‹ Magasin théâtralChapitre 338 sur 1711 · ANATOLE, JOLIBOIS · texte numérisé non relu

ANATOLE, JOLIBOIS

JOLIBOIS, à Anatole.

Elle est jolie, n'est-ce pas, la bonne? c'est dommage que ça soit une patriote du premier numéro; oh! mais n'importe, il faudra qu'elle s'apprivoise avec moi ou qu'elle dise pourquoi... Tenez, mon lieutenant, une idée... à moi la bonne et à vous la maîtresse!. . Hein! ça vat-il... c'est-il dit?... parce qu'enfin vous êtes taillé pour plaire, et il est incohérent à votre nature de rester plus long-temps sans inclination. Allons , lieutenant , faites ici vos premières armes en amour... l'objet en vaut la peine... une brune charmante! jamais votre cœur n'aura une plus belle occasion pour étrenner.

ANATOLE

Ah! mon ami... si tu savais... cette jeune fille dont tu me parles... eh bien! je l'aime déjà!

JOLIBOIS

Vous l'aimez?

ANATOLE

Autant qu'on peut aimer!

Qu'est-ce que vous m'apprenez là?

ANATOLE

Je te surprends, n'est-ce pas?

JOLIBOIS

Comment! vous, simple et timide, vous avez déjà fait une conquête en cette ville ?

ANATOLE

Ce n'est point une conquête... j'aime, voilà tout... L'autre jour, cet ange de candeur et de beauté s'est montré à mes regards, et soudain mon cœur s'est rempli de son image; que veuxtu? j'ai été charmé , entraîné... j'ai cédé malgré moi aune influence secrète et irrésistible.

JOLIBOIS

Au fait, il y a des exemples de ça; on ne commande pas ail sentiment ; le sentiment, c'est comme un boulet de canon, ça vous arrive souvent sans crier gare.

ANATOLE

Depuis ce moment je ne pense qu'à elle, je ne vis que pour elle... Au bivouac, sur la place des Bénédiciins , j'avais sans cesse les yeux sur le balcon où elle m'avait apparu la première fois... je la désirais, je l'attendais avec impatience; de temps eu temps elle y venai; respirer le frais... j'étais heureux alors... et pourtant je l'entre-

▼oyais à peine à travers les planchettes de sa jalousie toujours baissée entre elle et moi; mais juge de la joie que j'ai éprouvée quand j'ai appris que nous étions logés dans cette maison

JOLIBOIS

Je conçois ça; mais un conseil en passant, mon lieutenant... ici n'allez pas vous amuser aux œillades, aux soupirs langoureux... c'estde la crème fouettée, ça, voyez-vous... tout de suite la déclaration en avant, une déclaration franche et nette, et je vous réponds de votre affaire. . vous êtes sûr de réussir... parce que le militaire français, gradé ou non , mettez-vous bien ça dans la tète, c'est des mangeurs de cœurs... aussi, lieutenant, hardi! toujours au pas de charge, comme à l'assaut, et on enlève la position 1

ANATOLE

Oui , si l'on enlevait le cœur d'une femme comme une batterie.

JOLIBOIS

C'est pas plus difficile. Après ça, lieutenant, s'il s'agissait ici d'une de ces choses q^'oa puisse faire pour son voisin, je yous dirais : Jolibois est l&;mais...

AMÂTOLE.

Va , va , sois tranquille... tu seras content de moi, je ne serai pas craintif... hpu^eu?. comme par le passé ; j'oserai avec elle.

JOLIBOIS

A la bonne heure !

ANATOLE

Mais il y a une chose qui m'inquiète.

ANATOLE

Il ne doit rester à Tarragone qu'un seul régiment pour tenir garnison , et je crains que ça ne soit pas le nôtre.

JOLIBOIS

Dam , on sait que le 11S« de ligne se plaît mieux 4 -la tranchée qu'à la caserne.

ANATOLE

Sans doute; mais il a beaucoup souffert, et il a besoin de repos.

JOLIBOIS

Si VOUS n'étiez pas amoureux vous ne parleriez pas comme ça; mais ne vous tourmentez pas d'avance... les ordres du général en chef n'arriveront pas encore aujourd'hui ; nous avons bien au moins deux ou trois jours devant nous, et c'est plus ju'il n'en faut pour faire capituler la place que vous allez assiéger.

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