‹ Magasin théâtralChapitre 457 sur 1711 · LES BRAVI · texte numérisé non relu

LES BRAVI

Ah[! voyons, voyons!...

A mes camarades !...

LES BRAVI, riant.

A ses camarades!...

UGONE

Ah çà ! mais un instant, c'est la même chose f

RANUCCIO.

Eh! non, puisque c'est un autre verre. [Tous Bravi rient.) Troisième santél

LES BRAVI, vivtment.

A qui donc?

RANUCCIO.

A moi!

LES BRAVr.

Ah! oui, c'est vrai, à lui!

UGONE, se levant, A Ranuccio, qui n'est plus malade!

Tous boivent, excepte Banuccio, ([ui cbaquc fois a Si de lancer son vin par la croisée.

RANUCCIO, à part.

Quelle idée!... Si je pouvais... essayons

L'ABBAYE DE CASTRO

Haut.) Tantôt en dormaillant, je vous entendais lire que jamais âme qui vive n'avait pénétré dans 'abbaye !

VGONE.

C'est vrai!

BANUCCIO.

Eh bien, mon père à moi y est entré!

CGONE, incrédule.

Ton père?

BANUCCIO.

Et dans une fameuse occasion encore !

TOUS

Conte-nous donc ça! conte-nous donc ça!

JULES

Que va-t-il faire ?

RANUCCIO, frappant sur la table.

Attention à ce que je vais dire, et buvons. {Ils boivent.) Il va sans dire qu'il s'agissait d'une amourette, d'un père taquin!

TOUS

Comme ils sont tous!

RAKUCCIO.

Le père avait mis sa fille dans ce couvent pour qu'elle restât célibataire; mais la jeune fille n'avait pas de goût pour l'état...

MAUIO, aviné.

Cela se voit !

RAKUCCiO, regardant Jules.

L'amant était un gaillard ; il dit : Il faut la tirer de sa cage... Il va trouver mon père, son ami amorti... mes deux vigoureux compères pénètrent dans un bâtiment extérieur, comme qui dirait celui-ci... Attention de plus en plus !

VGONE.

Et buvons de même .. l'histoire de ce gars

m'intéresse. Les BravL dorment.

RANUCCIO.

Dans l'endroit où ils se trouvaient, il y avait bien uneporle conduisant dans l'abbaye... (J«/e5 va à la porte et l'examine) mais partout, en dedans, des madriers, des solives, des barres de fer, une porte à l'épreuve du canon; puis, si on la franchissait, au bout d'une galerie, nouvelle porte, et ainsi de suite !

UGONE

Rien à faire par là...

BAXUCCIO.

C'est aussi ce que dit mon père; à droite, autre porte.

MARIO

Ahl voyons un peu!

Jules est aile à la porte desiguc'c.

RANCCIO.

Mais là une enfilade de corps-de-garde... [Jules frappe du pied avec impatience.) Un moment .. restait encore le mur de ce côté... .( les Bravi se retournent, Jules reprend sa place sur son escaleau) qui dans toute sa longueur, sans porte ni fenêtre, sépare les bâiimens extérieurs des jardins de l'abbaye... [Les autres, couchés çà et là, dorment tous. Ugone et Mario résistent encore.) C'est là qu'il faut percer, dit mon père...

Jules monte sur le lit de camp.

UGONE

Ahl bah!... à travers le mur?...

BANUCCIO.

A travers le mur ! ... Et il le fit comme il l'avait dit ; le jour, il cachait avec son manteau la pierre... [en ce moment Jules soulève le manteau, et découvre avec joie la pierre) et la nuit, à l'aide de son poignard... [Jules saisit le poignard d'un Bravo qui est venu se coucher sur le lit de camp, et travaille avec ardeur) il travaillait à la desceller...

BIARIO, s'endormant.

Voyez-vous ça!...

Jules fait des cfFoits pour soulever la pierre.

BANUCCIO, qui suit tous ses mouvemens avec anxiété.

Enfin, après quinze jours de peine et de persévérance, il avait si bien travaillé... qu'en poussantde toute sa force, avec son épaule... lapierre céda... et tomba.

Eu ce moment la pierre que Jules pousse avec force tombe au dehors , et forme une larije ouverture ; an Ijruit, les Bravi se retournent; Jules laisse retoniLcr le manteau qui catlie le trou, et présente son Baril aux Bravi qui le regardent.

JULES, assis sur le lit de camp et riant. Ne faites pas attention, mes maîtres, c'est... c'est mon baril qui m'est échappé.

RANUCCio, les ramenant.

