SCÈNE IX
Les Mêmes, hors MOULINET.
CUAMBORAN, vivement.
A présent, père Marignon du bon Dieu... cVst i^instant, c'est le moment, c'est la véritable lieure... à ce soir l'école buissonnière.
DOAIIMOUE,
Que voulez-vous dire?..
CHAMBORAN
Que ce vieil âgé ne peut pas rester plus longtemps dans le bocal... il commence à moisir, il lui faut du grand air.
(En ce moment Fagerolîcs paraît au fond , les observe, et se blottit derrière un bloc de pierre.) MARIGNON.
Mais le moyen de fuir?..
l'AGEEOLLES, à part.
Un projet de fuite !.. écoutons.
CHAMBORAN
Le moyen ! je vas vous l'octroyer... tout était prêt pour moi , il ne me manquait plus qu'un ami au dehors, vous le tenez dans la personne de votre fils... à la besogne donc.
MARIGNON.
Mon fils... mais s'il y avait du danger!..
DOMINIQUE
Ne craignez rien, mon père; il s'agit de vous, de votre liberté.
CHAMBORAN
Du danger... jamais... au contraire, les sentinelles ôtent respectueusement leur ])onnet à ceux qui s'évadent , et les gardes chiourmes leurs souhaitent des bons voyages. Ah ça ! père chose, voudriez-vous pas sortir du bagne les mains dans les poches... et en disant tout bonnement au concierge: Cordon, s'il vous plaît?., ça serait trop commode.
MARIE
Mais enfin , ce moyen , Monsieur?
CHAMBORAN
M'y voici... écoutez bien... vous Stivez qu'au bagne nous n'avons tous qu'une seule pensée , laliberté !.. on lapréfère généralement aux coups de bâton... or, je m'étais dit la nuit, en rêvassant sur mon banc... s'il existait un souterrain, qui, traversant toute la largeur de la cour, aurait une issue sur le port, il ne serait pas impossible avec un peu d'hardiesse de faire dans la muraille une petite saignée qui me donnerait la clé dos champs.
TOUS
Eh bien?
CHAMBORAN
Eh bien ! le souterrain n'existait pas.
MARIGNON.
Mais alors...
CHAMBORAN
Il se pourrait !
CHAMBORAN
Trente-cinq pieds de long à creuser, rien que ça , et pour outil un vieux clou à crochet... Marcot était défunt , c'est sous son banc que je me glissais chaque nuit, et que, chaque nuit pendant cinq mois, j'avançais d'un pas dans ma besogne qui , à cette heure , est achevée.
FAGEROLLES, à part.
Bon ! j'en sais assez.
(11 rampe jusqu'au fond et disparaît.)
DOMINIQUE
Ainsi, maintenant... en se glissant sous le banc...
CHAMBORAN
En soulevant la dalle...
MARIGNON.
En pénétrant dans ce souterrain...
CHAMBORAN
On arrive tout droit à la guérite n. 3, où le gai de chiourme vous empoigne , ou bien vous descend, à son choix.
MARIE
Comment?..
CHAMBORAN
Je m'étais trompé dans mon calcul.
MARIGNON.
Mais alors, pourquoi nous dire.,.
CHAMBORAN
Pourquoi ?.. (Se retournant.) Parce que le Fagérolles était là qui nous espionnait... vous n'avez pas vu ça , vous autres ?.. Mais ce gredin-Ià sent une odeur de pendu que je flaire de très
Ce passage n'existe donc pas?
CHAMHORAN.
Si fait, mais l'endroit où il mène m'a contraint d'y renoncer... le Fagérollesa pris le change, il emj)orte le vieux plan que j'ai lâché, à c't'heure voilà le nouveau, le bon, (Lui remettant un papier.) je l'ai écrit là... lisez-le avec attention, vous verrez où se trouvent des limes , un passeport, des habits pour remplacer ceux qu'on vous a donnés , et des cheveux pour remplacer ceux qu'on vous a ôtés.
DOMINIQUE
Mais, moi...
CHAMBORAN
Vous , ayez une échelle de six mètres soixantehuit millimètres, et à huit heures .sonnant, après la rentrée générale, trouvez-vous au bas du grand mur, derrière la corderie... c'es'; de là qu'il faudra faire descendre Monsieur votre père.
MARIGNON.
Mais s'il était découvert... mon fils serait perdu.
DOMINIQUE
Qu'importe, mon père... le devoir du fils avant tout ; vienne après le châtiment du soldat.
CHAMBORAN
11 sera prudent et adroit , d'ailleurs il n'y a plus à reculer... dans doux heures, père chose, vous serez dehors, vous serez libre , enfin.
Libre, mon Dieu!., mais lui... oh! non, non.
Alors, je me mis à le confectionner nioi-mCme, e^sje ne dois pas accepter..