‹ Magasin théâtralChapitre 364 sur 1711 · JOLIBOIS, LE COLONEL · texte numérisé non relu

JOLIBOIS, LE COLONEL

JOLiBOis, entrant de gauche.

Ahl mon colonel... c'est vous... vous voilà... je suis bien aise de vous rencontrer.

LE COLOKEL.

Qu'est-ce donc? qu'y a-t-il?

JOLIBOIS

Il y a... mon colonel... je ne sais pas trop comment vous dire ça; pourtant il faut que vous le sachiez.

LE COLONEL

Perleras-tu, sacredieu, parleras-tu?

JOLIBOIS

Eh ben, mon colonel... mais ne vous fâchez pas trop, ça ne servirait à rien... co qui est fait pst fait.

LE COLONEL, hors de lui.

Mais on finiras-tu?

JOLIBOIS

Tout de suite... voilà ce que c'est : imaginezvous que votre fils est amoureux... tout ce qu'il y •■. de plus amoureux.

LE COLONEL

Et c'est pour m'apprendre une niaiserie comme celle-là que tu mé bouleverses le sang I

JOLIBOIS

Eh! mon Dieu, attendez donc... s'il n'y avait que ça, ça ne serait rien... mais, voyez vous, celle qu'il aime, c'est la lille du seigneur Perez.

LE COLONEL

Eh bien, où est le mal? n'en vaut-elle pas la peine ?

Je crois bien... jolie comme un ange... mais elle a été mise au couvent, et pour lui parler de son amour, le lieutenant s'est introduit dans le cloître des religieuses.

LE COLONEL

Qu'entends-je ? ce militaire qui cette nuit a jeté le trouble et l'alarme dans le couvent de la Visitation...

JOLIBOIS

C'était lui!

LE COLONEL

Lui! oh! mais ça ne peut pas être... on t'a trompé... Anatole a passé une grande partie de la nuit avec des camarades... à boire du punch... et il est là... dans sa chambre.

11 désigne la maison de Persr.

'OLIBOIS.

Plùt au ciel que ça fût comme vous le dites!.,, mais ça n'est pas ça ; et j'en sais quelque chose, vu que c'est moi qui ai mené le loup dans la bergerie.

LE COLONEL

Qu'as-tu fait?

JOLIBOIS

Battez-moi... tuez-moi... coupez-moi en mor ceaux comme un brochet au bleu... je le mérite... j'ai été une béte de consentir à ça... mais il m'a tant prié... tant prié que je l'ai porté sur mon dos à ce maudit couvent, dans une balle de marchand de reliques... et puis je ne m'attendais pas qu'il me brûlerait la politesse , et qu'au lieu de ressortir il resterait au parloir.

LE COLONEL

Et il a été airêté, reconnu?

JOLIBOIS

Ni l'un, ni l'autre.

LE COLONEL, avec joic .

Il a pu se sauver !

JOLIBOIS

Vous pensez bien que je n'ai pas lambiné , et que dès que je l'ai vu dans la nasse j'ai cherché à l'en dépêtrer.

LE COLONEL

Oh ! je respire !

JOLIBOIS

.\ vec une échelle de soie que j'ai pu Im taira

passer, il est descondii dans les jardins du cou- j vent... trente pieds de haut pour le moins... moi, j ie l'attendais dans la rue, au pied du mur de ; clôture... mais voilà que j'entends des cris, des j coups de feu... Il y avait , à ce qu'il parait , chez j les religieuses une assemblée secrète... bref, on j avait aperçu le lieutenant, et on le poursuivait | comme un voleur... Jugez de mes transes... j'ai- ] lais voler à son secours, mourir ou le sauver... je le vois qui grimpe à la muraille... alors je reste à mon poste... je me mets en position de lui faire la courte échelle... déjà il avait un pied sur mon épaule... il ne tenait plus le haut du mur qu'avec la main gauche... quand tout-à-coup j'entends un cri à faire frémir la nature... làdessus, je sens mon homme qui fléchit... ses genoux plient comme du coton... le voilà à cheval sur ma caboche, et en le recevant dans mes deux mains, j'ai vu qu'il n'en avait plus qu'une.

LE COLONEL

Ohî

JOLIBOIS

Un coup de hache avait séparé le poignet de l'avant-bras ; et , pendant que le lieutenant tombait d'un côté , la gueuse de main tombait de l'autre.

