LÉONOR, FEREZ, ANATOLE
FEREZ
Nous \oilà seuls, nous pouvons causer librement. (Il Ole son manteau, et tout en Volant, !7rfzf.)Toutes les portes sont bien fermées. ( Se retournant de manière à ce que le public voie bien la paire de pistolets suspendus à sa ceinture. Nul ne viendra nous dérangei ; mais d'abord, seigneur capitaine, recevez mon salut: je vous croyais déjà parti pour celle mission dont vous avait chargé votre général ; mais je vois (juc, scrupuleux observateur des devoirs de l'hospitalité, vous n'avez pas voulu partir sans présenter à ma fille vos hommages et vos respectsd'adieu... c'est bien... Moment de silence. Il continue après les avoir bien examinés .jPourtant une chose m'étonne, capitaine, c'est que vous ne m'ayez pas demandé la faveur de venir prendre congé de la seuora, c'est que vous vous soyez introduit chez elle fuitivement et par des chemins dérobés... à son insu sans doute... N'est-ce pas Léonor, que la visite du capitaine vous a paru franche et loyale? n'est-ce pas que vous avez cru qu'elle avait été autorisée par votre père? LÉONOR, à part.
Ah! qu'il est cruel!
Elle se couvre la figure de ses deux mains et loniLc sur un siège.
FEREZ
Eh bien! seigneur français, vous ne dites rien., vous ne répondez rien... ma présence en ces lieux vous aurait-elle rendu muet ?... Wais non, ce n'est pas ma vue qui te cloue la langue et te force au silence... c'est la honte! la honte, n'est-ce pas, complaisant messager du séducteur de ma fille?... 11 est ton ami, n'est-ce pas, cet homme? Et confident
loyal de leur tendresse, tu as voulu rassurer la senora, calmer ses inquiétudes sur le sort du blessé souffrant, car il souffre, n'est-ce pas? il doit souffrir beaucoup... je l'espère... eh bien, mon jeune capitaine, je suis bien aise de te le dire, tu as joué là un rôle infâme !
ANATOLE
Je pardonne aux injures d'un père offensé.
FEREZ
Tu es généreux... mais je le suis aussi, moi, généreux... car qui dit confident, dit complice, qui dit complice dit coupable, et tu devrais être déjà mort!
ANATOLE
Vous êtes le maître... vous pouvez me tuer.
FEREZ
Eh bienl non, je ne te tuerai pas.
LÉONOR, à part.
Qu'en tends-jel...
FEREZ
Je te laisserai vivre pour que tu puisses retourner auprès de ton ami, le blessé souffrant , et lui apprendre sa perte ou son salut.
ANATOLE, à part
Que veut-il dire?
Aprochez, Léonor. {Elle ne bouge pas.) Approchez, [elle se lève) approchez donc I
LÉONOR
Me voilà, mon père.
FEREZ
Vous vous rappelez sans doutece que j'étais venu vous demander tantôt ?
LÉONOR
Oui, mon père.
FEREZ
Eh bien! qu'avez-vous résolu î ètes-vous disposée à m'obéir?
LÉONOR
Eh quoi! vous exigeriez encore...
FEREZ
M'obéirez-vous?
LÉONOR, tombant à genoux.
Plutôt mourir!
FEREZ, arrachant un pistolet de sa ceinture. Malheureuse !
ANATOLE
Ahl seigneur!...
FEREZ, saisissant de lamain gauche l'autre pistolet et le dirigeant sicr Anatole.
Un pas de plus, j'oublie la promesse que je l'ai faite, et je te tue. {A Léonor.) Léonor I le nom, le nom de l'infâme qui m'a déshonore !
ANATOLE, à part. Juste ciel!
FEREZ, exaspéré.
Parleras-tu î
LÉONOR
Frappez!...
ANATOLE
Arrêtez! je parlerai pour elle.
LÉONOR, se relevant et à Atiatcle.
Ah!
L'ELEVE DE SAINT-CYR
FEREZ, à Anatole.
Qu'as-tu dit, jeune homme? qu'as-tu dis?
LEONOR, suppliante, à Anatole.
Taisez-vou«, taisez-vous !
ANATOLE , à Ferez.
Elle doit nommer son amant ou mourir?
FEREZ
Oui.
LÉONOR, avec larmes.
Que je sois seule sa victime 1
ANATOLE, à Ferez.
Et si le nom de cet homme vous est révélé, elle n'aura rien à craindre de votre colère... elle vivra !
PERKZ.
Je le jure I
ANATOLE
Eh bien!
LÉONOR
N'achevez pas.
ANATOLE
Eh bien, cet homme... ce coupable... il est devant VOUS.
FEREZ
Eh quoil. . tu serais...
ANATOLE
Celui dont le sang a rougi votre hache !
FEREZ
C'est toi... toi?...
ANANOLE, qui arruche le gant dont est couvert sa main d'acier.
Voyez I FEREZ, laissant tomber ses pistolets, que Léonor ramasse aussitôt.
0 bonté divine! (Fause.) Oui, le voilà cet infâme... il est là... là sous ma main î en mon pouvoir I... et je ne suis pas encore vengé !
ANATOLE
Voilà ma poitrine ! frappe droit au cœur !
Va... va, tu seras satisfait.
LÉONOR
Grâce... grâce pour lui !
FEREZ, lui arrachant les pistolets qu'elle cache derrière elle.
Vaincs instances... lui faire grâceàlui.. jamais!
LÉONOR
Au secours ! au secours !
FEREZ
Cris inutiles... nul ne viendra le soustraire à mes coups.
LÉONOR, se jetant au-devant d'Anatole* .
Eh bien, il ne mouira pas seul!
FEREZ
Arrière, femme, arrière!
ANATOLE, à Léonor.
Laisse-moi...
LÉONOR
Vivre ou mourir avec toi t
FEREZ
Eh bien! qu'il en soit ainsi.
Il arme ses pistolets ; en ce moment la porte du fond est enfoncée parle colonel qui se pre'cipite entre les jeunes gens et Ferez.
* Ferez, Le'onoi, Anatole.
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