‹ Magasin théâtralChapitre 219 sur 1711 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

DUVAL, MARIE, qui paraU au fond, repoussant les domestiques qui veulent la retenir.

MAniE,

Laissez-moi , il faut que je le voie, que je lui parle...

DLVAL.

Ciel! Marie.

MAlWE, entrant et déguisant son émotion sous une apparence de froideur et de respect.

l'ardonnez-moi , Monsieur, si je pénètre jusqu'à vous, malgré vos valets... votre porte , m'at-on dit , est ouverte à tous les malheureux... je suis bien malheureuse , moi... et j'ai voulu vous voir.

IVAN

Qu'ordonnez-vous , Monsieur?...

DUVAL

Un siège... que tout le monde s'éloigne...

(Les \alcts sortent. ) Marie!

MARIE

Duval!... pau\TC Duval!... (Regardant son visage. ) Oh î comme vous avez souffert!..

DUVAL

Votre première parole a été une parole de consolation et de pitié... Marie, oh! que Dieu vous accorde autant de bonheur que vous m'en donnez en cet instant...

MARIE

Je vous ai plaint, Duval, quand ont le monde vous maudissait... et cependant eu vous voyant revenir liche et honoré, vous que j'ai vu partir pauvre et fugitif...

DLVAL.

Arrêtez , Marie , ne souillez pas votre bouche par de cruelles paroles de déliauce et de soupçon!..

MARIE

Expliquez-moi donc...

(Elle s'assied.)

DUVAL

Vous vous souvenez de cette épouvantable soirée où je pris la fuite... je partis sans savoir où j'allais , car je voyais toujours la misère et l'infamie au bout de mou voyage... et je ne pouvais revenir sur mes pas crier au juges de Mai-ignon : je suis seul coupable ! trop de preuves l'accablaient... je n'eusse fait que partager sa captivité et sa honte , et je n'aurais pu levenir , comme aujourd'hui , l'enrichir et le sauver.

MARIE

Continuez , Joseph !

DUVAL

Errant pendant deux années dans des contrées dont j'ai même oublié le nom , eidin je parvins à Orembourg, à l'autre extrémité de l'Europe... là vivait un riche et puissant seigneur qui venait d'organiser de vastes entreprises; je me présentai à lui... je ne sais comment le sceau de la fatalité, empreint sur mon visage, ne l'a pas effrayé comme tant d'autres.... il daigna m'accueiÙir. Grâce à lui , j'amassai l'argent nécessaire pour rend)ourser la Banque ; et de ce jour, je ne sais comment le succès est venu couronner une entreprise où le désespoir m'avait jeté, je ne sais enfin comment la fortune est venue me chercher , moi qui ne la cherchais plus... mais ils m'ont entouré d'honneurs, accablé de richesses. Cependant au milieu de ces biens, de cette opulence que j'avais tant désirés, je gardais le souvenir de mon crime, et mes nuits restaient sans sommeil. Sans cesse j'entendais «^ une voi.\ sévèiQ qui me demandait compta de

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ma faute et prononçait sur moi des malédic- «î®^ lions... vainement je cherchais à me réfugier dans le travail; je devenais plus riche et jamais plus heureux ! et j'ai mené celte vie pendant huit ans... huit ans sans vous voir, Marie, huit ans avec la pensée du pauvre Marignon , mourant sous le poids de ma propre honte.... huit ans qni ont fait de moi un vieillard usé par la soullrance et tout prêt pour la tombe, car le fatal souvenir usait à la fois mon corps et mon âme... car ce que j'entendais dans mes nuits d'insomnies , ce n'était plus comme autrefois ie bruit de Tor de la Banque , c'était le bruit des fers de Toulon.

MARIE

Tant de douleurs , tant de remords pourront peut-être effacer vos fautes , Duval... et l'avenir.

DUVAL

11 n'y a pas d'avenir pour moi , Marie ; pour moi, il n'y a plus que la mort.

MARIE

La mor<t, dites-vous? et moi...

DUVAL

Vous , Marie ! il y a huit ans , vous vous êtes donnée à moi par un serment aussi solennel que celui prononcé devant un prêtre à la face des autels ?

MARIE

Je m'en souviens...

DUVAL

J'ai pu briser les fers de Marignon , mais je n'ai pas eflacé la honte empreinte au front de cette famille... quelles joies leur ai-je préparées dans l'avenir pour racheter les douleurs passées?.. Marie, vous seule pouvez rendre le fils

au bonheur et rattacher le père à la vie... eh bien, il faut que vous, qui avez été une des causes de mon crime, vous en soyiez aussi l'expiation... Dominique vous aime, Marie, et je vous demande votre main pour Dominique Marignon.

MARIE

Ma main!..

DUVAL

Oh! laissez-moi espérer que la veuve d'Arthur de Barlofl respectera la dernière volonté de Joseph Duval!..

( Il s'approche de la cheminée et agite le cordon de

la sonnette. )

MARIE

Que dit-il?..

[ Ivan paraît. )

DUVAL

Faites porter ces lettres... une à chacun de mes gens... à l'mstant, à l'instant même. IVAN , qui a pris les lettres sur le bureau.

Oui , Monsieur ; mais il y a là un vieillard qui demande instamment à entrer ; il se nomme Marignon.

Lui , oh ! non , non , qu'il n'entre pas,

MARIE

Songez à ce que ce refus a de cruel ; il vient plein de reconnaissance bénir celui qui l'a rendu il la vie , à la liberté.

DUVAL

Mais s'il allait me reççnnaître. . . ,

MARIE

Non , ses yeux sont usés par les larmes , et vous êtes vous-même si changé , que mon cœur seul pouvait vous reconnaître, un ennemi ne vous eût pas deviné.

DUVAL

Ainsi, vous voulez...

MARIE

Un refus déchirerait son cœur... et il est le seul homme au monde à qui vous ne puissiez rien refuser.

DUVAL

Qu'il vienne donc (Ivan sort.) Après

tout, c'est encore un châtiaient.... c'est encore

une justice...

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