SCENE iV
Les Mêmes, BONAVENTURE, DEUX HÉRAUTS D'ARMES.
Deux hérauts d'arints, suivis Je soldats et de peuple, paraissent. Derrière les liérauts d'armes on distingue Bonavenlure et quelques jeunes gens.
PREMIER HÉRAUT, déroulani un parchemin.
« Aux habitans de notre bonne ville de Beau- » vais, faisons savoir qu'en récompense des si- » gnalés services de Pierre-Matthieu Laine, mort » en combattant pour nous, nous avons ordonné » que tous honneurs seraient rendus à sa mémoire, » que sa compagnie prendrait les armes, et que les » cloches de la cathédrale sonneraient à grande » volée comme pour un chevalier ou baron...
» Signé LE Roi ! »
JACQUES, à Jeanne, qui pleure.
Jeanne, ton père, du moins, sera honoré après sa mort, tandis que le mien, abandonné de ses amis et serviteurs, ne sera suivi que de son fils. BONAVENTURE, bas à JacquBS.
Nous sommes là, maître, et ce n'est pas pour Matthieu Laine que nous sommes venus.
LE HÉRAUT, à Jeanne, lui faisant écouter le son des cloches qui s'agitent.
Ou nous attend, nous sortirons par votre jardin.
JEANNE HACHETTE
JEANNE, bas à Jacques.
Jacques, je vais prier pour les deux vieillards.
Elle entre dans la maison, suivie du liëraut, des archers et de quelques liommes du peuple. Bonaventurc ol les jeunes gens sont reste's, ainsi qu'un deuxième lic'raut d'armes, qui déroule à son tour un parchemin.
BONATENTURE.
Qu'a-t-il donc à nous lire encore celui-là?
DEUXIÈME HÉRAUT
« Pour châtier et flétrir la trahison du seigneur » et chevalier sire de Villiers...
JACQUES
Grand Dieu !
DEUXIÈME HÉRAUT
« Ordonnons que son corps détaché de la po- » tcnce sera traîné sur une claie par toute la » ville, et jeté hors de terre sainte. Signé le Roi. »
Il sort.
tous, avec effroi.
Ahl
JACQUES
Mon père, mon père, voué à cette honte, à cette infamie... oh! non, c'est impossible !
BONAVENTURE
Chutl voici le roi.
JACQUES
Le roi ! il a rendu la sentence , il peut la rapporter; et s'il fait grâce à mon père... oui, j'abjurerai ma haine, je renoncerai à ma vengeance... mes amis, vous prierez avec moi, vous tomberez, s'il le faut, aux genoux du roi.
TOUS
Oui, oui !
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LES Mêmes, LOUIS XI , TRISTAN et HUGONNET.
Le roi va traverser la rue et s'cloiguer ; Jacques va audevant de lui.
JACQUES
Sircl daignez m'entendre... un seul instant, de grâce !
HUGONNET, à pari.
Jacques de Villiers !
LOUIS
Quel est cet homme? que nous veut-il?
JACQUES
Sire, on a égaré votre justice.
LOUIS
Comment?
JACQUES
Laurent de Villiers, eût-il été récllomont coupable, ne devait pas mourir par la corde, c'est le supplice des manans et des snri's, et <ic Villiers était gentilhomme.
LOUIS
Là, là, Tristan en a pendu do plus noblfs,
JACQUF.S.
Sire!
LOUIS, avec force.
Nous avons infligé ce supplice à ce traître, parce que la trahison avilit et dégrade, parce que celui-là n'est plus gentilhomme qui tente de livrer
son pays.
JACQUES
Eh bien! n'est-ce pas assez de sa vie pour expier son crime? et ne lui pardonnerez-vous pas, même après sa mort î Sire, pitié sur terre pour celui que Dieu juge en ce moment!
LOUIS, à Tristan.
Qu'en penses-tu, compère? Dieu commande le pardon, et le pardon rachète bien des fautes.
TRISTAN
Sire, la prière les rachète aussi, et vous avez tant prié ce matin !
LOUIS
Allons, nous songerons à fa requête plus tard. JACQUES, r arrêtant encore.
Non, non, sire I c'est maintenant qu'il me faut, que j'implore votre pitié... dans un instant, songez-y, il sera trop tard; dans un instant, les bourreaux s'empareront du corps du sire de Villiers, l'attacheront sur une claie infâme, et le traîneront ignominieusement par la ville... et moi, moi, mon Dieu! il me faudra voir cela, calme et impassible, car ils diront encore : c'est la justice du roi... Je verrai ses membres brisés, je verrai ses cheveux blancs traînés dans la fange... Ohl non, non, sire; ce supplice, vous pouvez l'infliger à ceux qui ne laissent en mourant ni parens ni amis... mais le seigneur de Villiers n'était pas le seul qui portât ce nom, il lui reste un fils pour pleurer, pour venger sa honte. Sire, je me nomme Jacques de Villiers,
LOUIS
Jacques de Villiers, son fils! {A Tristan.) Approche, approche, compère... nous avons fait aujourd'hui longue promenade, nous avons besoin de ton bras pour appui. (Il le place entre Jacques et lui) Là, là, demeure de ce côté 1
JACQUES
Sire , j'avais juré de venger la mort de mon père... mais vous pouvez encore faire d'un ennemi mortel un serviteur fidèle et dévoué. (Mettant un genou en terre.) Sire, prononcez, j'attends.
LOUIS
Seigneur Hugonnet, votre avis... que me conseillez-vous?
UUGONSET.
Moi ! tant que messire de Villiers est demeuré fidèle serviteur du roi, je lui fus un sincère ami, et cependant il est de mon devoir d'élever la voix contre sa mémoire.
JACQUES, se relevant.
Parlez donc, sire Hugonnet, j'aurai deux tâches à accomplir au lieu d'une.
HUGONNET
La trahison se propage, et il faut un exemple... la noblesse d'aujourd'hui méprise la mort, et la ^ honte seule châtie bien... c'est avec la honte qu'il i faut frapper.
MAr^AHïN THEATRAL.
JACOUES.
L'exemple profitera, j<' le jure . Sire, faites choix d'un autre conimaiulant de la ville, car celui-ci vous manquera bientôt.
HUGONNET
Misérable! {Avx gardes.) Saisissez ce rebelle!
BONAVENTCRE
Non, non!
TOCS.
,,on, non !
LOUIS
Arrêtez! (Bas.) Ne voyez- vous pas qu'ils sont nombreux? (JTawt.) Jacques de Villicrs, je te laisse la vie sauve et t'accorde tout aujourd'hui le droit de maudire les juges de ton père... la douleur d'un fils est grande et peut égarer sa raison... je te pardonne.
TOUS
Vive le roi !
LOUIS, bas.
Qu'on le surveille avec soin, et s'il se sépare de CCS manans, que l'on s'empare de lui!
Ils so.l..-nt.
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