‹ Magasin théâtralChapitre 211 sur 1711 · LE CAPORAL · texte numérisé non relu

LE CAPORAL

En faction.

DUVAL

Moulinet!., je ne m'abuse pas. (il l'observe, tandis que le Caporal relève le factionnaire et met Moulinet à sa place.) Oui, c'est bien lui ; la nuit est venue, il ne pourra me reconnaître... et puis ne dois-je pas tout entreprendre pour les sauver ? (Le Caporal et le soldat rentrent ; Duval s'approche de Moulinet.) Camarade...

MOULINET

Hein?., de quoi, qui vive!.. Capo...

DUVAL

Silence, je suis votre ami.

MOULINET

Mon ami... que je ne connais pas... mon ami, à l'heure qu'il est... n'approchez pas, ou j'appelle... Capo...

DUVAL

Silence, vous dis-je... un malheur menace ceux que vous aimez, et je viens les sauver.

MOULINET

Ceux... que j'aime.

DUVAL

Un mot d'abord, car le temps presse... Do« minique, qu'est-il devenu ?

Do... Dominique... c'est drôle, j'ai entendu c'te voix quelque part.

DUVAL

Mais parles donc.

MOULINET

Dominique est ici au poste, soldat comme moi.

DUVAL

Il est donc vrai... Veux-tu le préserver d'un grand malheur?

MOULINET

Toujours.

DUVAL

Eh bien ! dans un instant il se rendra derrière la corderie, sous les murs du bagne... c'est là que l'attend ce danger, c'est là qu'il faut l'empêcher d'aller... car, au soldat qui favorise une évasion , c'est la dégradation , c'est la peine du boulet qu'on inflige.

MOULINET

Hein?.. Dominique dégradé, condamné au boulet.

DUVAL

Et tu peux, toi , l'arracher à ce péril.

MOULINET

Moi!

Écoute, Moulinet....

MOULINET

Il sait mon nom.

DUVAL

Celui qui te parle est un pauvre mourant usé «{©s

oâftspar la souflrance et le malheur.,. Eh bien ! c'est

l'espoir de sauver ton ami , d'arracher Marignon à son supplice, qui ranime en ce moment son courage, qui lui donne assez de force pour courir au-devant du coup qui les menace... mais toi, tu me seconderas, n'est-ce pas?

MOULINET, à part.

Encore... la satanée voix. (Haut.) Mais si vous me trompez?

DUVAL

Quoi ! tu doutes encore ?

MOULINET

Non , je vous crois... je ne sais pas trop pourquoi ; mais enfin je vous crois.

DUVAL

Tu feras ce que tu m'as promis ?

MOULINET

Oui.

Tu l'empêcheras de s'éloigner, n'est-ce pas ?

MOULINET

Oui.

DUVAL

Fut-ce au prix de ta vie.

MOULINET

Oui... c'est-à-dire, non... si, si... enfin, je vous jure qu'il ne passera pas.

DUVAL

Oh bien! bien, mon ami, puissions-nous les sauver tous deux.. .je cours chez le Consd, chez le Gouverneur... et le ciel fera le reste.

(Il sort.)

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