‹ Magasin théâtralChapitre 449 sur 1711 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Les Mêmes, hors LE CHEF.

MARIO, riant.

As-tu entendu?. .. De par haute et puissante dame... en voilà un drôle de général!

UGONE

Ne ris pas; tu n'en as jamais eu un aussi sévère, et qui fit aussi peur à tous ceux à qui il commandait... Une femme, c'est vrai, mais une maîtresse femme... et Griso n'a pas mal fait d'être malade.

UN BRAVO

Ah çà, est-elle jolie cette abbesse?

DGONE.

Elle ne se montre jamais!

UN BRAVO

Alors, elle est laide!

MARIO

Mais quel âge peut-elle bien avoir?

DGONE.

Cent dix ans, au moins.

LES BRAVI, riant.

Merci I

UGONE

Les anciens du pays ne se rappellent pas l'avoir vu nommer abbesse... invisible pour tous, elle n'apparaît jamais que pour annoncer un malheur.

MARIO

Comme les comèles alors... {Baissant la voix

avec mystère.) Moi, je croirais assez qu'il se passe ici des choses extraordinaires... Je ne suis pas peureux, vous le savez... mais la nuit dernière, {Use frotte le ventre) j'ai fait une mauvaise faction...

UGONK.

C'est vrai, en rentrant, tu étais blanc comme un linceul.

MARIO

J'ai entendu tout le temps des plaintes et des gémissemens qui semblaient sortir de terre... UGONE, riant.

Bah î c'est quelque nonne qui aura manqué à sa consigne et qu'on aura mise à la salle de police...

MARIO

Mais les religieuses doivent au moins le connaître, leur capitaine!

UGONK.

Pas plus que nous.

UN BRAVO

Comment fait-elle donc savoir ses ordres?

UGONE

Tous les matins, dans le chœur, après la prière, la directrice vient lire comme qui dirait l'ordre du jour, {avec intention) et il y en a d'un peu aimables. [Plus bas.) Ainsi, la tourière qui est là, à la grille, derrière ce guichet {montrant la yone du fond; d'un air avantageux), etquime voudrait du bien, m'a raconté que la semaine dernière, on en avait lu un qui disait : «Toute religieuse de Castro qui forme la pensée de se soustraire à ses vœux meurt dans Ips trois jours. »

MARIO

C'est court, mais c'est sec!... Fameuse discipline!

UGONE

Et il n'y a pas à dire, tout le monde y est soumis. {Riant.) Tenez, ce pauvre cardinal lui même, qui n'a que le souffle, il se trouvait ici, quand, en une nuit, on a muré portes et fenêtres... eh bien, depuis ce temps-là, il peut jouir de sa liberté, mais modérément, et dans l'intérieur de l'abbaye; aussi, quand il vient tous les jours faire sa visite au pauvre Griso qui se meurt, il faut voir comme il ouvre les narines, pour humer l'air du dehors par cette fenêtre, {il montre la fenêtre à droite, en remontant la scène) la seule par où il puisse voir au-delà des murs de l'abbaye!

MARIO

Pourquoi donc l' abbesse le retient-elle, ce pauvre bonhomme?

UGONE

D'abord pour sa santé ; il paraîtrait que l'air de la campagne lui est malsain; puis, on dit que le béquillard, comme l'appelle Ranuccio...

RANtcciO, sans bouger.

Malade !

Tous les Biavi se retournent.

UGONE, à Ranuccio.

C'est bon , c'est bon, on ne te parle pas. {Re-

L'ABBAYE DE CASTRO

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venant aux Bravi, avec vujstcre.) Il paraît, voyez- \ vous, qu'il aurait bien voulu faire partie du conclave où l'on va nommer le saint Père, mais le comte Orsini, notre puissant seigneur et maître [ils se découvrent tous), ne le veut pas, lui ; il en a glissé un mot à l'oreille de madame 1 abbesse, sa parente, et monseigneur, jusqu'à nouvel ordre, coffré!..

Tous les Bravi se mclleiit à rire, ou cntciul un roulement Je lamljour à Tinter itur du corps-ile-garde,

LES BRAVI, se levant.

L'appel! l'appel! Ranuccio, l'appel!

RA>"CCCIO.

Malade !

UGONE, allant au lit.

Pauvre Ranuccio ! Demain , nous enterrerons Griso, et lui, dans huit jours!

Ils sortent.

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