‹ Magasin théâtralChapitre 303 sur 1711 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les Mêmes, JACQUES, JEANNE, armée, suivis du peuple.

LE PEUPLE

Vive Jeanne ! gloire à Jeanne Hachette î

JEANNE

Mes amis , en défendant son pays et son enfant, Jeanne n'a fait que son devoir. Demain l'armée du roi renversera les tentes des Bourguignons, demain Beauvais sera libre, et Jeanne déposera son armure, Jeanne ne sera plus qu'une mère , qu'une épouse trés-heureuse.

Elle donne la main b Jacques.

DOMINÉ

Qui sait si l'armée du roi arrivera demain? Le sire gouverneur en a paru douter, et quand on lui a demandé de distribuer les dernières provisions qu'il tenait en réserve, il s'y est refusé.

BONAVENTURE

On ne peut pourtant pas se battre toujours et ne se jamais rien mettre sous la dent.

JACQUES

J'ai voulu demander au gouverneur que ces distributions fussent faites ce soir pour ranimer les forces de ceux qui sans doute auront encore un combat à livrer cette nuit, je n'ai pu parvenir jusqu'à lui.

JEANNE

Eh bieni j'irai, moi.

LE PEUPLE

Nous irons avec vous.

JEANNE

Puis je reviendrai, Jacques, car ton poste doit être le mien.

JACQUES

Non, Jeanne, reste cette nuit auprès de notre enfant, laisse-moi défendre seul cette porte d'Amiens qu'on a commise à ma garde.

JEANNE, après un silence en regardant Jacques. D'où vient qu'au moment de reconquérir l'estime de tous en défeudaut ce poste que toi-même

tu as sollicité, d'où vient que jevols la pâleur sur ton front et le doute dans tes yeux? Je te connais, Jacques, ce n'est pas l'approche du péril qui trouble ton ame... qu'as-tu donc 7

JACQUES

Pardonne-moi de laisser aller mon cœur à de vains pressentimens... tout-à-l'heure, quand je pressais notre fils dans mes bras, il me semblait que je ne devais plus le revoir

JEANNE

Ne plus le revoir !

JACQUES

Encore une fois, Jeanne, promets-moi de ne le pas quitter.

JEANNE

Je te comprends, Jacques ; tu sais que la ville recevra cette nuit son dernier assaut, que cet assaut sera terrible, que ce poste sera le plus vivement attaqué, et lu veux garder pour toi seul les chances de ce dernier combat, tu veux me faire une égide du berceau de notre enfant; mais je ne t'obéirai pas, Jacques : j'ai juré de ne déposer cette arme qu'après avoir vu fuir les Bourguignons , j'ai juré de combattre jusque là à tes côtés, et tu le sais, Jeanne tient tous ses sermens; Je cours chez le gouverneur, puis, je te le répète, je reviendrai ; entends-tu, Jacques, je reviendrai. {Au peuple.) Venez, mes amis, venez.

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