‹ Magasin théâtralChapitre 383 sur 1711 · SCENE xm · texte numérisé non relu

SCENE xm

FEREZ , LE COLONEL , LÉONOR, ANATOLE, PAQUITA, au fond.

LE COLONEL

Sacredieu ! ta balle me traversera le cœur avant de les frapper t

FEREZ

0 rage!... eh bien! d'autres mains que les miennes verseront son sang.

Il remet ses pistolets à sa ceinture.

LE COLONEL *

Là... à la bonne heure! vous êtes redevenu raisonnable ! car il fallait que la colère et la vengeancevous eussent trouble le cerveau pour vous porter à cette extrémité. ..un assassinat! fi donc!

FEREZ

Un assassinat! oui, des ennemis aussi corrom? pus qu'avides viendront, après avoir pillé nos biens, nous flétrir dans nos affections les plus intimes, les plus sacrées ; et nous autres pères, nous serons des assassins si nous versons le sang qui souille le nôtre ! Ah ! c'est que tu n'as jamais donné de sœur à ton fils, si tu ne comprends pas que le meurtre est justice, et le crime vertu, lorsque l'on venge la flétrissure de sa maison.

LE COLONEL

C'est très-bien parlé, sacredieu!... très-bien ! mais avec eux les Français ont apporté des lois qui sont faites pour les pères comme pour les autres citoyens; et ces lois défendent de se faire justice soi-même sous peine de devenir criminel d'offensé que l'on était. Voulez-vous être dans votre droit? courez chez le général... dénoncez-lui le coupable... car, je le vois, vous le connaissez maintenant... tout est découvei t !

Oui , et comme vous me le conseillez , je cours chez le général.

LE COLONEL, le retenant.

Attendez encore , sacredieu ! . . . voyons , écoutezmoi... Si le cœur de mon fils a parlé plus haut que la consigne, ça n'en est pas moins un brave garçon, un officier distingué, un honnête homme... qu'est-ce que vous gagnerez à le faire fusiller?... de me mettre la mort dans l'ame et de détruire la santé à cette superbe enfant que vous avez là. ( Ferez veut parler. ) Attendez votre tour , sacredieu, j'ai fini tout-à-l'heure ! comme ennemis vous nous avez maudits... nous nous sommes battus, voilà les affaires réglées , partant quittes... mais après la bataille nous sommes redevenus pères de famille et rien de plus... nos enfans sont jeunes, et dans les jeunes cœurs il n'y a pas encore de place pour la haine... mou fils a eu le tort de dire à votre fille qu'il l'aimait... votre fille a eu le malheur d'entendre cette langue-là tout de suite... donnons-nous la main... unissons nos enfans, et tout sera réparé, sacredieu !

l'crc?, !■■ Colonel, Paquiia, Lconor, Anatole.

PEREZ

Jamais Perez l'Espagnol ne s'alliera avec une famille française.

LE COLONEL

Comment , sacredieu , tu rejettes la demande d'un vieux soldat?

FEREZ

Du fond de la tombe la voix de mon père s'élèverait pour me fléchir , je résisterais à la voix de mon père. Haine éternelle aux Français!

LE COLONEL

Eh bien, ce n'est plus un Français qui te prie... ce n'est plus un soldat, c'est un père... oui, un père au désespoir ( irès-ému ) , un père que la fermeté abandonne tout-à-fait à l'idée de voir un pauvre enfant, sa gloire et son espérance, mourir encore plein de jours et d'avenir; et mourir fusillé... eh! n'est-ce pas assez pour toi de l'avoir mutilé ?

FEREZ

Ce n'est pas assez.

LE COLONEL

C'est sa mort qu'il le faut ?

FEREZ

Sa mort !...

LE COLONEL

Comment , ton cœur de bronze ne s'amollira pas? Tu vois bien que je pleure, sacredieu, tu le vois bien !

ANATOLE , courant au colonel.

Mon père... jusqu'à présent j'ai gardé le silence... mais je serais coupable si je souffrais que vos larmes coulassent devant cet homme.

LÉONOR, qui a couru à son père" .

Ah! ne soyez pas sans pitié.

PAQuiTA, qui supplie aussi Perez. Allons! un bon mouvement.

LE COLONEL, cmbrussant Anatole .

Mon fils 1 mon enfant chéri... ils vont te tuer I PEREZ, se dégageant de Léonor et de Paquila. Me laisserez-vous sortir?

LE COLONEL, quittant brusquement son fils, et allant à Perez**, Perez! Perez! arrête, ah ! je t'en supplie, laissemoi mon fils...laisse-le-moi! qu'il vive! je te le demande à genoux... oui, moi qui n'ai jamair ployé devant personne... me voilà à tes genoux... mais une bonne parole... une parole de paix, et j'oublie ta rudesse pour t'appeler mon ami et te presser sur mon cœur...

FEREZ

Je suis inexorable... il sera fusillé.

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