un autre qu'appartient votre reconnaissance ; c'est un autre qui l'a payée.

MAUIE.

Oh ! mon Dieu !

HENRIETTE, sortant.

Pauvre Marie ! j'ai eu tort de lui dire cela, oa de le lui dire si tard.

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