SCÈNE VI
Les MÊMES, MARIGNON et DOMINIQUE , paraissant sur le seuil de la porte du fond. )
DUVAL
tombant assis et se cachant la figure dans ses deux mains.
Le voilà... oh! mon courage, mon courage!
MARIGNON, à Marie.
Et toi aussi, mon enfant, tu es venue payer à noti'e bienfaiteur ton tribut de bénédictions. (Il cherche Duval des yeux ; d'un geste, Marie le lui montre; allant à lui. ) Monsieur, excusez un pauvre vieillard qui vient vous importuner de sa reconnaissance... mais... mais c'est que, voyezvous , il n'y a pas d'homme si flétri , si honteusement dégradé par l'injustice , qui ne conserve un peu d'orgueil , et j'ai voulu que vous sachiez que celui que vous avez arraché à l'infamie était innocent.
DUVAL , à part.
Innocent... oh! oui, oui...
MARIGNON.
Oh ! Monsieur, je vous le jure, ils m'ont injustement condamné.... j'ai subi la peine d'un malheureux que j'ai abrité sous mon toit et nourri de mon pain...
DUVAL
Oh ! mon Dieu ! mon Dieu !
MARIE
Mon oncle. Monsieur sait déjà...
MARIGNON.
Il ne sait pas combien sont douloureux les supplices qu'on n'a pas mérités, combien est écrasante la honte qui devait tomber sur un autre... et cet autre, je l'aimais tant... j'aurais donné ma vie pour racheter la sienne. Eh bien ! il n'a pas eu le courage de revenir sur ses pas, de proclamer mon innocence; il nous a lâchement abandonnés !
DUVAL
Assez, Monsieur, assez!
MARIGNON.
Ah ! }ii le vois bien , l'ariêt terrible , solennel, qui me frappe, est toujours là, plus puissant que mes paroles , plus imposant que mes protestations. (Avec douleur.) Vous ne me croyez pas... Du moins. Monsieur, ne me refusez pas une dernière consolation ; je suis vieux , brisé par les chagrins, et je momrai bientôt... que je puisse, » à mon heure dernicrc, me rappçler les traits de