Mais écoutez-moi donc, vous autres, et buvons... [Ils boivent , et Jules ne sait plus que faire. Mais Banuccio lui fait des signes.) Wois, au moyen de cordes...

UGONE

Des cordes !...

RANUCCIO.

Oui, des cordes qui se trouvaient là... par hasard... [Jules ramasse les cordes qui ont servi à le hisser) environ trente pieds de cordes que nos deux amis attachent bien solidement...

UGONE

Comment?...

RANDCCio, avec la plus grande anxiété.

Comment !... ma foi, je l'ai oublié... mais peu importe... [Pendant ce temps, Jules, qui a regardé autour de lui, cherche, puis tout-à-coup saisit une arquebuse qu'il passe dans le nœud coulant de la corde, et qu'il place vivement entravers du trou ; joie de Banuccio.) Puis lejeune gars entre, les pieds les premiers dans l'ouverture... se laisse glisser... et disparaît!

Toulcejeude scène, pour être complet, dépend Leaucoup de la pantomime de Jules, qui doit disparaître au dernier mot de Rauuccio. Tous les Bravi dorment excepte' Ugone, qui lutte encore.

UGONE

Eh bien! et puis?...

BANUCCIO, quis'esl levé, et qui va s'assurer si tous les Bravi dorment.

Et puis... quand il fut au bout de la corde, il sauta...

UGO>'E, presque endormi.

Il sauta!... Ah çà! un moment, un moment... Tu m'as dit... que les cordes avaient trente pieds?

RANDCCIO.

Oui, trente pieds !

UGONE

Eh bien l ton père est un hâbleur, il n'est jamais venu ici.

RANUCcio,aH fond du théâtre, se retournant.

Pourquoi?

UGONE, s' endormant.

Tu me fais des contes à dormir debout, Ranuccio, et je dors... Ah I il a sauté...

RANUCCio, inquiet, le secouant avec force. Et pourquoi T.. pourquoi n'aurait-il pas sauté?

UGOKE, avec force.

Parce que ce mur-là a quatre-vingts pieds.

Il tomliesurla laLle. Musique.

RANUCCio, poussant un cri de terreur.

Grand Dieu ! [Les Bravi relèvent un peu la tête etretombetit; Ranuccio court à l ouverture, se place de manière que Von aperçoit la pâleur et l'agitation de son visage.) Jules, ne quitte pas la corde, OU tu es morti

JCLES , en dehors.

Mon poignard, en tombant, m'a averti du danger. . . sous mes pieds, j'ai un gouffre.

Remonte I...

RANGCCIO, irès-agilé.

Moment d'attente.

JULES

Impossible!...

RANCCCIO.

Encore un effort!... 0 mon Dieu, que faire?... que faire?... Ah!...

Il dénoue vivement sa ceinture, qui doit être double,

court à Ugone , lui tire doucement la sieuue, qui doit être double aussi, et les attache.

JULES

Mes forces s'épuisent... Ranuccio!

RANCCCIO, attachant les ceintures.

0 mon Dieu! mon Dieu! donnez-lui force et courage !

JULES, d'une voix éteinte.

A moi!... Ranuccio!

RANUCCIO, courant à l'ouverture, et faisant ^tisser

les ceintures le long de la corde au moyen d'un

nœud coulant.

Tiens, vois-tu ces ceintures que je fais glisser vers toi?

JULES

Oui!

Les as-tu ?

Je les tiens!

RANUéciô.

JULES

RANUCCIO.

Soutiens-toi d'une main, et, de l'autre, attache le nœud coulant au crampon de fer... Eh bien?

JULES

Oui... et maintenant à la grâce de Dieu!

Silence interrompu par le bruit d'une cliute ; Ranuccio tombe a genoux en faisant le signe de la croix; puis se rélevant avec re'solution.

RANUCCIO.

A moi maintenant 1... à moi de le suivie! fnort ou vivant, je serai avec lui!

Il s'elance par l'ouverture ; to:ile cette scène doit être dite avec chaleur, mais sans cris, et avec une sorte de mystère, à cause des Bravi.

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^tuxxèmt tableau.

Le llie'àtre représente' l'abbaye de Castro ; au fond , à droite, grande porte, qui, en s'ouvrant , laisse voir . rinte'ritur de l'abbaye. A côte' de cette porte, toujours au fond, est une chapelle ardente voile'e de rideaux noirs. A droite, au premier plan , niche d'un saint qui fait face au public ; à gauche , autre porte plus petite. De tous côte's , fenêtres qui laissent pénétrer la lumière à travers leurs vitraux colories.

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