‹ Magasin théâtralChapitre 267 sur 1711 · JEANNE, MARCELINE · texte numérisé non relu

JEANNE, MARCELINE

JEANNE, entrant précipitamment.

Nous sommes arrivées, n'est-ce pas?

MARCELINE

Oui, c'est ici.

JEANNE

Eh bien I conduisez-moi vile à votre maison, où nous arriverons peut-être trop tard.

MARCELINE

Attendez; ce n'est pas dans ma chaumière que j'ai laissé celui que vous cherchez; à la première alarme, je m'étais réfugiée avec mes pauvres enfans...

Elle s'arrcle toul-à-coup, et son regard s'arrête sur une pierre ensanglantée

JEANNE

Où donc ?

MARCELINE, s'approchaui de la vierre, et jetant un cri.

Àhl

JEANNE

Qu'avez-vous?

MARCELINE, montrant la pierre.

Là... là... Voyez-vous ce sang?... c'est celui d'Etienne, de mon fils, qu'ils ont tué dans mes bras, d'une balle au cœur... c'est sur cette pierre qu'il est tombé, en appelant encore sa mère... Oh I oh ! mon enfant ! ...

Elle tomtie à genoux devnnf la pirrre.

JEANNE

Pauvre mère'.... nul mieux que moi ne peut comprendre votre douleur; mais, à votre tour, ayes

pitié de mes angoises: femme, nous prierons ensemble pour l'enfant qui n'est plus ; mais sauvons, sauvons celui qui souffre... {Marceline reste immobile.) Mon Dieu, que faites-vous là?... ne m'enteudez-vous plus?

MARCELINE, la Tepoussunt.

Que me voulez-vous ?

JEANNE

Quel égarement dans ses yeux 1... Ne me reconnaissez-vous plus? ne savez-vous plus où vous êtes? {Marceline garde le silence, et s'attache à lapierre ensanglantée. Avec effroi.) Ah 1 la douleur a troublé sa raison ; ce malheur me manquait encore I... Si près du but et ne pouvoir pas l'atteindre 1... {CourantàMarceline.)Vemme, rappelle tes souvenirs, entends-moi, regarde-moi... Ahl que je meure, mon Dieu! que je meure, mais qu'elle se souvienne t

Bruit en dehors.

JEANNE, allant au fond. Je ne me trompe pas, c'est un étendard aux armes de Bourgogne qui flotte sur cette route. . Femme, les Bourguignons approchent... ils nous tueront, et je ne veux pas mourir encore, moi. MARCELINE, SB levant avec effroi.

Les Bourguignons, dites-vous? il faut fuir.

JEANNE

Sans mon enfant... jamais I

UARCELINE.

Mes enfans... oh ! je les porterai jusqu'à Deauvais, s'il le faut, mais l'étranger...

JEANNE

Qu'en as-tu fait?

MARCELINE

Ah ! chez Hubert.

JEANNE

Uubert?

MARCELINE

Oui, il y sera plus en sûreté -, car la porte ferme bien chez Hubert.

JEANNE

La maison de cet Hubert, où est-elle ?

Les ciià se rappioelient.

MARCELINE

Los voilà, les voilà.

JEANNE

Conduis-moi chez Hubert.

MARCELINE

Mais ils nous tueront.

JEANNE

Chez Hubert, te dis-je.

MARCELINE, qui vBut fuir.

C'est la mort qui vient à nous.

JEANNE

Eh bien! elle nous frappera toutes deux, car tu ne passeras pas.

Elle lui ierine 1j route.

MARCELINE

Oh! VOUS me faites peur.

JEANNE

l'cur? .. Ah! non, je ne menace plu.*!, je suis à tes ij'unoux et je to supplie... Sei-i^'ueur , Sei-

gneur, donnez-moi des acccns qui lui arrivent au cœur et qui réveillent sa raison 1 Demeure, te dis-je. OL ! je te forcerai bien à te souvenir ; oui, j'aurai ce cruel courage: tiens, regarde autour de toi ; reconnais celte place ; c'est là qu'une balle est venue frapper ton Etienne... c'est sur cette pierre qu'il est tombé... ce sang est celui d'Etienne, n'est-ce pas?

MARCELINE , revenant à elle.

Ah ! vous voulez donc me faire mourir ?

JEANNE

Tu pleures? Ah î tu me comprends enfin, et maintenant tu me conduiras chez Hubert, n'est-ce pas?

MARCELINE

Oui, oui, venez. {An moment où Marceline saisit la main de Jeanne, des crisdeWve Bourgogne! très-rapprochés se font entendre.) Ce sont eux.

JEANNE

Dieu nous garde... viens. ( Un coup de feu part, et la balle vient frapper Jeanne à l'épaule; elle tombe en poussant un cri.) Ah!

MARCELINE

Hs l'ont tuée, ils me tueraient aussi , et il nie reste un enfant.

En apercevant les Bourguignons <jui traversent le fuiil en courant, Marceline fuit et abandonne Jeanne, cju'elli; croit morte. Les Bourguignons ont traversé le fond sans apercevoir Jeanne.

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