SCÈNE XL
LE SERGENT et DUVAL, entrant par le fond.
le SERGENT.
Veuillez m'attendre un instant ici , Monsieur, je vais savoir si l'on peut vous accorder votre demande.
Comptez, Monsieur, sur ma reconnaissance. (Le Sergent entre au bagne.) Je n'ai pu résister au désir d'intercéder en faveur de ce pauvre Marignon... oui, je veux obtenir un adoucissement à son sort, pentlant le temps de captivité qu'il doit subir encore en attendant sa grâce. (Le Sergent reparaît , accompagné de l'Adjudant.) Eh bien , Monsieur ?
LE SERGENT
Personne, en ce moment, ne peut approcher des condamnés.
DUVAL
Comment?
l'adjudant.
Excusez-nous, Monsieur, mais le temps est*^
•®» mal choisi ; une tentative d'invasion vient de nous cU-e signalée, c'est l'instant de sévir et non d'être indulgent.
DUVAL
Une évasion !..
l'adjudant.
Sergent, vous allez vous rendre dans la petite corderie, accompagné de deux hommes; vous y attendrez le coupable, et vous le saisirez au moment où, revèiu d'un costume d'emprunt, il se dirigera vers l'inlirmerie ; vous le mettrez aux fers, c'est le nommé Marignon.
DUVAL
Marignon... Marignon !.. ce malheureux qui, tout à l'heure...
l'adjudant.
Avait eu l'adresse de vous intéresser, grâce à sa feinte résignation... depuis long-temps nous savions que le nommé Chamboran se ménageait des moyens de fuite; nous connaissions le lieu où se trouvaient déposés par lui des habits, des limes et un faux passeport... depuis plus de huit jours, un de nos gardiens était là, toujours en observation , épiant le moment où le coupable se livrerait lui-même en s'emparant de ces objets.
DUVAL
Mais Mari... ce Marignon dont vous parliez,.. l'adjudant.
C'est lui qui tout à l'heure, de concert avec son complice, est venu tout enlever, c'est à lui , sans doute, que doivent servir ces moyens d'évasion... nous attendons maintenant qu'il les mette en usage, et alors il paici-a cher cette tentative.
DUVAL
Grand Dieu!., mais... mais ne serait-il pas plus humain. Monsieur, de lui dire que son plan est divulgué, de lui faire reconnaître sa faute? l'adjudant.
Impossible !
DUVAL
Enfin, personne ne peut-il lui parler? (A part.) Oh! si je pouvais le revoir... dût-il me reconnaître !
l'adjudant.
Je viens de recevoir les ordres les plu; formels, les nistructions les plus sévères... nul ne pénétrera dans le bagne sans l'ordre du Commandant.
DUVAL
Eh bien! ce Commandant sera plus humain, sans doute. J'irai le trouver, et, s'il le faut, j'emploierai l'intluencedu Consul...
l'adjudant, sans l'écouler.
Sergent, vous ordonnerez qu'en même temps trois hommes veillent au dehors près de la corderie ; un jeune soldat, le fils du coupable, doit, dit-on , seconder son projet. (Saluant.) Monsieur... (Il sort.)
DUVAL
Un soldat... son fils.. .son fils, a-t-ildit... non, Dominique n'est pas ici, Dominique n'est pas soldat... mais, s'il était vrai, pourtant. Oh ! que faire, que résoudre, mon Dieu !
(U vi pour sortir,)
LES GARÇONS DE RECETTE