LE CAPORAL
En faction.
DUVAL
Moulinet!., je ne m'abuse pas. (il l'observe, tandis que le Caporal relève le factionnaire et met Moulinet à sa place.) Oui, c'est bien lui ; la nuit est venue, il ne pourra me reconnaître... et puis ne dois-je pas tout entreprendre pour les sauver ? (Le Caporal et le soldat rentrent ; Duval s'approche de Moulinet.) Camarade...
MOULINET
Hein?., de quoi, qui vive!.. Capo...
DUVAL
Silence, je suis votre ami.
MOULINET
Mon ami... que je ne connais pas... mon ami, à l'heure qu'il est... n'approchez pas, ou j'appelle... Capo...
DUVAL
Silence, vous dis-je... un malheur menace ceux que vous aimez, et je viens les sauver.
MOULINET
Ceux... que j'aime.
DUVAL
Un mot d'abord, car le temps presse... Do« minique, qu'est-il devenu ?
Do... Dominique... c'est drôle, j'ai entendu c'te voix quelque part.
DUVAL
Mais parles donc.
MOULINET
Dominique est ici au poste, soldat comme moi.
DUVAL
Il est donc vrai... Veux-tu le préserver d'un grand malheur?
MOULINET
Toujours.
DUVAL
Eh bien ! dans un instant il se rendra derrière la corderie, sous les murs du bagne... c'est là que l'attend ce danger, c'est là qu'il faut l'empêcher d'aller... car, au soldat qui favorise une évasion , c'est la dégradation , c'est la peine du boulet qu'on inflige.
MOULINET
Hein?.. Dominique dégradé, condamné au boulet.
DUVAL
Et tu peux, toi , l'arracher à ce péril.
MOULINET
Moi!
Écoute, Moulinet....
MOULINET
Il sait mon nom.
DUVAL
Celui qui te parle est un pauvre mourant usé «{©s
oâftspar la souflrance et le malheur.,. Eh bien ! c'est
l'espoir de sauver ton ami , d'arracher Marignon à son supplice, qui ranime en ce moment son courage, qui lui donne assez de force pour courir au-devant du coup qui les menace... mais toi, tu me seconderas, n'est-ce pas?
MOULINET, à part.
Encore... la satanée voix. (Haut.) Mais si vous me trompez?
DUVAL
Quoi ! tu doutes encore ?
MOULINET
Non , je vous crois... je ne sais pas trop pourquoi ; mais enfin je vous crois.
DUVAL
Tu feras ce que tu m'as promis ?
MOULINET
Oui.
Tu l'empêcheras de s'éloigner, n'est-ce pas ?
MOULINET
Oui.
DUVAL
Fut-ce au prix de ta vie.
MOULINET
Oui... c'est-à-dire, non... si, si... enfin, je vous jure qu'il ne passera pas.
DUVAL
Oh bien! bien, mon ami, puissions-nous les sauver tous deux.. .je cours chez le Consd, chez le Gouverneur... et le ciel fera le reste.
(Il sort.)
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