‹ Magasin théâtralChapitre 299 sur 1711 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

JACQUES, HUGONNET, masqué.

Uncportc cachée dans la Loiserie s'ouvre; Hugonnet entre, couvert de son manteau; un Affidé paraît après lui sur le seuil de la porte.

HUGONNET, à voix basse.

Tiens-toi là prêt avec ta dague et ton épée. Tu

viendras à mon premier appel. (L' Affidé disparaît.

La -porte se referme. Hugonnet se place derrière

Jacques, et, lui frappant sur l'épaule. ) Un mot,

messire ?

JACQUES, avec siirprise.

Qui êtes-vous? que me voulez-vousî d'où vient que vous êtes ici sans que j'aie entendu le grincement des verroux ni le bruit de vos pasT

HUGONNET

C'est que, lorsque les verroux se tirent avec fracas, ils rappellent à lui-même le prisonnier qui se croyait seul avec sa douleur, et font rentrer dans son sein les paroles de désespoir et de haine qui s'en échappaient.

JACQUES

Qu'est-il besoin d'un espion pour entendre ce que je crierai à mes juges?

HUGONNET

Un espion cherche à deviner les secrets d'un eonemi qu'on redoute, et l'on n'a rien maintenant à craindre de vous... vous n'avez plus qu'une lutte à soutenir.

JACQUES

Contre le bourreau , n'est-ce pas? J'y suis préparé.

HUGONNET

Oui , celle-là , si je ne vous en offre une plus glorieuse et plus belle... Le bourreau ou Louis XI, devant lequel de ces deux hommes voulez-vous que je vous place?

JACQUES

Ohl qui que tu sois, tu me connais bien... tu me donneras donc la liberté?

HUGONNET

Je te donnerai mieux que cela la vengeance.

JACQUES

Oh! parle vile alors...

HUGONNET

Jeanne Laine sollicite en ce moment ta grâce, je la lui ferai obtenir.

JACQUES

Toi! Tu n'es donc pas Bourguignon, puisque tu as ici pouvoir et liberté 7

HL-GONNET.

Ce n'est pas un Bourguignon qui t'avait ouvert la porte de Presle. .. Mais que te fait cela ? n'étais- 'vu pas sujet du roi Louis il y a sept à huit jours i peine? Avant huit jours je serai comme toi peutêtre sujet du duc de Bourgogne.

JACQUES

Mais moi... j'ai quitté les rangs de mes frères en même temps que leur cause... Continue...

HUGONNET

Ta grâce une fois obtenue par Jeanne, je te ferai rendre ton épée... on te confiera même un poste important, celui de la porte d'Amiens.

JACQUES

Un poste dans Beauvais... je ne te comprends plus.

HUGONNET

Écoute encore... sous un prétexte d'échange, de rachat de prisonniers... le duc de Bourgogne enverra aujourd'hui même un convoi de vivres à la ville affamée, et tandis que la foule appelée sur la grande place se disputera cette trompeuse rançon , toi , gardien de la porte. ..

JACQUES

Je profiterai de cet instant.

HUGONNET

Oui , par un signal convenu tu appelleras les Bourguignons sous cette partie des remparts... puis, pour donner à tes soldats une preuve de ton courage et de ton zèle , tu ordonneras une sortie pour repousser l'ennemi , tu feras ouvrir la porte d'Amiens; les Bourguignons, prévenus qu'ils ne trouveront là qu'une faible résistance, s'empareront alors facilement de ce poste, voyant, d'ailleurs leur chef passer à l'ennemi , les hommes de Beauvais lâcheront aussitôt pied.

JACQUES

S'il s'en trouvait pourtant de brades et résolus?

HUGONNET

Eh bien! ne seras-tu pas armé?

JACQUES

Je tournerai contre eux l'épée qu'ils m'auront rendue?

HUGONNET

Que t'importe... qu'elle traverse la poitrine de quelques-uns de ces manans, si elle doit arriver plus tard jusqu'au cœur de Louis XI?

JACQUES

Misérable! tu me crois donc bien lâche... et tu es bien infâme pour me venir offrir un semblable marché.

HUGONNET

Vous vouliez une vengeance pourtant?

Oui , une vengeance de soldat, et non pas d'assassin.

HUGONNET

Les hommes de Beauvais ne sont-ils pas vos ennemis?

JACQUES

Je les aurais combattus... je ne les trahirai pas.

HUGONNET

Sire deVilliers...

JACQUES

Mon nom... il sait mon nom , et il est venu me proposer une semblable félonie ! Mon Dieu! étaisjc donc descendu si bas que cet homme ait pu me croire •> K-a. f-«i|;" "

JEANNE HACHETTE

BUGONNET.

Prenez garde... messire, vous ne savez pas qui tous outragez,

JACQUES, voulant le démasquer .

Je le saurai.

HUGONNET, le repoussant.

Malheureux! c'est ton arrêt de mort. {Courant à la porte secrète.) A moi...

A ce moment, la porte secrète s'ouvre, et TAffidé paraît.

Un assassin I qu'il vienne... il tue, lui... et toi, tu déshonores.

HUGONNET, à l'affidé.

Cet homme est à toi.

A ce moment, on entend ilu bruit à la porte extérieure. JACQUES.

A moi , soldats de Beauvais ?

l'affidé.

Il est trop tard, fuyons.

Ils disparaissent par la porte seerble.

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