‹ Magasin théâtralChapitre 26 sur 1711 · PIERRE, MARIE · texte numérisé non relu

PIERRE, MARIE

PIERRE, à part.

A présent que nous sommes seuls, je suis encore plus embarrassé qu'avant.

LE NAUFRAGE DE LA MEDUSE

MARIE

Je n'ose pas lui parler. (Moment de silence, fuis ils disent ensemble:) Pierre, je voulais...

PIERRE

Marie, j'avais espéré...

Qu'avez-Yous à me dire, mon ami?

PIERRE

Toi-même, qu'as-tu donc à m'apprendre?

MARIE

Vous d'abord: car je vous ai interrompu.

PIERRE

Non, toi la première, car tu avais commencé à me parler.

MARIE

C'est que vous allez partir.

PIERRE

Oui; et avant, je voudrais être bien sûr, à mon retour, de te trouver toujours auprès de ma mère, et toujours n'ayant avec elle qu'une seule pensée.

MARIE

Une seule... vous, mon ami.

PIERRE

Moi ! ah ! s'il était vrai, bien vrai, Marie...

MARIE

En doutez-vous ?

PIERRE

Non , non, je serais trop malheureux. Depuis long-temps tu le sais par ma mère, et il faut bien que je te le dise à mon tour, moi, quoi qu'il m'en coûte, quoique auprès de toi, à l'instant de le dire, je tremble comme un enfant, je vous... je t... eh bien ! oui, je t'aime, Marie^ comme autrefois j'aimais la gloire ; je t'aime autant que ma mère et ma patrie. Tu es une brave et digne fille, et dès que tu as connu les projets qu'on avait formés sur toi, tu as accepté cette destinée ; tu as consenti à être la femme du vieux soldat, mais ce titre, tu ne le portes pas encore, et je vais te quitter... et je me connais, moi; je sais que ce front qui grisonne et cette brusquerie, cette rudesse de caractère que toi seule pourrais vaincre , doivent laisser des souvenirs peu séduisans au cœur d'une jeune fille, et si en mon absence un autre.,, mieux vaudrait pour moi, vois-tu, qu'en tombant du haut de ce navire je me fusse brisé la tête.

MARIE

Ah ! mon ami, calmez-vous, je vous en conjure. Il est un moyen, un moyen certain de rassurer votre tendresse : Pierre, emmenez-moi avec vous.

PIERRE

Temmenerl que dis-tu?

MARIE

Ne dois-je pas être votre femme? eh bien! je veux dès à présent partager tous vos périls, toute votre destinée.

riERRE.

Toi qui jusqu'à ce jour as témoigné tant de frayeur pour le moindre voyage sur mer?

MARIE

Je ne tremble plus, je veux partir, partir avec

I vous, Pierre : si le ciel me réserve quelque péril, vous serez là, toujours là, pow le conjurer; près de vous, je me sentirai plus forte, et j'aurai du courage pour combattre et surmonter ma frayeur. .. (à pari) et mon amour.

PIERRE

L'ai-je bien entendu? Tu veux me suivre, partir avec moi, Marie! chère Marie! c'est trop de bonheur, oh! oui, trop de bonheur! et l'égoïsme allait me faire oublier les sermens que j'ai faits à ton père.

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