PAQUITA, LÉONOR, PEREZ , JOLIBOIS, LE CO- LONEL, ANATOLE
JOLIBOIS, entrant.
Eh bien, mille tonnerres! il ne le sera pas seul,
• Pa(juita, Perez, Léonor, le Colonel, Anatole. •" Paquita, Le'onor, Perez., le Colonel, Anatole.
seigneur Perez, car vous le serez aussi, vous, fusillé I
LÉONOR, se jetant au cou de Perez.
Mon père !
FAQUiTA, à part Fusillé I LE COLONEL, qui s'est relevé aussitôt l'entrée de Jolibois.
Qu'entends-je... qu'as-tu dit là, mon brave... qu'as-tu dit là?
Voilà la chose... j'étais assis sur une borne, dans la rue d'Abrantès, en face d'une jalousie derrière laquelle il me semblait voir quelque chose qui brillait... je fumais tranquillement ma pipe en cherchant à deviner si c'était l'œil luisant d'une bayadère de la Péninsule qui allumait le soldat impérial, ou le canon lustré de quelque chenapan qui me tenait en joue pour me mettre un peu à l'ombre sans que cela paraisse; il n'y avait personne autour de moi... Le galop d'un cheval vint me distraire de mes idées... je regarde... c'était un grand escogriffe de moine gris qui allait être jeté sur le pavé avec son capuchon, les quatre fers en l'air... la bête avait pris le mors aux dents... je veux lui barrer le passage... parce qu'un moine même qui est en danger... c'est un homme, voyez-vous, mon colonel... je sauverais le diable en péril, vrai comme il n'y a qu'un empereur au monde. Faut que mon mouvement effarouche la sacrée bête... elle se cabre, manque des quatre pieds, roule à terre et envoie mon capucin la tête la première contre l'angle d'une maison qui lui fait un atout au crâne large comme la bouche de Gargantua , pas plus... v'ià mon robin qui fait la carpe... et votre serviteur... plus personne!... faut pourtant pas laisser un chrétien dans l'embarras... et pensant qu'il n'était qu'évanoui... je veux le mettre à son aise, je le relève... je le déshabille un peu... voyez l'instinct, aussitôt que je touche du côté de l'estomac , une espèce de grognement sort de l'intérieur de rindividu plus aux trois quarts mort, et sa grande main sèche presse un reliquaire suspendu à son cou sous sa chemise... en disant : Non... non... non... ce qui ne voulait rien dire du tout... d'abord pour moi... Eh bien, v'ià ce qui s'y trouvait dans son reliquaire...
LE COLONEL
Qu'est-ce que c'est que ça?
Une pancarte en façon de pacte d'alliance, comme c'est intitulé, dont par lequel ils 'sont là un tas d'oiseaux qui s'engagent à faire une fricassée générale de tous les Français qui sont dans la ville.
FEREZ , à part
Serait-il possible 1
JOLIBOIS
Vous allez y voir les tenans et les aboutissani, , Signé José, Perez, etc., etc.
L'ELEVE DE SAI.\T-CYR
LE COLONEL, lui prenant le papier.
Donne donc, sacredieu, donne donc...
PEKEz , à part.
Je suis perdu!
LÉONOR
Ah! mon père, qu'avez vous fait?...
PAQUiTA, à part.
Maudit papier, va!
JOLIBOIS
Je vous avais apporté ça tout de suite, moi, pour en faire votre affaire avccle général.
LE COLONEL, qui ujetô les yeux sur le papier.
Oui, c'est un parte d'alliance signé de tous les conjurés... Ce moine, ce père José se sauvait... le général qui soupçonnait cette conspiration avait sans doute ordonné d'arrêter le révérend bénédictin... oh! la mort... la mort pour tous les signataires de ce pacte infernal!... mais quelle pensée! {Haut.] Jolibois...
JOLIBOIS
Mon colonel...
LE COLONEL
As-tu montre ce papier à quelqu'un?
JOLIBOIS
T(on, mon colonel.
LE COLONEL
Personne ne l'a vu le prendre au père José?
JOLIBOIS
Personne.
LE COLONEL
Eh bien! advienne que pourra!
ANATOLE
Mon père, quel est votre projet?
LE COLONEL
Tu vas le savoir. (Courant à Ferez*.) Pcrcz, ce papier, c'est l'arrêt de ta mort.
PEREZ
Je ne l'ignore pas.
Lh bien! la vie de mon fils pour In tienne et celle de tous los conjurés?
LÉONOR, à Ferez.
Ah ! vous êtes sauvé!
JOLIBOIS, à Anatole.
Et VOUS aussi, mon lieutenant, car il acceptera la proposition.
LE COLONEL
Dis un mol, et j'anéantis ce fatal papier.
PEKEZ, à part.
Sa vie pour celle de tous.
LE COLONEL'
Consens-tu ?
PEREZ
Eh bienl...
* Paquila,Léonor,Perei,le Colonel, Jolibois, Anatole.
Î'AQUITA.
il .-ist homme À dire non.
LE COLONEL
Réponds donc! Consens-tu?
PEIVEZ.
Ouil ANATOLE, arrêtant le colonel qui vn déchirer le papier.
Et moi, je n'y consens pas.
Insensé! tu \eux donc être fusillé f
JOLIBOIS
En voilà une idée!
LE COLONEL
Yeu\-tu mourir?
ANATOLE
Plutôt la mort que votre déshonneur I
LE COLONEL
Mon déshonneur !
ANATOLE
Oui, votre déshonneur ! Tôt ou tard on saurait à quel prix vous auriez racheté ma vie; tôt ou tard chefs et soldats diraient de vous : Pour sauver son fils, ils nous a trabis, livrés au poignard des assassins! C'est un lâche! Et je consentirais pour vous et pour moi à cet excès de honte! Mon père , mon noble père , illustré dans vingt batailles, serait exposé à baisser le regard et à rou gir devant ses frères d'armes! Jamais! Jamais! Vous êtes père; mais vous êtes un des principaux chefs de ces Français confiés par l'empereur à votre garde , et que d'infâmes conspirateurs ont voués à la mort. Faites votre devoir, dénoncez-les ces infâmes, livrez-les tous à la justice; vous y perdrez votre fils, votre fils chéri; mais vous y gagnerez, non l'estime et le respect qui vous sont déjà dus, mais l'immortalité d'un beau nom; et cela vaut bien un fils, iton père, cela vaut bien un fils !
LE COLONEL, i'!i'cme)H cmu.
Anatole! mon enfant!... [Essuyant ses larmes et avec résignation.) Perez, courons chez le général, toi pour demander la télé de mon fils ! moi, pour demander la tienne!
PEBEZ.
Je te suis.
LÉONOR, se jetant toute en larmes au cou de sou père.
Mon père! mon père! je ne vous reverrai plus !
PEREZ
Le peuple est là pour défendre ceux qui se son' dévoués pour lui !
LE COLONEL
Chez le général!