PEREZ, LÉONOR, PAQUITA
Le'onor et Paquita travaillent à TaiguiUe ; Ferez, assis la tête appuyée dans ses mains, est absorbé dans ses réflexions. Moment de silence.
PEREZ, frappant du poing le bras de son fauteuil. 0 lâches Espagnols que nous sommes! nous voilà esclaves, esclaves des Français. Maisque pouvions-nous faire? Vendus, trahis de toutes parts. (Il se lève.) Opprobre et mépris sur vous, grands du royaume , auteurs de toutes nos misères, sur vous seuls opprobre et mépris! Les infâmes! les infâmes! pour de l'or, des titres, des places à la cour d'un fantôme de roi, ils ont livré nos villes à Napoléon... Que Napoléon leur promette encore des places, des litres, de l'or, et ils livreront nos fortunes, nos familles à cette soldatesque effrénée, qui ne rêve que carnage et butin.
PAQCITA.
Ah! il ne faut pas médire des Français... Seigneur Ferez, ils ne pillent ni n'égorgent personne.
LÉONOR
Et même on doit des éloges à leur conduite.
PAQUITA
Enfin, depuis trois jours qu'ils ont pris notre ville, depuis trois jours qu'ils sont dans Tarragone, qu'ils bivouaquent sur nos places publiques, estil quelqu'un qui ait à se plaindre d'eux?
Non, sans doute, ils ont droit à nos éloges, à notre reconnaissance! Pauvres. femmes... Ah ! ne comprenez-vous pas que ces vainqueurs généreux sont encore incertains de leur victoire; qu'ils nous craignent, qu'ils nous redoutent, qu'ils n'auraient garde maintenant d'exciter une plainte, un murmure? Détians, ils sont prudens et réservés, ils respectent nos propriétés, ils nous traitent avec égard et bonté... Mais laissez-les s'assurer de notre faiblesse, de notre désunion, laissez-les se convaincre de leur puissance, et vous verrez alors comme ils en agiront avec nous... Alors plus de bivouacs sur les places publiques, plus de nuits en plein air, plus de dalles froides et dures pour reposer leur tète... Us envahiront nos maisons, s'asseoiront à nos foyers, ils sommeilleront dans nos lits ..et, maîtres absolus chez nous, ils ne nous épargneront ni larmes, ni regrets: chaque jour, à chaque instant, l'insulte à la bouche et le sabre à la main, ils nous traiteront comme de vils esclaves... Oh! c'est à se briser la létc, c'est à se déchirer le cœur.