SCENE IV
KANUCCIO, HÉLÈNE, JULES.
RANOCCio, entrain par la porte principale, qu'il referme sur lui.
C'est bien ici la chapelle... (Appelant.) Jules!... Il devait y venir... (Jules sanglote.) Ah ! le voici! Jules, réponds-moi donc!
JULES , relevant la tête.
Qui m'appelle ?
RANUCCio, allant vers lui et le cherchant. Moi, Ranuccio!... (Trôs-viieetà voixbasse.)'!ios hommes sont là, j'en suis certain... Je viens d'entendre les coups qui annoncent leur travail... ils vont déboucher dans le jardin, près de cette chapelle... (Jules sanglote.) Mais qu'as-tu donc?... (Lîii touchant lamain.)Èles-\ous prêts? Hélène...? JULES, avec un cri terrible.
Hélène?
RANUCCIO.
Est-elle venue?
JULES, Venirainani, en passant à la gauche du
tombeau.
Tiens, regarde!
RANOCCIO, se signant.
Morte !
Oh I oui, morte ! Ah 1 Ranuccio ! Ranuccio !
Il tombe à genoux près d'IIe'lfene.
RANUCCIO.
Jules , arrache-toi à cet horrible spectacle, fuyons.
JULES
Fuis seul... je restel
RANUCCIO.
Rester ! mais c'est la mort!
JULES, exalté.
Oui, la mort avec elle!... car la mort même ne pourra nous séparer. [En disant cela, il saisit sa main avec force; m.ais il s'arrête étonné et se relève avec terreur.) Ranuccio!...
RANUCCIO.
Qu'as-tu donc?
JULES, debout sur la première marche.^ Ma main captive dans la sienne!... Ranuccio, elle me retient l...
RANUCCIO, reculant avec une sorte de terreur superstitieuse jusqnau milieu du théâtre.
La main d'une morte?
JULES, délirant de joie.
Mon Dieu, m'appelle- t-elle à la tombe avec elle, ou faites-vous un miracle en faveur de mon amour?
RANUCCIO, à genoux en face du public.
0 mon Dieu î je ne vous ai peut-être pas prié assez souvent.., maisjamaispersonne ne Yousaura
tant aimé que moi, si vous rendez cette pauvre enfant à mon iils !
Pendant cette prière de Ranuccio , Jules s'est pcnclie' vers Hélène ; il a mis la main sur le cœur d'Hélène, qui n'a pas encore fait un mouvement.
JULES, s'écriant avec explosion.
Vivante!... Ranuccio, vivante!
RANUCCIO, se relevant et regardant le ciel avec reconnaissance.
Ah! vous êtes bien puissant, mon Dieu!... et bien bon pour un pauvre soldat ! ( Il court à Hélène.) Oui, mon ami, oui, elle est vivante!
JULES
Elle ouvre les yeux ! ( Avec amour. ) Hélène '. . . Hélène!... regarde-moi... que ton premier regard soit pour moi...
RANUCCIO, aidant Hélène à se soulever.
Oui, la voilà, ma foi, qui se lève!
HÉLÈNE, revenant à elle.
Comme tout est g;rand autour de moi!... Ce n'est plus ma cellule I
JULES, doucement.
Hélène!... Hélène!
HÉLÈNE
Ah! cette voix... (Elle baisse les yeux vers Jules et le reconnaît. ) Ah! Jules!... mon Jules !
Elle tombe dans ses bras.
JULES, à genoux et les bras suspendus à son cou. . Oui, c'est moi, Hélène, c'est moi !
HÉLÈNE , rappelant ses idées, mais encore dans une espèce de somnambulisme .
Oh! je me souviens... ce papier où tu m'avais écrit : A l'heure fixée, je viendrai, on me l'a surpris... arraché!... l'on m'a enfermée... et moi, je pleurais de savoir que tu viendrais et que tu ne pourrais arriver jusqu'à moi... et puis un breuvage... et puis, un froid glacial qui parcourait mes veines... Alors, il m'a semblé qu'une main de plomb pesait sur ma tête, et... je me suis endormie !
JULES
Oh ! les infâmes ! les infâmes !
HÉLÈNE, apercevant le tombeau sur lequel elle est
couchée, pousse un cri d'horreur, et s'élance dans
les bras de Jules, qui l'entraîne sur le devant
du théâtre, pâle d'effroi.
Une tombe!... O Jules, sauve-moi!... sauvemoi!...
JULES
Oui, je te sauverai, mon ange, car à présent tu es à moi... bien à moi !
RANUCCIO.
Fuyons I fuyons! (Il va à la porte principale.) Eh mais! c'est bien par ici que je suis entré... oui... (Il V ébranle.) Mais c'est fermé!...
On aperçoit des lumières de flambeaux à travers les viUaux de la chapelle.
RANUCCIO.
Ce mouvement!... ces lumières... Oh! l'alarme est donnée...
L'AliBAïE DE CASTIIO.
JULES, à Hélciie.
Y a t-il une autre issue?...
UÉLÈNE.
Là... là...
Fermée aussi !..
Elle montre la petite poilo.
JULES
IIÉLÈXB.
Fermée!... Oh! nous sommes perdus I...
Des coups très-sourils et prolonges se fout entendre sous
terre.
RANUCCIO , qui a écoutê quelque temps contre la niche du saint.
Nonl... nous sommes sauvés!... car c'est là, entendez-Yous î c'est là que nos amis travaillent, te n'est pas dans les jardins, c'est ici qu'ils vont paraître... écoutez!...
JULES
Oui... je les entends I
RANCCCIO, la bouche contre la muraille.
Courage! amis!... hâtez-vous 1... hâtez-TOUsI... car c'est la mort qui nous presse.
UNE VOIX souterraine.
Reculez-vous !... la muraille est sapée! elle va s'écrouler de votre côté... ( Ils s'éloignent avec effroi, le pan de muraille sapée tombe avec fracas derrière la statue. Des paysans , en costume de travailleurs, armés de pioches , de haches et de torches, s'élancent dans l'ahbaye, et courent à Jules.) Venez!... venez, mes amis!...
Mais au mrme inslaul, par la porte pi iiicip.ile, p<-iié(renl les 15ravi avec laDirccIrice , les religieuses, Monlalte, qui se trouvent maîtres de l'issue qui vient d'être pratiquée.
MONTALTE
Hélène!... vivante!...
DGONE , un pistolet au poing.
Bas les armes , Brachioforte, et laisse cette femme!...
JULES, arrachant une hache à l'un des paysans. Qui de vous osera venir me la ravir?...
Mais du fond de la cliapelle s'avance une grande figure couverte d'un voile noir.
l'aBBESSE DB CASTRO.
Téméraires!...
LES NONNES, LES PAYSANS et LES BRAVI, tombent à genoux en criant :
L'abbesse!.. l'abbesse!...
l'abbesse, saisissant Hélène, qui s'est prosternée à ses pieds et la faisant passer à sa droite , dit à Jules - Viens donc la disputer à l'abbesse de Castro.
JULES, se précipitant.
Rien ne m'arrêtera...
Mais un coup de feu tire' par Ugone l'atteint au bras. Jules pousse un cri et toiriLe dans les bras de Ranuccio. MONTALTE , montrant l'ouverture qu'il vient d'apercevoir.
Je les sauverai!... mais à Rome, au conclave !
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