SCENE VIII
JULES, RANUCCIO.
C'est ici, Ranuccio! si l'on ne m'a pas trompé, c'est ici que nous devons la retrouver, après un an d'exil et de combats.
RANUCCIO.
Ah! tu es un peu changé! blessures de batailles... mais tu n'en es que plus terrible, plus martial, les femmes aiment ça.
JULES, olanl son chapeau.
Salut, sainte demeure ! salut, asile de calme et d'innocence où je vais revoir mon Hélène, mon épouse chérie, dont je ne serais pas séparé aujourd'hui sans toi, cruel ami.
RANUCCIO.
C'est à dire, sans moi, ce n'est pas exact; car sans moi Fabio te tuait ; et c'est alors que vous étiez bien-séparés!... Heureusement j'étais là!... Tiens, ça méfait de la peine qu'il soit" mort !... mais franchement, j'en aurais davantage si c'était toi... ou moi.
L'ABBAYE DE CASTRO
JULES, avec bonheur, Ranuccio, qui l'aurait dit, que je reviendrais lorsqu'il y a un mois à Venise...?
R AKCCCIO.
Tu paraissais vouloir te faire naoine!... Un capitaine des armées d'Espagne!... Par Lépantel belle idée que tu avais là, et pour laquelle tu avais eu soin de ne pas me consulter !
JTLES.
Que veux-tu? la vie pour moi était devenue un fardeau. Désespéré et cédant à la fatalité qui me poursuivait, j'entre un soir au couvent des Dominicains, et là, au fond d'un sombre confessional, j'entends une voix que je crois reconnaître, la voix du moine qui m'avait sauvé dans l'hôtellerie, et qui me dit : Jeune homme, pourquoi désespérer de la vie ? Tu te plains, et ton Hélène est vivante 1 Fils de Brachioforle, lève-toi, car le temps de ton exil va finir; le saint pontife Grégoire voit sa fin arriver, lève-toi!,., et à la faveur des désordres de l'interrègne, retourne dans les états romains.. Là, pendant que tes amis travailleront à obtenir ta grâce, cache-toi, et attends dans l'ombre l'occasion de reprendre ta bien-aimée. RA3SCCCI0, regardant de tous côtés.
C'étaitun bon conseil !.. . et tu le suis joliment.
JULES
A peine ai-je mis le pied sur les états romains, qu'une main inconnue, la même sans doute qui a semé ses bienfaits sur ma route pendant tout ce temps d'exil et de guerres, m'écrit qu'Hélène est pensionnaire au couvent de l'Ave-Maria. [Avec bonheur.) Et voilà que je suis au couvent de l'Ave-Maria!... et voilà que je suis près d'Hélène!... Oh! Ranuccio, que la vie est belle et qu'il fait bon de vivre I...
RANUCCIO.
Surtout quand on n'est pas moine.
En ce moment , on entend l'orgue Je la chapelle, JULES, qui a été écoute)' à la porte de la chapelle. Ranuccio, écoute... Elles sont à la chapelle.
RAKUCCIO.
Pour cette prise de voile sans doute.
JULES
C'est là que je la vis pour la première fois; c'est là que je vais la revoir encore. RAKUCCIO, VarrCtant.
Imprudent!... attends la nuit du moins... si l'on allait te reconnaître!... celte condamnation qui plane sur ta tête!...
JULES. I
Ils n'oseraient pas, pendant la maladie de Grégoire et dans un pays tout plein du nom de mon ] père!... ; RANUCCIO , vivement. \
Mais où tout tremble devant les Orsini! j
JULES. j
Si le saint père meurt, mille bras se lèveront | pour me défendre! |
RANUCCIO.
Mais si le saint père ne meurt pas ?...
JULES
Il faut que je la voie, te dis-je! il faut qu'elle sache que j'ai touché le sol d'Albano.
RANUCCIO.
Va donc, puisque tu le veux, mais sois prudent!
JULES
Sois tranquille.
II entre dans la cliapelle. Musique.
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RANUCCIO, et bientôt après MONTALTE, venant de l'intérieur à droite.
RANUCCIO, redescendant.
Moi, je reste ici, à l'arrière-garde, pour pro-* téger la retraite. Mais qui vient là ? MONTALTB, avec la plus grande agitation et un papier à la main.
Grand Dieu! que viens-je d'apprendre! Cam*. pireali en ces lieux !
RANUCCIO, à part.
Eh! c'est le petit béquillard !
MONTALTE, ic retournant.
Vous ici!
RANUCCIO.
Pourquoi pas?
MONTALTE
Comment êtes-vous entré ?
RANUCCIO.
Avec tout le monde... par la porte.
II montre la grille;
MONTALTE, regardant la grille.
Ouverte ?
RANDCCIO.
A cause d'une prise de voile.
MONTALTE
Une prise de voile !.. . Oh ! c'est elle ! c'est elle !. .,
RANUCCIO.
Qui? elle?
Hélène Campireali!
RANUCCIO, avec un cri.
Hélène!... elle prend le voile!...
MONTALTE, montrant une lettre.
Cette lettre de son père.
RANUCCIO.
Grand Dieu! et mon pauvre Jules!
MONTALTE
OÙ est-il î
RANUCCIO.
Là!
MONTALTE
Dans la chapelle!... Obi il est perdu!
RANUCCIO.
Perdu!... C'est ce qu'il faudra voir!...
MONTALTE
Les Campireali y sont pour l'arrêter.
RANUCCIO, avec force.
Et j'y serai, moi, pour le sauver.
Il s'élance dans l\'glise ; toute cette scène doil èlre tiite vivement.
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