SCENE V
JACQUES, L'AFFIDÉ; puis SIRE HUGONNET, la figure couverte de son masque.
i.'affidé, entre et regarde avec précaution; il pénètre dans la boutique, et s'assure que tout le monde dort.
Sortez, maître, votre vin a produit l'effet que
vous attendiez... ils dorment tous,
JEANNE HACHETTE
HUGONNET
Je veux m'en assurer.
Il entre dans la boutique éclaire'e par une lampe; il en sort [bientôt.
JACQUES, au moment où il a passé près de lui pour entrer dans la maison,
C'est lui 1
l'affidé.
Il faut éteindre cette lampe.
HUGONNET
Attends... je n'ai pas reconnu, parmi ces hommes, celui qui les commande.
l'affidê, Vapercevant.
Le voilà... endormi comme les autres... Si vous craignez plus celui-là que les autres, il est facile de s'en débarrasser.
HDGONNET.
Tue-le... non... son sommeil me suffit...
l'affidé.
Et son sommeil est profond... car il n'a pas remué.
HDGONNET, à luî-même.
Si, contre toute apparence, cette tentative est encore infructueuse, j'éloignerai les soupçons de moi en les jetant sur lui... si je réussis, la même tombe ensevelira le chef et les soldats... (A VAffidé. ) Tu as ton échelle de corde pour descendre dans le fossé ?
l'affidé.
La voilà.
HUGONNET
Dis à monseigneur de Bourgogne qu'il ordonne à l'instant même une fausse attaque devant la porte de Presle; mais qu'il réserve toutes ses forces pour enlever la porte d'Amiens... L'explosion de la mine que j'ai creusée lui ouvrira une large brèche... Enfin, dis-lui que l'armée du roi de France avance à grands pas, et que si la ville n'est pas aux Bourguignons au lever du soleil, elle leur échappera.
l'affidë.
Qui mettra le feu à la mine ?
HUGONNET
Moi.
l'apfidé.
Adieu donc t
L'Affidé attache son échelle ^ l'un des créneaux, et il commence à descendre.
HCGONNET.
Fais diligence, et sois prudent. ( Pendant ce temps, Jacques s'est soulevé; il s'est emparé de l'arquebuse de Bonaventure, placée au dehors de laboutique; puis Use traîne sans bruit vers le rempart. Suivant des yeux son Affidê.) Le voilà en bas du rempart ; il traverse le fossé , il sei a bientôt dans le camp du duc de Bourgogne.
JACQUES, se dressant derrière Hugonnet, et ajustant VAffidé.
XI n'y arrivera pas. (// tire; mais l'arme n'é-
tant pas chargée, le coup ne part pas, et Bugonnc prévenu se retourne vivement. ) Malheur 1
HUGONNET
Jacques de Villiers I JACQCES, s'élançant sur Hugonnet e le ramenant sur le devant du théâtre.
Oui, Jacques de Villiers, qu'il ne fallait pas laisser vivre, et qui va te tuer... mais après t'avoir démasqué, traître!... {Il arrache le masque cVHu gonnet.) Le gouverneur I
HOGONNET.
Tais-toi I
JACQUES
Hugonnet 1... celui qui flétrit la dépouille de mon père!
HUGONNET
Tais-toi, te dis-je!
JACQUES, lui tenant les deux mains.
Non, non, monseigneur j il faut que l'on m'entende au contraire... il faut qu'on vienne... La noblesse ne redoute pas la mort ; la honte seule châtie bien... voilà ce que vous avez dit... Eh bien! je vais te prendre l'honneur avant de te prendre la vie... A moi... à moi, camarades!
HUGONNET
Insensé! aucun ne te répondra... Écoute, Jacques... La cause de Louis de France est perdue ; le véritable bourreau de ton père, c'est Louis XI. Venge-toi donc de lui... aide-moi à lui enlever la ville de Beauvais !
JACQUES, le tenant toujours.
J'ai fait à mon pays le sacrifice de ma haine, et par moi Louis XI conservera la ville que tu as lâchement vendue... Car si ton complice m'est échappé, je te tiens en mon pouvoir, toi... qui t'es réservé l'exécution de ton abominable projet... Toi seul, tu peux mettre le feu à la mine que tu as creusée... Oh I je sais bien tous tes secrets, n'est-ce pas?.,. Et celui qui te tuerait là comme on tue un voleur de grands chemins, celui-là ferait bonne justice... Mais je ne suis pas le bourreau, moi, et je ne tue qu'avec mon épée... Relève-toi donc, Hugonnet, et défends- toi? uvGOTiszT, se relevant et poussant un cri de joie.
Ahl
Ils'élance sur Jacques, et le frappe de sa dague. JACQUES.
Infâme!... infâme I
HUGONNET
En te laissant la vie tout-à-l'heure, j'avais compromis la réussite de mon entreprise... Tu m'as laissé prendre ma revanche, merci...
JACQUES, cherchant à se soulever.
À moi!... à moi!
Il retombe.
HUGONNET
Vains efforts I {A part.) Il faut en finir... le fossé est près de nous... Allons! maintenant, mon projet réussira... (Ji soulève Jacques, dont les forces paraissent épuisées; il le traîne jusqu'au
paravet. Tenant Jacques presque suspendu sur l'abîme.) Messire Jacques, ce fossé sera votre tombeau.
JACQUES, se cramponnant à Hugonnet.
Ce sera le nôtre I
HUGONNET, SB débattant. Ah I... il m'entraîne!...
JACQUES, l'entraînant et disparaissant.
Ah ! Dieu est juste!
On culcnJ le bruit de la chute d'un cadavre, un cri d'Hugouiiel;pui3 plus rien.
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