JEANNE, MARCELINE
JEANNE, entrant précipitamment.
Nous sommes arrivées, n'est-ce pas?
MARCELINE
Oui, c'est ici.
JEANNE
Eh bien I conduisez-moi vile à votre maison, où nous arriverons peut-être trop tard.
MARCELINE
Attendez; ce n'est pas dans ma chaumière que j'ai laissé celui que vous cherchez; à la première alarme, je m'étais réfugiée avec mes pauvres enfans...
Elle s'arrcle toul-à-coup, et son regard s'arrête sur une pierre ensanglantée
JEANNE
Où donc ?
MARCELINE, s'approchaui de la vierre, et jetant un cri.
Àhl
JEANNE
Qu'avez-vous?
MARCELINE, montrant la pierre.
Là... là... Voyez-vous ce sang?... c'est celui d'Etienne, de mon fils, qu'ils ont tué dans mes bras, d'une balle au cœur... c'est sur cette pierre qu'il est tombé, en appelant encore sa mère... Oh I oh ! mon enfant ! ...
Elle tomtie à genoux devnnf la pirrre.
JEANNE
Pauvre mère'.... nul mieux que moi ne peut comprendre votre douleur; mais, à votre tour, ayes
pitié de mes angoises: femme, nous prierons ensemble pour l'enfant qui n'est plus ; mais sauvons, sauvons celui qui souffre... {Marceline reste immobile.) Mon Dieu, que faites-vous là?... ne m'enteudez-vous plus?
MARCELINE, la Tepoussunt.
Que me voulez-vous ?
JEANNE
Quel égarement dans ses yeux 1... Ne me reconnaissez-vous plus? ne savez-vous plus où vous êtes? {Marceline garde le silence, et s'attache à lapierre ensanglantée. Avec effroi.) Ah 1 la douleur a troublé sa raison ; ce malheur me manquait encore I... Si près du but et ne pouvoir pas l'atteindre 1... {CourantàMarceline.)Vemme, rappelle tes souvenirs, entends-moi, regarde-moi... Ahl que je meure, mon Dieu! que je meure, mais qu'elle se souvienne t
Bruit en dehors.
JEANNE, allant au fond. Je ne me trompe pas, c'est un étendard aux armes de Bourgogne qui flotte sur cette route. . Femme, les Bourguignons approchent... ils nous tueront, et je ne veux pas mourir encore, moi. MARCELINE, SB levant avec effroi.
Les Bourguignons, dites-vous? il faut fuir.
JEANNE
Sans mon enfant... jamais I
UARCELINE.
Mes enfans... oh ! je les porterai jusqu'à Deauvais, s'il le faut, mais l'étranger...
JEANNE
Qu'en as-tu fait?
MARCELINE
Ah ! chez Hubert.
JEANNE
Uubert?
MARCELINE
Oui, il y sera plus en sûreté -, car la porte ferme bien chez Hubert.
JEANNE
La maison de cet Hubert, où est-elle ?
Les ciià se rappioelient.
MARCELINE
Los voilà, les voilà.
JEANNE
Conduis-moi chez Hubert.
MARCELINE
Mais ils nous tueront.
JEANNE
Chez Hubert, te dis-je.
MARCELINE, qui vBut fuir.
C'est la mort qui vient à nous.
JEANNE
Eh bien! elle nous frappera toutes deux, car tu ne passeras pas.
Elle lui ierine 1j route.
MARCELINE
Oh! VOUS me faites peur.
JEANNE
l'cur? .. Ah! non, je ne menace plu.*!, je suis à tes ij'unoux et je to supplie... Sei-i^'ueur , Sei-
gneur, donnez-moi des acccns qui lui arrivent au cœur et qui réveillent sa raison 1 Demeure, te dis-je. OL ! je te forcerai bien à te souvenir ; oui, j'aurai ce cruel courage: tiens, regarde autour de toi ; reconnais celte place ; c'est là qu'une balle est venue frapper ton Etienne... c'est sur cette pierre qu'il est tombé... ce sang est celui d'Etienne, n'est-ce pas?
MARCELINE , revenant à elle.
Ah ! vous voulez donc me faire mourir ?
JEANNE
Tu pleures? Ah î tu me comprends enfin, et maintenant tu me conduiras chez Hubert, n'est-ce pas?
MARCELINE
Oui, oui, venez. {An moment où Marceline saisit la main de Jeanne, des crisdeWve Bourgogne! très-rapprochés se font entendre.) Ce sont eux.
JEANNE
Dieu nous garde... viens. ( Un coup de feu part, et la balle vient frapper Jeanne à l'épaule; elle tombe en poussant un cri.) Ah!
MARCELINE
Hs l'ont tuée, ils me tueraient aussi , et il nie reste un enfant.
En apercevant les Bourguignons <jui traversent le fuiil en courant, Marceline fuit et abandonne Jeanne, cju'elli; croit morte. Les Bourguignons ont traversé le fond sans apercevoir Jeanne.