‹ Magasin théâtralChapitre 408 sur 1711 · I.A COMTESSE · texte numérisé non relu

I.A COMTESSE

Je vous ai vue triste, préoccupée; le soir, bien des fois, je vous ai vue me fuir pour venir ici, seule, dans l'ombre, comme si vous attendiez quelqu'un... Celle nuit, quand je suis allée dans votre chambre.. .

UKI.È^K.

Vous êtes venue ainsi près de moi !...

LA CO.Vl THSSK.

Eh! j'y vais toutes les nuits, malheureuse enfant!... et quand je me suis penchée pour vous donner encore un baiser, que vous ne sentiez pas, deux larmes suspendues à vos cils m'ont dit qu'avant de vous endormir, vous aviez pleuré... UÉLÈiNE, se jtliiul dans ses bras.

Oh I ma mère! ma mère! je suis bien coupable! LA tOMiESsE, avec bonheiir.

Oui, appelle-moi ainsi... ce nom est si doux, quand lu le dis I [La tenant enibrnssée.) Je ne veux pas être exigeante, mon enfant : si tu ne peux pas m'aimer encore, j'attendrai; mais tu es malheureuse, mais lu souffres seule, en silence; c'est là ce qui me désespère... je ne veux pas forcer ta tendresse, ma fille, mais, au moins, donne-inoi ta contiance.

HÉLÈNE

Ma mère, pardonnez-moi; vous saurez tout, je vous dirai tout, car ou n'aime pas ainsi sans être indulgente.

LA COMTESSE, la faisant asseoir près d elle.

Oh! parle-moi, ma fille, ne crains rien, metstoi bien près de moi, que je t'entende, que je le regarde!...

Elles s'asseoient loules deux sur un canapé. nÉLÈSE.

Ma vie, vous le savez, s'écoulait dans le silence du couvent, quand un accident, causé a la chapelle de l'Ave-Maria par le feu du ciel, endommagea la fresque de la coupole et celle qui me faisait face dans le chœur. Des échafauds, environnés de toiles, furent établis pour les travaux d'un jeune peintre que l'abbesse avait choisi, et dont nos pensionnaires racontaient d'étranges

choses. Un jour que je levais les yeux vers notre sainte patronne, j'aperçus a travers les toiles en- Irouverlesune jeune tète, avec de beaux cheveux noirs, dont le regard plongeait sur le chœur et restait attaché sur moi .. je reportai vite mes yeux sur mon livre; mais plusieurs fois encore, malgré moi, ils se levèrent vers cette figure si ardente, que je retrouvai toujours immobile à la même place, toujours tournée vers moi... Celle apparition me suivit toute la journée; je la revis en rêve; et, le lendemain, quand je revins à la chapelle, je n'osai plus regarder en haut, et mes yeux se portèrent sur le tableau qui était en face de moi, dans le chœur... mais [ce n'était point une illiisior)) j'y retrouvai la même lête que j'avais vue la veille dans les toiles de la coupole. Alors, ma iière, jeus peur! . les jours suivans, je priai avec ferveur; mais un soir, à l'office, je m enhardis, je regardai le tableau... je revis sur la toile la bille figure qui m'avait tant frappée... ses yeux, celle fois, étaient voilés [lar la tristesse et semblaient me supplier !.. je crus comprendre alors... (avec embarras) je ne tins pas la tête toujours baissée, et j'osai regarder...

LA covMESSK, achetant sa peiste.

V^ers l'atelier où se tenait toujours le jeune peintre?

UÉi.t>E, vivement.

Oui, ma mère, et le lendemain, la figure du tableau, si triste la veille, était illuminée de joie et d'espoir... Jules, (il avait signé sa fresque avant même de l'avoir achevée) Jules avait trouvé moyen de coi respondre avec moi en silence, et de mapprendre ainsi son amour et son nom ! Je ne dis rien a personne de ce que j'éprouvais; mais, ma mère, je compris que je l'aimais!

KUes se lèvent.

LA COMTESSE, Sévèrement.

Et jamais depuis il ne t'a parlé?

HÉi.ËîNE, baissant les tjeux.

Je meniirais, ma mère,' si je disais non. Jules sut arriver jusqu'à la grille du jardin, et la , souvent...

LA COMTESSE

Malheureuse enfant! si ton père soupçonnait... ton père, si terrible, devant qui je tremble moimême!

HÉLÈNE, cjfrain'e.

Silence! silence!... je l'entends!

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