JEANNE, JACQUES
Je t'attendais, Jacques.
JACQUES, lui prenant la main.
Oh 1 c'est que toi aussi tu m'as compris, pauvre femme!... Tu as deviné qu'un saint devoir m'était imposé , et tu as préparé ton ame à cette nouvelle épreuve; tu attendais le dernier adieu de Jacques.
JEANNE
ton adieu!...
JACQUES
Avant de te quitter, Jeanne , j'ai voulu te dire encore une fois , qu'entre toutes les femmes, tu seras toujours pour moi la plus belle et la plus aimée... Si je triomphe dans la lutte que je vais engager, le nom de Villiers, purifié par la vengeance, sera le tien... Si je succombe, ton souvenir sera ma dernière pensée... Et maintenant, Jeanne, prends ce parchemin, il assure à notre enfant toute la fortune des Villiers.
JEANNE
Notre enfant... sais-je seulement s'il existe?..,
JACQUES
Que dis-tu ?
JEANNE
Tu ne me croyais pas si malheureuse , n'est-ce pas?... Mon père est mort, Jacques, et je n'étais pas là pour apprendre de sa bouche quelle retraite il avait choisie à notre enfant... Mon père est mort, et nul de ses compagnons n'a reçu de lui cet aveu ; le vieillard a emporté son secret dans la tombe, afin que son honneur ne s'y ensevelît pas avec lui...
JACQUES
Eh quoil personne ne peut-il nous dire...
JEANNE
Non... personne... Et à chaque nouveau massacre dont l'annonce parvient ici, je sens mon cœur se briser, j'entends les crisl e notre fils qu'on égorge... Oh! oui, je les entends, te disje, car chaque gémissement d'un pauvre enfant qui se meurt a son écho dans les entrailles de sa mérc.
JACQUES
Non, ton père était un homme de bien... et le soin de son honneur ne l'a pu rendre cruel à ce point... un de ses frères d'armes a reçu sa confession... je les interrogerai tous...
JEANNE
Je l'ai fait déjà... à tous j'ai demandé en tremblant : « Mon père, avant d'expirer, ne vous a-t-il rien dit pour sa fille?... » Ils m'ont répondu : « Nul de nous n'était près de lui, car il nous devançait tous ; car il semblait que, poussé par le désespoir, il courût au-devant des coups ennemis... Et quand nous avons pu l'atteindre... c'est qu'il était tombé... c'est qu'il était mort...» Et maintenant, veux-tu encore partir?... me laisseras-tu seule chercher notre fils?...
JACQUES
Non... je resterai... avec toi, Jeanne, je visiterai tous les villages voisins, je fouillerai toutes les chaumières... Dieu, qui nous a si cruellement éprouvés, ne nous réserve pas une douleur plus amère encore... dès ce soir, nous commencerons nos recherches ; car, ce matin, nous avons Yua et l'autre de tristes devoirs à remplir...
JEANNE
Toute cette nuit, Jacques, j'ai veillé près du corps de mon père, j'ai donné au vieillard tout ce que j'avais de sanglots et de larmes; j'ai gardé pour l'enfant tout ce que j'ai de force et de courage! {On entend un son de tro7npe.) Qu'est-ce que cela?
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