LE COMTE, LA COMTESSE, FABIO
Valets, armés de (lambeaux.
LA COMTESSE
Arrêtez, monseigneur !
FABIO
Ma mère !
L'ABBAYE DE CASTRO
LE COMTE
Que signifie, madame...?
LA COMTESSE, d'une VOIX émue.
Avant de rentrer, il faut que je vous fléchisse, monseigneur: avant de rentrer, il faut que vous m'accordiez une grâce l
LE COMTE
Une grâce!... et pourquoi venir me la demander ici?... est-ce le temps? le lieu, madame?... et ne pouviez-vous attendre mon retour dans notre palais d'Albano?
LA COMTESSE, (ivec intention.
Non, car alors il eût été trop tard... (oppî'ynnO c'est ici qu'il faut que je vous parle; c'est ici qu'il faut que vous m'entendiez... [Avec autorité.) Campireali, vous m'entendrez.
LE COMTE, étonné.
Eh bien! voyons, madame, finissons ; que me voulez-vous?
LA COMTESSE, avec prière.
Je veux que vous me promettiez ici de renoncer à cette alliance avec les Orsini, alliance qui fait aujourd'hui le malheur de votre enfant, et qui, souvenez-vous bien de ce que je vous dis, fera noire malheur à tous!
LE CO.MTE.
Madame, il n'est plus en mon pouvoir de vous faire cette promes.^e.
LA COMTESSE
Et pourquoi?
LE COMTE
Mon fils et moi, nous revenons de la villa Orsini; à l'heure qu'il est, le duc Bracciano a ma parole.
LA COMTESSE, avec Énergie
Eh bien '. vous la reprendrez!
LE COMI^B.
Reprendre ma parole !
LA COMTESSE
Oui, vous la reprendrez!... et vous sauverez votre fille... [Avec enirainemeni.) Vous direz à Orsini : Cette alliance, je la voulais, parce que je la croyais possible, parce que je la croyais bonne et heureuse pour nos deux familles; mais ma fille souiïre, ma fille est malheureuse... et je viens rompre avec vous. . parce que je ne suis pas le bourreau de mon enfant!... {Très-simplement.) Voilà ce que vous lui direz.
LE COMTE
Madame, la tendresse maternelle vous égare, et je m'élonne...
LA COMTESSE, s'animaïit par derjrés.
Ahl... vous vous étonnez!... Comment donc! dans vos calculs ambitieux, un jour, vous me prenez ma fille... puis vous me la rendez... puis vous me la reprenez encore... et je me plains! et je réclame!... certes, je suis une mère bien folle, bien déraisonnable!,.. {Avccresolmion.) Campi-
reali, vous avez cru que cette seconde séparation se passerait comme la première?... vous avez pensé qu'une longue absence aurait isolé la mère de la fille, la fille de la mère, et qu'elles ne se retrouveraient pas?... {Avec force.) Eh bien! non, monseigneur, elles se sont retrouvées toutes deux... J'ai pressé dans mes bras mon enfant, ma précieuse enfant; elle m'a tout dit, tout avoué... elle m'a ouvert son cœur en pleurant, et nous avons pleuré ensemble !
Elle plturc.
FABIO
Eh quoi ! madame, vous ne craignez pas de faire un pareil aveu devant mon père!... vous, vous, ma mère, la confidente de ma sœur et de sa honteuse passion!
LA COMTESSE, avec autorité, à son fils.
Et à qui donc, je vous prie, une fille doit-elle se confier, de préférence à sa mère? et d'ailleurs , avait-elle au monde un autre sein pour pleurer, pour appuyer sa tête?... Son père, jamais elle n'a reçu de lui la moindre caresse... son frère... ah! depuis long-temps elle sait qu'elle n'en a plus... Mais sans moi, sans sa mère, mon Dieu! depuis long-temps elle serait morte !
LE COMTE
Eh! non, madame, elle ne serait pas morte!... une fille ne meurt pas pour céder à la volonté de ses parens.
LA COMTESSE
Prenez-y garde, Campireali; Hélène est douce et bonne, mais sa têle est ardente, et elle est votre fille!.,. Croyez-moi. ne la réduisez pas au désespoir... Voyons, écoutez-moi : cet homme que vous repoussez et qu'elle aime, eh bien! je vous promets, moi, qu'elle y renoncera... je vous promets même qu'il s'éloignera... je l'obtiendrai!... Mais de votre côté, je vous en conjure, n'impo* sez pas à votre fille un lien qu'elle déteste!... Donnez-nous du temps, mon Dieu! que je puisse lui parler, calmer sa jeune tête, lui faire entendre la voix de sa mère!... Un délai, monseigneur, accordez-nous un délai I
LE COMTE
Demain, madame, tout sera terminé.
LA COMTESSE, Stupéfaite et tremblante.
Demain !... que voulez-vous dire?
LE C0.MTE.
Que demain notre fille Hélène épousera Octave Orsini.
LA COMTESSE
Demain!... demain! mais c'est impossible... mon Dieu 1 Mais vous ne savez donc pas! [Avec désespoir. ] Mais c'est votre enfant aussi... et vous ne voudriez pas la sacrifier ! [Courant à son fils.) Fabio, mon fi's, c'est votre sœur!... Mais aidezmoi donc à fléchir votre père, aidez-moi donc à trouver des paroles qui aillent jusqu'à son cœur!
