SCENE XI
MARIE, puis GENEVIÈVE.
MARIE, marchant vers la porte à gauche et appelant. Ma mère! ma mère! venez, oh! venez donc... si vous saviez...
GEMEVIÈVE.
Eh bieni que me veux-tu, Marie?
MARIE
Plus bas, plus bas, ma mère; je l'ai vu, je lui ai parlé...
GENEVIÈVE
Tu l'as vu? Qui donc?
Lui... mon prétendu!...
GENEVIÈVE
Comment!... il est ici!... il est de retour?
MARIE, Stupéfaite.
De retour ?
GENEVIÈVE
Et il n'a pas encore embrassé sa mère !
MARIE
Sa mère !
GENEVIÈVE
Ah! c'est mal! c'est bien mal!... et je le gronderai bien fort tout-à-l'heure... Mais d'abord, que je l'embrasse... Où est-il donc?... 3Ion Dieul... où est-il donc?
Elle regaiile le font! ilu lliéâlre.
MARIE, montrant le pavillon à droite.
Par ici, ma mère.
GENEVIÈVE, regardant toujours vers le fond. Par là?... Oui, en effet, je le reconnais, entouré, porté en triomphe par tous ses vieux amis. C'est lui... c'est mon fils... c'est Pierre!...
Elle court se jeter dans ks liras de Pierre, qiii entre entoure' de Jean, d'André et d'autres matelots. MARIE.
Monsieur Pierre!... Ah! mon Dieul qu'ai-jc fait?
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Les Mêmes, PIERRE, ANDRÉ, JEAN, M.\
TELOTS.
PIERRE
Ma mère! ma bonne mère!... je vous revu: enfin... je ne l'avais pas espéré... Je vous revois .. et vous tous, mes anciens compagnons de gloii t 1 (Se retournant vers Marie, qui demeure inierdii et confuse en sa présence.) Et toi, Marie, toi... Eh bien ! as-tu peur de me regarder, de me tendre la main?... Allons donc!... après deux ans d'absence, est-ce que c'est ainsi qu'on reçoit son vieil ami Pierre?... Viens! viens donc!... (// V attire à lui et l'embrasse sur le front; Geneviève a paru surprise de l'embarras de Marie et des paroles de Pierre. ) Ah ! j'ai oublié toutes mes souffrances!... J'ai revu ma patrie, ma mère, et ce que j'ai de plus cher au monde I
GENEVIÈVE
Mais dis-moi donc, tu parles là à Marie comme si tu ne l'avais pas déjà vue tout-à-l'heure :
PIERRE
Tout-à-l'heure?
MARIE
Ma mère!...
GENEVIÈVE
Sans doute, et je me disposais à t'adresser des reproches... Je suis jalouse d'elle au moins... et j'aurais voulu, j'aurais dû être la première... Mais je te revois, et je n'ai plus la force de songer qu'a mon bonheur.
PIERRE
Ma mère, je vous en prie, expliquez-vous; car je ne devine pas... J'arrive à l'instant, j'ai été forcé de m'arrêter sur le port par ordre de l'amiral, et avant vous, je n'avais vu, je n'avais embrassé que mes amis...
JEAN
C'est vrai.
ANDRÉ
J'en lève la main, madame Geneviève.
GENEVIÈVE, regarda:it Marie avec inquiétude. Ah ! voilà qui est étrange !...
PIERUE.
Quand je dis que je n'avais vu qu'eux, je me trompe... J'ai eu sur le port un entretien avec une autre personne... Mais ce n'était pas un ami celui-là... et je crois bien que dès aujourd'hui il y a entre lui et moi une haine qui ne doit pas finir de si tôt.
Mouvement de curiosiléde tous les personnages. GENEVIÈVE et UARIE.
Comment?
riERP.E.
Un officier de marine avec qui je voyageïïis depuis près de vingt-quatre heures, un tout jeune homme, un enfant à qui l'on donne le droit de commander à des lioinmcs!... Ma foi, je vous l'avouerai, tout le temps que nous nous sommes trouvés ensemble, je souffrais , j'étais mal
mon aise... Je me rappelais tous les désastres
LE NAUFRAGE DE LA MEDUSE
de notre pauvre France, tous les combats que nous avions livrés, tout le sang que nous avions versé pour elle... et je me disais: Pour tout cela peutêtre nous ne recueillerons qu'outrages et que persécutions!... A d'autres, à de nouveaux venus le prix de nos services... Je ne sais si ce jeune homme a deviné ce qui se passait dans mon ame ; mais son regard, son regard insolent semblait me demander compte même de mes pensées... De ce moment, nous étions ennemis ; et quelques phrases assez vives, que nous avons échangées ensemble sur le port, ont achevé la déclaration de guerre... Puis, il a été accosté, fêté par l'amiral et son état-major... Tandis que moi, on me donnait dédaigneusement des ordres... et l'on semblait reprocher à mes matelots, à mes soldats, d'avoir reconnu leur vieil officier!... Ah! j'ai la faiblesse de croire aux présages, aux pressentiraens... et je vous le dis, ma mère, ce nouveau venu me portera malheur.
Pc-ndaut cette tirade, Marie a regarde' avec inquiétude du
côté du pavilloa à droite; ici Artbur en sort.
MARIE, à part.
O ciel!... c'est lui !
GENEVIÈVE, bas.
Marie, qu'avez-vous?... et quel est donc cet officier?
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