‹ Magasin théâtralChapitre 407 sur 1711 · HÉLÈNE, LA COMTESSE · texte numérisé non relu

HÉLÈNE, LA COMTESSE

Au lever du rideau, la comtesse Campireali, assise, regarde avec attention sa fille, qui , occupée d'un paysage ([u'elle dessine d'après nature par la fenêtre , oublie son crayon et contemple la campagne avec un triste in térèt.

Est-ce que vos yeux, ma chère Hélène, nont pas assez contemplé ce paysage et cette maison située au milieu des rochers du Giogo?

HÉI.È>E.

Pardon, madame, je m'oubliais dans une rêverie sans objet.

LA COMTESSE

Sans objet! je voudrais le croire, ma fille! Étrangère au monde jusqu'à présent, vous n'y .ivez pas appris à dissimuler votre pensée, et il est facile de voir que votre esprit n'est point aux lieux où vous êtes venue nous rejoindre depuis un mois seulement.

HÉLÈNE

Excusez celte iiihabilude de la vie où je me trouve.

LA CO.MrESiE.

S'il n'y a\aii quinhabilude, je ne m'affligerais

pas. mon enfant; mais il y a froideur, et je souffre.

HÉLÈNE

Il est cependant bien loin de ma pensée de vous causer un seul chagrin, madame.

LA COMTESSE

Et ce mot seul, madame, qui revient sans ces.se dans vos discours, ne suffirait-il pas pour me désoler?... Hélène, écoutez-moi. Quand je vous mis au monde, ma fille, j'avais déjà donné au comte Campireali un héritier de son nom. Votre naissance ne fit pas battre son cœur... je me réjouis, moi, car j'avais désormais une compagne, dans la solitude que faisaientaulour de moi ses préoccupations ambitieuses; vous m'aimiez bien alors!... j'étais heureuse!... Mais à peine touchiez-vous à l'âge où l'affection, qui n'était encore qu'un instinct, allait devenir le plus doux des sentimens, qu'un ordre sévère fut porté contre nous deux, notre fortune suffisait à peine à soutenir le haut rang que le comte prévoyait dans l'avenir de son fils; vous deviez me quitter pour entrer pensionnaire au couvent de l'Ave Maria, et après y avoir fait des vœux, aller, selon la règle, vous ensevelir pour toujours à l'abbaye de Castro, sombre retraite dont le nom seul m'épouvante!... A l'âgeque

L'ABBAYE DE CASTKO.

vous aviez, un enfant oublie même sa mère!... Quelques jours plus lard, vous jouiez avec vos compagnes, et moi, depuis dix ans, je vous pleurais, lorsqu'un malin... ah! ce fut un beau jour dans ma vie!... je \ous vis arriver toul-a-coup dans celle Irisle demeure; je vous tendis les bras, je vous couvris de baisers ! . .. Mais, hélas ! mes caresses semblaient vous surprendre... vous aviez désappris ce que c'est qu'une mère !

UKi.fe^E, avec abandon.

Ah! comment ai-je pu vous l'aire tant de chagrin sans le sentir ?

LA COMTKSSE.

Ce n'est pas tout, Hélène .. bientôt je pus voir que votre cœur n'était pas insensible, mais qu'il était ailleurs qu'auprès de n}oi.

HÉLfc>E, aiec (jueiqne ifl'i oi.

Que dites-vous ?

Page 1