LE COLONEL

Sacredieu ! sacredieu ! la mort était préférable. . . mais enfin qu'en as-tu fait?

JOLIBOIS

De la main ? pas moyen de la ravoir.

LE COLONEL, Criant.

Anatole! Anatole ! qu'est-il devenu ?

JOLIBOIS

Je l'ai conduit chez le chirurgien-major du régiment.

LE COLONEL

Imprudent t

JOLIBOIS

Ne craignez , rien , le major est discret! et puis c'est un habile homme... En regardant la chose, il a d'abord hoché la tète... mais quand il a vu le lieutenant avec la mine aussi tranquille que s'il se fût agi du bras de son voisin , il a dit comme ça : Le moral est bon, il y a de la ressource... Faut dire que votre fils a montré un courage...

LE COLONEL

Mais il est perdu, sacredieu! il est perdu! Ferez a porté plainte, le général sera sans pitié. Mon Dieu, mon Dieu, sauvez mon fils!

JOLIBOIS

Dites donc, mon colonel, il y a un mot qui me revient parce que vous parlez du bon Dieu; je ne sais pas au juste s'il est de lui ou de ses saints; mais il dit comme ça : Aide toi, le ciel t'aidera ; Qu'est-ce que vous en pensez?

LE COLONEL

Mais quel parti prendre? comment dérober aux yeux...

JOLIBOIS

C'est vrai qu'un poignet de moins , ça ne paraît pas plus que le nezqui manquerait au milieu du

visage ; mais n'y aurait-il pas moyen de faire filer le lieutenant hors barrières?

LE COLONEL

Quelle idée ! le général doit envoyer aujourd'hui des dépêches au quartier général de l'armée de Catalogne ; je suis bien avec le général, Anatole s'est distingué à la prise de Tarragone, et s'il est en état de supporter la route...

JOLIBOIS

Eu état ou non, il faut lui faire avoir cette mission; je le porterai plutôt sur mes épaules jusqu'au terme du voyage... Soyez tranquille, ça sera la seconde fois; mais ça réparera la première.

LE COLONEL

Oui, oui, tu l'accompagneras, tu veilleras su.: lui

JOLIBOIS

Comptez sur moi, mon colonel, comptez sur moi! mais à propos, tout-à-l'heure, en passant devant la maison du général, on m'a remis cette lettre pour vous, mon colonel.

LE COLONEL, prenant la lettre.

Cette lettre!

JOLIBOIS

Oui, il parait même que c'est par oubli si l'on ne vous l'a pas apportée hier au soir.

LE COLONEL, qiii a hi la lettre.

Qu'ai-je lu! Jolibois, mon fils est sauvé l

JOLIBOIS

Comment!

Écoute :

LE COLONEL

Il lilhaut.

« Colonel,

» Je vous avais dit hier que j'avais des dépêches » à envoyer au commandant en chef de l'armée n de Catalogue. Vous les trouverez ci-jointes, car » je vous charge de les faire porter par celui de » vos officiers qu'il vous plaira de choisir.

» La faveur de cette mission étant une récom- » pense que je donne à votre régiment pour sa » brillante conduite à la prise de Tarragone, vous » voudrez bien la rendre publique par votre plus » prochain ordre du jour. Je suis, etc, etc. »

JOLIBOIS

Vive le général !

LE COLONEL

Oh! oui, sacredieu, vive le général, vive le sauveur de mon enfant 1 car ces dépêches, tu comprends bien que c'est Anatole qui les portera. Mais viens, suis-moi, que je le voie, que je l'embrasse, et qu'il parte sur-le-champ ! plus tard je recevrais peut-être contre- ordre. { Apercevant un aide de camp qui entre du fond suivi de Ferez.) Ciel!

JOLIBOIS

Gel aide de camp...

LE COLONEL

Jolibois , tout-à-l'Leure mon devoir pourrait m'empêcher de sauver mon fils ; prends ces dépêches, cours, hàte-toi, emmène Anatole, el tous deux au plnMôt sortez de la ville; va. ..va...

L'ELFTE DE SAINT-CYR

lOLIBOIS.

Allez, allez, ne craignez rien.

I] sort par la droite, tandis que l'aide de camp et Ferez arrivent du fond.

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