SCENE IV
JACQUES, ANDRÉ, GALLAND, L'AFFIDÉ portant un panier de vin, Gardes bourgeoises.
GALLAND, qul a euteudu les derniers mots de Dominé.
Eh ! eh I compère, je vous apporte de quoi vous réconforter.
TOUS
Du vin 1
DOMINÉ
C'est vous qui nous l'offrez?
GALLAND
Oui, mes chers amis, je vous l'offre au nom du gouverneur.
TOUS
Du gouverneur?
CiLLAND.
Il m'a attaché à sa personne; ceci vous explique comment il se fait que je sois chargé de la mission que je remplis en ce moment.
DOMINÉ
Ce vin sera le bien venu, qu'il nous arrive du gouverneur, de vous, ou du diable. Allons, André, quittez votre faction et venez boire le vin de messire Hugonnet.
JACQUES
Prenez garde, camarades, vous aurez bientôt besoin de tout votre courage, de toute votre énergie.
ANDRÉ
Ce jour est le dernier qui nous reste peut-être; entrons et buvons.
DOMINÉ, et les autres.
Oui! oui ! buvons!
Ils entrent dans la boutique abandonne'c servant do corpsde-garde et boivent ; Galland donne le panier. l'affidê.
Allez, compère, je n'ai plus besoin de vous; retournez chez le gouverneur.
JACQUES, en montant sur le parapet. Je ne dislingue aucun mouvement dans le camp de Bourgogne... je n'entcuds rien dans la plaine, et pourtant cet homme m'avait annoncé...
l'affidê, à pan.
J'ai renvoyé cet homme; car il ne faut pas de témoin pour ce qui va se passer ici. A merveille, déjà l'ivresse, bientôt le sommeil... Quelques-uns cherchent en vain à lutter, ils succomberont aussi, je pourrai revenir tout-à-l'heure.
Il sort.
JACQUES
André, André, n'allez-vous pas reprendre votre poste? pas de réponse. André, Andrfi. [Il entre dans la boutique.) Que vois-je? endormis tousl Camaradesl camarades! Endormis tousl ce sommeil si prompt... ah! c'est un piège infâme. {Il sort de la boutique.) Seul, je suis seul.. . car ce quartier séparé de tous les autres est abandonné, car personne n'entendra mes cris... eh bien, je veillerai seul. Oh! mon Dieu 1 double mes forces comme tu as doublé mon courage, l'heure de la trahison est venue, je n'en puis plus douter... pourtant je n'entends rien... rien que le battement de mon cneur. Assuronsnous encore qu'on ne nous menace pas au dehors. {Il monte sur le parapet.) Je ne me trompe pas, c'est du village occupé par les Bourguignons que s'élève cette flamme, ce feu doit être un signal. {On aperçoit une lueur lointaine briller dans la campagne; bientôt on voit paraître, au faîte de la maison abandonnée et derrière les vitraux, une lumière.) On répond à ce signal , c'est là que sont les traîtres, c'est là qu'il les faut aller chercher. {Il va s'élaticer dans la maison et s'arrête toutà-coup.) Il m'a semblé que là, sous mes pieds... oui, ce bruit est celui qu'on ferait en creusant une mine, Camarades,camarades... immobiles comme si la mort les avait frappés... Quefaire? abandonner ce poste pour demander des secours... impossible; entrer dans cette maison, mais les traîtres sont nombreux sans doute... N'importe, je suis armé, et l'épée d'un soldat fait toujours tomber le poignard d'un assassin. {Il se dispose à mettre le pied dans la maison et s'arrête encore.) J'entends marcher; quelqu'un va sortir de cette maison; si je donne l'alarme, ceux qui nousveulentvendrenous échapperont, et je ne saurai pas quel piège ils nous tendent, si au contraire; ils ne trouvent ici que des hommes endormis, ils seront sans défiance, et je pourrai surprendre leur secret. Les voici... Mon Dieu, protége-moi, protége-moi.
Il s'éloigne de la maison en se laissant tomber sur un baiic ou sur une pierre, il feint d'être endormi conirac les autres; en ce moment la porte s'ouvre et r.\ffidé parait, la nuit est tout-à-fait venue.
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