SCÈNE m
PAQUITA, JEPPO, LÉONOR,
LÉONOR
0 mon Dieu ! je suis toute tremblante.
JEPPO.
Rassurez-vous, senora, ne craignez rien
L'ELEVE DE SAINT-CYR
LÈOSOK.
Mais où va mon père?
JEPPO.
Au couvciildu rôvêi'cnd pùrc Jo;;é.
PAQliTA.
Et qu'y va-t-il faire?
JEPPO.
Conspirer.
PAQUITA
Conspirer?
JEPPO.
Contre les Français.
LÉON ij il.
Et vous médites, Joppo, de nie rassurer, de ne rien craindre !
JEPPO.
Certainement; les pères bénédictins sont trop prudcns pour s'aventurer au hasard. Ils tiendront bien des conciliabules dans leur cloître, mais du diable s'ils se risquent au dehors tant qu'ils ne seront pas certains du succès; et ce n'est pas de sitôt qu'ils auront cette ccrtiludc-là. Les Espagnols sont découragés et désunis; ils ne sont pas en état de secouer le joug des Français. Je n'ai pas tenu ce langage-là au seigneur Ferez parce que j'ai voulu flatter un peu sa marotte, au digne homme... Il n'est content, il n'est heureux que quand on l'entretient de complots contre les Français, de trames ourdies contre les oppresseurs de notre belle patrie; mais pardon, senora, la matinée s'avance et j'ai de la besogne par-dessus la tête.
LÉONOn.
Que nous ne vous retenions pas, mon cher Jeppo. Allez à vos occupations.
Elle va s'asseoir et se remet à son ouvrage. JEPPO, à Paquila.
C'est vrai, pourtant, cara arnica; depuis Lier, les barbes pleuvent comme grêle dans ma boutique. Officiers et soldats, tous accourent chez moi, et pour peu que ça continue, je ferai la barbe à toute l'armée française.
PAQL'ITA.
Voilà une faveur bien étrange!
JEPPO.
Voyez-vous ça! mon talent ne justifie-t-il pas la préférence que les Français me donnent sur mes confrères ? et puis, il faut tout dire, je dois beaucoup à un jeune lieutenant du llgerje ligne que le hasard m'avait amené, et qui a été si content de la manière dont je l'ai accommodé qu'il m'a envoyé tousses amis, indèla. foule. Ah! le bon jeune homme! je ne l'oublierai jamais... avec ça que c'est un garçon d'une espèce toute particulière, un vrai phénomène militaire.
PAQLITA.
Comment cela?
JEPPO.
Tout jeune encore, tout frais émoulu sur ce qui est du militaire, c'est déjà un guerrier modèle; toujours le premier à la tranchée, le dernier de retour au bivouac. Il marche sur les (races de
nos plus grands héros; aussi, chefs et soldats, tous ils aiment et chérissent l'élève de Saint-Cyr; c'est le nom qu'on lui a donné au régiment. Eh bien ! le croiras-tu? ce garçon si brave, si intrépide sur un champ de bataille, est d'une timidité sans pareille quand il se trouve dans un salon... Oui, pour un rien, il rougit et baisse les yeux ni plus ni moins qu'une nonne du Saint-Sacrement.
PAQL'ITA.
Voilà en effet un militaire bien extraordinaire.
JEPPO.
Aussi, ma foi, si celui-là fait son chemin auprès des femmes de Tarragone , il faudra qu'elles y mettent de la bonne volonté.
PAQUITA
Elles en ont toujours pour le courage ctlcs beaux yeux, vilain poltron.
JEPPO.
C'est rassurant pour moi, ton futur époux. Enfin nous verrons quand nous y serons.
Il sort.
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