FABIO
Moi : que je demande à mon père de rétracter
sa parole, de céder aus caprices d'une malheut'euse qui déshonore notre famille! Jamais, madame, jamais...
LA COMTESS'E.
Oh ! vous êtes bien cruel, Fabio !... et Dieu ne bénit pas les enfans qui n'entendent pas la prière de leur mère!
LE COMTE , remontant la scène.
Assez, madame, assez! j'ai bien voulu écouter vos plaintes, parce qu'elles ne devaient rien changer à ma détermination... A présent, il se fait tard, il est temps de partir.., et demain, de retour dans notre palais d'Albano, j'appellerai ma §Ile.
LA COMTESSE , raillant.
Oui... oui .. Et demain, de retour dans votre palais d'Albano, vous appellerez votre fille... et la voiï de votre fille ne vous répondra pas, car votre palais est désert, et vous n'avez plus de fille 1 LE COMTE, redescendant viiemenl avec son (ils.
Que voulez-vous dire, madame!
LA COMTESSE
Je veux dire que, réduite au désespoir par vos rigueurs, poussée à bout par vos violences, votre fille a fui ce matin et vos rigueurs et vos violences !
FABIO
Quelle audace !
LE COMTE
O rage!
LA COMTESSE
Voilà, voilà le malheur que je voulais vous épargner à tous deux. Quand je suis venue ici, si vous m'aviez entendue, j'aurais été lui porter votre pardon!... jelui aurais tendu les bras deloin, moi , et fût-elle en marche avec son ravisseur, vous auriez vu de quel côté elle aurait couru... (Raillant. ) Mais non, vous n'entendez rien! vous ne voulez rien entendre l j'ai beau vous crier : Pitié pour moi, pour vous, pour l'orgueil de votre nom!... vous êtes impitoyables! [Avec explosion.) Eh bien! recueillez donc ce que vous avez semé!
FABIO
Mon père, elle ne peut être qu'avec son Jules! lui seul peut l'avoir enlevée!
LA COMTESSE, les bravant.
Oui, oui, elle est avec lui!... je le sais, moi! moi. à qui elle l'a écrit!... car ce n'est pas moi qu'elle a trompée, ce n'est pas moi qu'elle a fuie ! (venant au Cowfe)'c'est vous !... c'est votre effroyable tyrannie!
LE COMTE, furieux, la prenant par le bras. Madame...
LA COMTESSE , pleurant.
Oh* quel mal pouvez-vous me faire à présent? vous m'avez pris ma fille.
LE COMTE
Mais où donc s'est-elle réfugiée l'infâme l
MATTEO, entrant.
Madame, je viens...
Il s'arrête en voyant le Comte.
LA COMTESSE
Tais-toi!
LE COMTE
Parle, je te l'ordonne.
MATTEO, après avoir hésité.
Monseigneur, j'ai fait des perquisitions comme M"^ la comtesse me l'avait commandé.
LE COMTE
Eh bien?
MATTEO
On a vu la signora gravir la montagne.
FABIO, vivement.
La montagne!... elle a dû passer par ici... ( Se rappelant.) Oui, oui, elle était là... ce matin...
Sur un geste Aa Comte, Luulgi entre chez Sciotti.
LA COMTESSE, allant à la table.
O mon Dieu, toi qui sais où elle est, daigne protéger ses pas.
LCiDGi, ressortant.
Monseigneur, je suis sûr que la signora n'est pas là... mais ce bracelet trouvé...
Il remet le bracelet au Comte.
FABIO
Le bracelet de ma sœur! {A Maiteo.) Vite, nos chevaux! {Revenant à son père.) Plus de doute... l'air railleur de ce vieux soldat en nous quittant... la démarche insolente du plus grand des deux moines... mon père, c'étaient eux!
LE COMTE
Et à présent il l'enlève!
Il donne des ordres à LulJgi.
LA COMTESSE
Mon Dieu! mon Dieu! que va-t-il arriver?
MATTEO, rentrant, à Fabîo.
Monseigneur, les brides sont coupées, et vos chevaux ont disparu.
LE COMTE
Mais c'est donc un enfer!
FABIO
Mon père, je saurai bien les atteindre, moi... et toi Jules, tu vas me payer l'affront de ce matin. A moi, mes amis !
Il sort par la gauclie, au premier plan, avec ses valets.
LE COMTE , criant de loin à Fabio.
Si tu la trouves, tue-la, Fabio.
LA COMTESSE , se levant avec épouvante et courant
à son époux.
Au nom du ciel ! révoquez cet ordre.
LE COMTE
Laissez-moi, madame!
LA COMTESSE, s' attachant à lui.
Non, j'irai, moi... je lui parlerai... je la ramènerai.
L'ABBAYE DE CASTRO
LE COMTE
Vous! vous!... vous voulez y aller!... Mais vous oubliez donc qu'elle n'est pas seule, madame! et moi, votre seigneur et maître, je vous ordonne de rester ici et d'attendre notre retour.
La Comlesse tonilie à genoux sous la main du Comte, qui sort vivement par la gauche.
'VW\'W\»v»A w\wvw\*w\ x\A'W\w\v^^'vv\w\'\'\^'VV\'W\ww^.Wl'VV%