SCENE V
FABIO, LE3 Parens en arrière, LE COMTE CAMPIREALI, RANUCCIO, que le domestique introduit avec JULES, MONTALTE.
FABIO, à son père.
C'est notre homme de ce matin!
LE COMTE
Ici! chez moil... quelle audace I
MONTALTE , à part, en souriant.
Eh! c'est mon brave soldat de Lépante! Que vient-il faire ici?
LE COMTE, allant à eux.
Que puis-je pour vous, messieurs?
RANL'CCio, s'avançant résolument.
Nous faire plaisir et honneur, seigneur comte; à charge de revanche !
LE COMTE , avec impatience.
Expliquez-vous promptement, vous voyez que nous sommes ici en famille ..
RANDCCIO, d'un ton bref et décidé.
C'est justement d'une affaire de famille qu'il s'gait; je serai concis, et j'irai droit au but... je
n'aime pas les préambules... Je suis Ranuccio» le capitaine Banuccio, {avec intention) ami assez distingué de feu don Juan d'Autriche, surnommé l'Invincible, de retour depuis ce matin de la Turquie... par les Pays-Bas. Ce garçon est mon pupille, Jules!... qui n'est pas trop mal, je m'en flatte, et manie également bien le pinceau, et l'espadon. Or, c'est pour ce beau garçon que jo viens, sans cérémonie, vous demander la main de votre fille. J'ai dit; à vous de répondre. MOJiRALTE, à part, en riant.
Quelle mouche a donc piqué mon brave ami Ranuccio?
LE COMTE
Je ne reviens pas encore de mon élonnement ? FABio, s'avançant furieux prés de Ranuccio. Quelle est cette insolence, messieurs?
RANCCCIO.
Un instant, jeune homme; ne nous fâchons pas, et pesez vos mots, s'il vous plaît. ( Se posant. ) Nous sommes ici des négociateurs... vous dites que nous sommes des insolens?... Qui donc?... est-ce moi? Don Juan, frère du roi d'Espagne, était d'assez bonne maison je pense, et il a cent fois serré cette main-là, que je ne donne pas à tout le monde, entendez-Vous?... Est-ce lui? {Montrant Jules.) Oh! c'est que vous ne le connaissez pas!... eh bien, je vais vous dire qui il est, moi, et à lui aussi, car il ne s'en doute pas, le pauvre garçon... Vous rappelez-vous un brave entre tous, dévoué pour tous, terrible aux bandits ( appmjant ) de tout rang et de toute espèce... que l'on adorait ici... que les Orsini redoutaient, quoiqu'il fût seul contre toutes leurs bandes ?
LE COMTE
Voudriez-vous parler de Brachioforte?
RANUCCIO.
Justement... Peretti Rrachioforte !
MONTALTE, à part.
Que dit-il ?
RANCCCIO.
Eh bien! comte Campireali , je vous demande votre fille en mariage pour le fils de Brachioforte, que voici !
JULES
Moi, son fils ! dis-tu vrai, Ranuccio î
Piaauctio lui serre la main.
MONTALTE, à part, regardant Jules.
Lui! lui!...
A partir de ce momcn!, il ne doit plus le quitter dn regard.
RANCCCIO, souriant.
A présent, messeigneurs, je crois que vous nous connaissez!
FABIO
C'est donc alors le fils d'un misérable!
JVLiS,' ayrêlanC du bras Ranuccio, qui veut répondre el prenant le milieu de la scène.
Que ce nom vous soit sacré, monsieur, car c'est celui de mon père!
BAJIDCCIO.
Bravo !
JULES
Vous m'avez cru ce matin un de ces caractères sans ressort et sans énergie qui ne peuvent repousser le pied dont on veut les écraser; détrompez-vous, j'ai ma force dans mon cœur, dans mon épée !
RANUCCIO, se frottant les mains.
II parle comme un ange, ce gaillard-là 1
JULES
J'ignorais en venant ici quelle était l'intention démon ami.
RANUCCIO, lii'cment.
< Ah î ça, c'est vrai; je ne la lui avais pas communiquée.
JULES
Mais quoi qu'il ait pu dire et faire, je le tiens pour bien dit et fait, j'ai maintenant un appui, un nom que je révère... ( Â Ranuccio.) Merci, ami, merci de m'avoir révélé cette gloire! (Au Comte, avec noblesse.) Et c'est moi qui vous dis à présent : Comte Carapireali , je vous demande Hélène pour femme.
FABio, à ses Parens.
Pardon, seigneurs, de cette scène de folie et de dérision!
Il passe derrière Jules.
JULES, arrêtant du geste le Comte, qui veut remonter la scène.
Un dernier mot, monsieur le comte : J'aime Hélène, et je suis aimé d'elle.
FABIO, qui se trouve à la gauche de Jules. Tu mens!
Silence.
JULES, froidement.
Celui qui dit un mot pareil sans mourir aussitôt ne peut être que le frère de celle qui vous aime. (Se tournant vers le Comte.) Comte Carapireali, je veux une réponse.
LE COMTE
Hélène!... plutôt morte cent fois!
JULES
La guerre donc pour la sauver!... la guerre, Fabio, à voire avidité, qui convoite les dépouilles d'une sœur; la guerre, comte, à votre ambition qui veut immoler votre fille ; la guerre, vous dis-je, à tous , et recevez le serment que je fais devons arracher votre victime.
Il sort le premier.
RATîUCCio, saluant avec politesse.
L'ami de feu don Juan d'Autriche l'y aidera de tout son pouvoir.
MONTALTE , regardant Jules sortir.
Lui!... ohl c'est le ciel qui me l'envoie... les Orsini auront fort à faire.
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