‹ Magasin théâtralChapitre 445 sur 1711 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

MONTALTE

Mon Dieu, puisse-t-il réussir!... Mais j'y songe! la mort de Grégoire t si l'on pouvait... (Bruit et rumeur dans la chapelle.) Grand, Dieu! quel tumulte, quelle confusion!... Lui!... luit... il arrache le voile!... Oh! il est perdu!...

Dans l'intérieur de la chapelle on enlend les cris du peuple , qui se précipite épouvanté.

RAKCCCIO, courant se viettre devant la grille, leur barre le passage.

Arrêtez, lâches! arrêtez!... c'est votre ami à tous, c'est le défenseur du peuple, le fils de Brachioforte que vous abandonnez ! ...

Mais le tumulte continue : les parens, les valets descendent en désordre les marches de l'église , et garnissent la gauche de la chapelle, puis la comtesse, puis Carapireali tenant sa fille par le bras.

VOIX, dans Vintérieur.

Arrêtez!... arrêtez!... c'est la fille de Dieu!...

LE COUTE

Elle a prononcé ses vœux!...

JULES, pâle, les cheveux épars, tenant son êpée d'une main et le voile d'Hélène de l'autre, s' écrie d'une voix tonnante, du haut des marches de la chapelle.

Ses vœux, je les brise!...

LES PARENS et LE PEUPLE.

Oh!... impiété!...

Elle n'avait pas le droit de les faire.

TOUS

Oh!

JULES, avec force.

Non, elle ne l'avait pas ! [Mouvement général.) Hélène Campireali, je vousadjureici, en présence de tous, de dire si dans la nuit du 2o juillet, dans la chapelle expiatoire, un prêtre n'a pas uni nos mains et nos destinées ?

LE COMTE, s'avançant vers les degrés de la chapelle.

Mensonge, vil imposteur, mensonge ! Tiens, ose donc renier ce témoignage sacré I

II lui donne les taLletles signées par le Prieur. HÉLÈNE, pleurant.

0 Jules, Jules ! on nous avait trompés ! JULES, après avoir lu et jetant les tablettes du Comte que ramasse un valet, passe vivement près d'Hélène, ce qui force le Comte à descendre à l'avant-scène de gauche, où il est re. tenu par ses parens et par Montalte. Les sbires garnissent les degrés de la chapelle.

Et que m'importe à moi la trahison des hommes ? Ne sommes-nous pas unis dans le ciel? Que

m'importe qu'un moine n'existe pas? en as-tu moins reçu mes sermens devant Dieu , moi les tiens? Non, non, tu es à moi, comme je t'appartiens, et à présent nulle puissance sur la terre ne peut nous séparer!... Ose, Hélène, ose dire que tu n'es pas mon épouse dans ton cœur?

HÉLÈNE, tombant à genoux devant lui.

Oh ! grâce, grâce ! Si tu savais tout ce que j'ai souffert !

Oh ! oui, je le devine, il a fallu bien te torturer pour t'amener là. Oh ! n'est-ce pas, ils t'ont bien tourmentée? {Avec douceur à la Comtesse, qui pendant toute celle scène le supplie avec anxiété.) Pas vous, madame! pas vous!... {Regardant les Campireali et plantant fièrement son épée entre eux et lui.) Mais ils n'en ont pas encore fini avec moi, si tu m'aimes encore.

Mouvement d'iudignalion des Parens.

LE COMTE

Que dit-il?

JULES

Hélène, ne regarde pas ton père... tu es ici devant moi... M'aimes- tu encore?

LE COMTE

Insolent!

HÉLÈNE, se jetant devant lui.

O mon père, vous avez juré qu'il vivrait I

JULES

Hélène, laisse-les. M'airaes-tu?

HÉLÈNE

Mon Dieu! mon Dieu! pardonnez-moi!

JULES, la pressant.

Hélène, m'aimes-tu?

HÉLÈNE, avec explosion.

Oui... oui, je t'aime!... mais fuis... fuis leur colère.

Et rougissant de l'aveu <pj'elle vient de faire , elle cache sa honte dans le sein de sa mère.

JULES

A présent je puis partir !...

LE COMTE, hors de lui et s' échappant des mains qui le retiennent.

Ah! son insolence m'a délié de mes sermens!

Il fait un mouvement vers Jules.

MONTALTE, qui pendant toute cette scène a essayé vainement de calmer le Comte, se jette entre l'di et Jules.

Arrêtez !... {A voix basse.) Grégoire est mort I et l'interrègne commence!

RANUCCio, s'avançant vers eux, dit à V oreille d& Montalte.

Et vous ne seriez peut-être pas les plus forts ! JULES , profilant de ce moment d'hésitation pour gagner la grille.

Hélène, ils t'ont jetée dans un cloître ; mais je saurai bien t'en arracher !

Il sort fièrement avec Ranuccio.

I/ABBAYE DE CASTRO

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