‹ Magasin théâtralChapitre 385 sur 1711 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

Le tlie'âlre lepresente une salle d'armes du palais occupe' par le ge'ne'ral en ctef. Une porte à droite deTacleur, une autre à doubles Lattans ouvrant au fond et servant d'entrée principale; au-desîus de d<-us faisceaux, d'armures flottent les drapeaux conquis sur les Espagnols à la prise de Tarragone.

UN VIEUX GRENADIER , JOLIBOIS , ANATOLE , AUTRES Grenadiers.

Au lever du rideau, Anatole est endormi dans un fauteuil à gaucte de l'acteur ; Jolibois et ses camarades le contemplent en silence.

JOLIBOIS, à ses camarades, en leur montrant Anatole.

Regardez-moi un peu cet air calme et tranquille; ne dort-il pas là d'aussi bon cœur que si le conseil de guerre l'avait acquitté?

LE VIEUX GRENADIER

Eh ben! vrai, ça me passe, moi! Oui, je suis un vieux troupier, j'ai bravé la mort cinquante fois pour une, et si j'étais à sa place, j'avoue que je n'aurais pas ce courage et ce sang-froid-là!

JOLIBOIS

Ah : dam ! il n'est pas donné à tout le monde d'avoir une ame aussi bien trempée que celle de ce brave jeune homme; et pour preuve {montrant la porte de droite), ouvrez cette porte , descendez sous cette salle d'armes, entrez dans le caveau où est le seigneur Ferez, qu'ils ont aussi condamné à être fusillé demain matin , au point du jour, et vous verrez s'il dort tranquillemefit comme ça, lui. Gré coquin ! j'étais là quand on le liait et le garrottait par mesure de précaution; et il m'a fait voir une drôle de comédie, allez! Il trépignait, il se tordait, il faisait des grimaces comme s'il avait avalé le diable, et que la queue lui soit restée dans les dents.

LE VIEUX GRENADIER

Ah çà! au fait, pourquoi-t-est-ce qu'on ne les a pas enfermés dans les prisons de la ville, lui et ce trembleur de barbier , ce Jeppo , qui a l'air d'un conspirateur comme moi d'un cerf-volant?

JOLIBOIS

Mais si on les avait menés dans les prisons de la ville, les autres gredins , leurs complices, qui se sont soustraits pour l£ moment à nos recherches, auraient bien pu soulever le peuple et venir les délivrer; tandis qu'ici, dans cette partie du palais du général en chef, il n'y a pas mèche. Il laudrait des malins autrement ficelés que les épiciers de Tarragone pour oser faire de la gymnastique face à face avec nous. Oh ! que ça me ferait du bien d'en tapoter une douzaine de douzaines avec la lame de mon briquet pour soulager mon cœur! (// s'approche d'Anatole.) Je les enverrais devant toi préparer los iogemens là- bas,

Pauvre jeune homme! {S' éloignant tout-à-coup de lui et s' adressant à ses camarades.) Ah çàl mais à propos, vous vous êtes bien rappelés que votre ancien lieutenant n'a pas obtenu seulement la faveur d'être gardé par vous; que c'est encore vous qui, demain matin... Vos armes sont en bon état? vous ne le manquerez pas? {Tous se taisent.) D'ailleurs je serai là aussi, moi.

LE VIEUX GREN.iDlîiR

Toi!

JOLIBOIS

Il m'a demandé d'en être, et jele lui ai promis. Oui, capitaine, que je lui ai dit en lui serrant la main, j'y serai, comptez sur moi! c'est le dernier service à vous rendre, soyez tranquille, je ne vous ferai pas souffrir.

LE VIEUX GRENADIER, émU.

Mais, nom d'un p'tit bonhomme! est-ce qu'il n'y a pas du tout d'espoir?

Le général est trop dur à cuire pour ça; et pourtant il n'aurait qu'un mot à dire pour sauver le capitaine. Mais non, il est sans pitié; il n'a seulement pas voulu voir le colonel. Pauvre cher homme! il ne s'est pas découragé : il y est encore retourné ; mais, voyez-vous, c'est peine perdue, il n'aura pas été plus heureux que la première fois !

LE VIEUX GRENADIER

Je l'entends ; le voilà !

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