ACTE IV, SCÈNR VIIL
lement une famille que je retrouve , que j'eni- s^ brasse... mais il n'y a que vous au monde devant qui je n'ai pas à rougir, devant qui je ne courbe pas honteusement la tète...
MARIE
Vous... vous, si généreux, si pur...
MARIGNOX.
Oui , mes cnfans ; oui , depuis huit ans que je suis ainsi confondu au milieu des criminels , la foi et le courage m'ont abandonné ; la foi s'est éteinte sous cet habit flétrissant : le courage s'est anéanti sous les coups de nos gardiens... que vous dirai-je, hélas! les erreurs de la loi sont si rares , que nul ne pouvait croire que je fusse innocent... Ils m'ont tant prodigué d'insultes et de railleries, ils se sont moqués tant de fois de mes protestations, qu'ils ont presque vaincu ma mémoire et ma raison, et que j'ai fini par me demander si je n'étais pas réellement coupable, si je n'avais pas commis ce crime que j'expie depuis si long-temps.
MARIE
Oh ! non, non, je le sais bien, moi !
DOMINIQUE
Nous le savons tous !
MOULINET , pleurant.
Oui... tous! cré coquin!.. J'en mettrais ma main... partout où on voudrait, père Marignon.
MARIGNON.
Ah! c'est toi, mou garçon... Moulinet!..
MOULINET
Oui , Moulinet... vous savez... Ah! vous avez de la peine à me reconnaître ! Je suis grandi de trois pouces, au régiment.
MARIGNON.
Au régiment?., en effet... (Les examinant.) Et toi aussi, Dominique, soldat!
Il l'a bien fallu , mon père ; j'espérais que dans un régiment, confondu dans la foule, on ne connaîtrait pas notre cruelle histoire ! Car vous n'étiez pas le seul qui proclamiez votre innocence , et dont la voix était étouffée par l'incrédiUité... «C'est le fds d'un forçat,» disaiton , et peu à peu j'ai vu s'éloigner de moi tous ceux qui me serraient la main , puis après, tous ceux qui me fournissaient les moyens de vivre... Je demandais du travail , et il ne s'en trouvait plus pour moi... j'aurais demandé une aumône qu'ils me l'eussent aussi refusée, peut-être, en me repoussant avec mépris et en disant : C'est le fils d'un forçat!..
RÎARIGNON.
Mon pauvre Dominique!.. Oh! Joseph Duval... nous aurons un terrible compte à régler devant Dieu!..
DOMINIQUE
Alors, je retrouvai Moulinet...
MOULINET
Présent!.. C'est moi qui lui ai conseillé d'endosser le pantalon garance... et nous sommes partis pour Alger, où nous avons mangé impeu de Bédouins,
MARIGNON.
Et ma bonne Marie ?
DOMINIQUE
Oh! oiU,„ toujours bonne, toujours vçr-i
î tueuse, comme autrefois... Lorsqu'elle sut que notre régiment venait à Brest : « Je serai du voyage, » s'est-elle dit...
Et alors , elle passait les jours , les nuits et tout le reste du temps, à tricotter de l'aiguille, pour amasser son voyage.
MARIE
Le ciel a secondé mes efforts!
MOULINET
Le ciel et votre travail... c'est-à-dire que l'abeille et la fourmi n'étaient que des llâneuses auprès de vous...
MARIE
Et ne suis-je pas aujourd'hui bien payée de mes peines?
MARIGNON.
Chère enfant !..