‹ Magasin théâtralChapitre 382 sur 1711 · LÉONOR, FEREZ, ANATOLE · texte numérisé non relu

LÉONOR, FEREZ, ANATOLE

FEREZ

Nous \oilà seuls, nous pouvons causer librement. (Il Ole son manteau, et tout en Volant, !7rfzf.)Toutes les portes sont bien fermées. ( Se retournant de manière à ce que le public voie bien la paire de pistolets suspendus à sa ceinture. Nul ne viendra nous dérangei ; mais d'abord, seigneur capitaine, recevez mon salut: je vous croyais déjà parti pour celle mission dont vous avait chargé votre général ; mais je vois (juc, scrupuleux observateur des devoirs de l'hospitalité, vous n'avez pas voulu partir sans présenter à ma fille vos hommages et vos respectsd'adieu... c'est bien... Moment de silence. Il continue après les avoir bien examinés .jPourtant une chose m'étonne, capitaine, c'est que vous ne m'ayez pas demandé la faveur de venir prendre congé de la seuora, c'est que vous vous soyez introduit chez elle fuitivement et par des chemins dérobés... à son insu sans doute... N'est-ce pas Léonor, que la visite du capitaine vous a paru franche et loyale? n'est-ce pas que vous avez cru qu'elle avait été autorisée par votre père? LÉONOR, à part.

Ah! qu'il est cruel!

Elle se couvre la figure de ses deux mains et loniLc sur un siège.

FEREZ

Eh bien! seigneur français, vous ne dites rien., vous ne répondez rien... ma présence en ces lieux vous aurait-elle rendu muet ?... Wais non, ce n'est pas ma vue qui te cloue la langue et te force au silence... c'est la honte! la honte, n'est-ce pas, complaisant messager du séducteur de ma fille?... 11 est ton ami, n'est-ce pas, cet homme? Et confident

loyal de leur tendresse, tu as voulu rassurer la senora, calmer ses inquiétudes sur le sort du blessé souffrant, car il souffre, n'est-ce pas? il doit souffrir beaucoup... je l'espère... eh bien, mon jeune capitaine, je suis bien aise de te le dire, tu as joué là un rôle infâme !

ANATOLE

Je pardonne aux injures d'un père offensé.

FEREZ

Tu es généreux... mais je le suis aussi, moi, généreux... car qui dit confident, dit complice, qui dit complice dit coupable, et tu devrais être déjà mort!

ANATOLE

Vous êtes le maître... vous pouvez me tuer.

FEREZ

Eh bienl non, je ne te tuerai pas.

LÉONOR, à part.

Qu'en tends-jel...

FEREZ

Je te laisserai vivre pour que tu puisses retourner auprès de ton ami, le blessé souffrant , et lui apprendre sa perte ou son salut.

ANATOLE, à part

Que veut-il dire?

Aprochez, Léonor. {Elle ne bouge pas.) Approchez, [elle se lève) approchez donc I

LÉONOR

Me voilà, mon père.

FEREZ

Vous vous rappelez sans doutece que j'étais venu vous demander tantôt ?

LÉONOR

Oui, mon père.

FEREZ

Eh bien! qu'avez-vous résolu î ètes-vous disposée à m'obéir?

LÉONOR

Eh quoi! vous exigeriez encore...

FEREZ

M'obéirez-vous?

LÉONOR, tombant à genoux.

Plutôt mourir!

FEREZ, arrachant un pistolet de sa ceinture. Malheureuse !

ANATOLE

Ahl seigneur!...

FEREZ, saisissant de lamain gauche l'autre pistolet et le dirigeant sicr Anatole.

Un pas de plus, j'oublie la promesse que je l'ai faite, et je te tue. {A Léonor.) Léonor I le nom, le nom de l'infâme qui m'a déshonore !

ANATOLE, à part. Juste ciel!

FEREZ, exaspéré.

Parleras-tu î

LÉONOR

Frappez!...

ANATOLE

Arrêtez! je parlerai pour elle.

LÉONOR, se relevant et à Atiatcle.

Ah!

L'ELEVE DE SAINT-CYR

FEREZ, à Anatole.

Qu'as-tu dit, jeune homme? qu'as-tu dis?

LEONOR, suppliante, à Anatole.

Taisez-vou«, taisez-vous !

ANATOLE , à Ferez.

Elle doit nommer son amant ou mourir?

FEREZ

Oui.

LÉONOR, avec larmes.

Que je sois seule sa victime 1

ANATOLE, à Ferez.

Et si le nom de cet homme vous est révélé, elle n'aura rien à craindre de votre colère... elle vivra !

PERKZ.

Je le jure I

ANATOLE

Eh bien!

LÉONOR

N'achevez pas.

ANATOLE

Eh bien, cet homme... ce coupable... il est devant VOUS.

FEREZ

Eh quoil. . tu serais...

ANATOLE

Celui dont le sang a rougi votre hache !

FEREZ

C'est toi... toi?...

ANANOLE, qui arruche le gant dont est couvert sa main d'acier.

Voyez I FEREZ, laissant tomber ses pistolets, que Léonor ramasse aussitôt.

0 bonté divine! (Fause.) Oui, le voilà cet infâme... il est là... là sous ma main î en mon pouvoir I... et je ne suis pas encore vengé !

ANATOLE

Voilà ma poitrine ! frappe droit au cœur !

Va... va, tu seras satisfait.

LÉONOR

Grâce... grâce pour lui !

FEREZ, lui arrachant les pistolets qu'elle cache derrière elle.

Vaincs instances... lui faire grâceàlui.. jamais!

LÉONOR

Au secours ! au secours !

FEREZ

Cris inutiles... nul ne viendra le soustraire à mes coups.

LÉONOR, se jetant au-devant d'Anatole* .

Eh bien, il ne mouira pas seul!

FEREZ

Arrière, femme, arrière!

ANATOLE, à Léonor.

Laisse-moi...

LÉONOR

Vivre ou mourir avec toi t

FEREZ

Eh bien! qu'il en soit ainsi.

Il arme ses pistolets ; en ce moment la porte du fond est enfoncée parle colonel qui se pre'cipite entre les jeunes gens et Ferez.

* Ferez, Le'onoi, Anatole.

wvwwvvvwvvwvwvww^vw^ww\vv^vwvwwvw\w\wvv^AlV\v

Page 1