‹ Magasin théâtralChapitre 333 sur 1711 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

JOLIBOIS, ANATOLE, LE COLONEL, deox Soldats portant des bagages.

LE COLONEL, entrant et s'adressant à Anatole.

Oui, monsieur, oui, sacredieu, je me fâche. Je vous demande un peu, un gaillard comme ça, grand comme père et mère, qui grelotte la peur, parce qu'on lui a dit que dans cette maison il y avait une jeune et jolie fille, l'imbécile! JOLIBOIS, â part.

Pauvre garçon 1 à l'approche du sexe, son cœur bat toujours la générale.

LE COLONEL

Mais, sacredieu, voyez donc cette allure. Diraiton que voilà un soldat, un brave militaire, qui ne craint ni boulets ni mitraille , qui , au milieu de la mêlée, défie la mort cent fois en une heure 1 JOLIBOIS, bas à Anatole.

Voyons, lieutenant, du moral.

LE COLONEL , Continuant.

Allons, sacredieu, de l'aplomb, de l'assurance ; ne sois plus béte comme ça. ( Changeant de ton.) Jolibois !

JOLIBOIS

Mon colonel !

LE COLONEL

Fais porter ces bagages dans ma chambre.

JOLIBOIS, à part.

Nous y voilà 1

LE COLONEL

Allons, voyons! presto!

JOLIBOIS

Oui, mon colonel ; mais ne vous emportez pas trop, mon colonel ; et puis il n'y a qu'un peu de patience à avoir.

LE COLONEL

Au fait, sacredieu, au fait.

Voilà! eh bien ! c'est que...

LE CULO.NEL

C'est que... quoi?

JOLICOIS.

Vous vous fâchez.

LE COLONEL, itiipaiieuté.

Ohl

JOLIBOIS

Eh bien! vos bagages, jene puis pas encore les faire porter dans votre chambre.

LE COLONEL

Hein! tu dis?

JOLIBOIS

Le bourgeois est absent, et sa fille n'a pas voulu nous emménager avant qu'il soit de retour.

LE COLONEL

Elle n'a pas voulu I en voilà une sévère, par exemple! et nous allons faire le pied de grue en attendant l'arrivée du papa de mademoiselle?... Oh! non, sacredieu non, je ne suis pas de cette pàtc-là, moi...

JOLIBOIS

Le bourgeois ne doit pas tardera reutret.

LE COLONEL, sans lui répondre et criant.* Holà! hé I la maison!

ANATOLE

Mon père...

LE COLONEL

Tu m'ennuies. (Crianf.) Quelqu'un, sacredieu, quelqu'un, ou je casse tout.

JOLiBOis, à part.

Qu'est-ce que je disais?

LE COLONEL

Ah ça! mais ils sont donc sourds? {Prenant une chaise et la lançant contre la porte de gauche.) Maître, maîtresse, soubrettes, valets, toute la séquelle, sacredieu ! ici toute la séquelle ! PEREz, entrayit par le fond.

Par l'enfer !

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SCETS'E YIII.

JOLIBOIS, LE COLONEL, PEREZ, ANATOLE, LES DEUX Soldats.

JOLIBOIS

Voilà le bourgeois.

LE COLONEL

Ah! c'est le bourgeois? il arrive à temps.

Oui, j'arrive à temps pour me convaincre qu'en France, sous le règne de Napoléon, on peut sans éducation et sans savoir-vivre prétendre aux épaulettes de colonel.

LE COLONEL

L'insolent !

PEREZ

L'insolent, ici, c'est vous!

LE COLONEL, furicux, s' avançant sur lui. Misérable 1 ANATOLE et JOLIBOIS, qui Ont arrêté de suite le colonel.

Mon père, mon colonel! **

LE COLONEL

Laijsez-moi, sacredieu, laissez-moi!

ANATOLE

Au nom du ciel, mon père, je vous en prie, point de bruit, point d'esclandre. Autant que vous je suis jaloux du respect qu'on vous doit, autant que vous j'aurais à cœur de punir une insulte qui vous serait faite... Oh! oui, croyez-moi bien, si tout-à-l'heure je vous avais trouvé offensé, je ne vous aurais pas donné le temps de vous venger vous-même... Prompt comme l'éclair, Je me serais élauLù à la gorge de cet homme, et il vous eût demandé pardon à genoux , ou il aurait reçu la mort pour prix de son offense. Mais soyez juste, mon père, où sont ses torts? Qu'a-t-il fait qui ait pu vous choquer, vous blesser? C'est vous qui portiez le trouble dans sa maison ; et devait-il sans rougeur au front, sans indignation au cœur, recevoir l'injurieuse apostrophe que l'emportement seul vous avait arrachée?... Non, non, mon père; honte à tout citoyen qui d'un œil sec et

' Jolibois, le Colonel, Anatole.

* Joliboi», le Colonel, Anatole, Ferez.

calme voit l'étranger dans sa patrie, et qui est assez lâche, assez vil pour souffrir chez lui sans mot dire les humiliations et les injures de son arrogant vainqueur !

LE COLONEL

Bien, Anatole, bien, mon fils, tu es un noble jeune hnmmc. {À Ferez.) Monsieur, je reconnais que ma conduite envers vous a été coupable; mais que voulez-vous? j'ai une diable de tète; toujours je code au premier mouvement; et puis, sacredieu, un vieux soldat de la république ça n'a pas de formes, de manières polies; c'est un peu brutal, mais ça n'empcriie pas que le cœur ne soit bon... Oh! sacredieu, sous cette enveloppe dure et raboteuse il y a autant d'ame, autant de sensibilité que chez qui que ce soit. Enfin, tenez, voulez-vous que nous oublions tout ce qui vient de se passer? vous ne dites rien ; voyons, pas de rancune, touchez là*.

Il lui tend la main.

PEREZ

Je n'ai jamais pressé que la main d'un ami; et vous n'êtes pas le mien, et vous ne le serez jamais. (Allant à la porte de gauche et appelant.) Paquita ! Paquila!

LE COLONEL, à part.

Eh bien! sacredieu, voilà un homme qui a du caractère; j'aime ça, moi.

PEREZ, au colonel.

Mais je dois me soumettre à la nécessité ; je partagerai ma maison avec vous... Vous allez être installés de suite. [Appelant de noMfea?<. ) Paquita 1

PAQUITA, en dehors et d'une voix tremblante.

Est-ce vous, notre niaitre ?

PEREZ, brusquement.

Allons, voyons, accourez vite.

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