‹ Magasin théâtralChapitre 461 sur 1711 · UGONE, MARIO · texte numérisé non relu

UGONE, MARIO

anARIO, qui a l'air de guetter quelqu'un au fond du théâtre.

Ugone?

UGONE, appuyé sur le dos d'un fauteuil et regardant à droite.

MARIO

L'as-tu vu ?

UGONE, sans détourner les yeux.

Qui 7

MARIO

Eh bien! celui que nous guettons!... le dé- { mon Brachioforte?

UGONE

Non.

MARIO

Que fais- tu donc là?

J'attends.

Quoi?

UGONE

UGONE

Le jugement de la nonne de Castro.

MARIO

On va donc le prononcer?

UGONE

Aujourd'hui, là ( il montre le premier plan à droite), dans cette salle voisine du Vatican, où le tribunal est assemblé.

MARIO ,-venant regarder à la porte.

Ah! que de monde!...

UGONE

Je crois bien , pour voir condamner une religieuse.

MARIO

Mais comment la souveraine abbesse a-t-elle consenti à rendre la coupable?

^ UGONE

Il l'a bien fallu, l'Inquisition l'a réclamée.

MARIO

Alors qu'a-t-elle gagné à s'échapper des griffes de madame l'abbesse ?

BGONE.

Du temps d'abord... Et puis, dans les cachots de l'abbaye, sa mère ne pouvait rien pour elle, tandis qu'ici avec ses doublons et pistoles d'Espagne...

UARIO.

Et on dit qu'elle en est cousue.

CGOI^E.

Une fière femme!;., qui mettrait le feu à Rome pour sa fille 1... [Montrant la salle à droite.) Elle est là qui s'agite, qui intrigue, qui va de l'un à l'autre... mais elle a beau faire, la nonne sera condamnée.

MARIO

Ta erois T

OGONE.

Le comte Orsini, notre maître, le veut.

MARIO, froidement.

Alors> son affaire est claire.

UGONE

Il est furieux du refus qu'elle a fait de son fils ( baissant la voix et amenant Mario sur le devant de la scène ) et des voix que son parti perd au conclave depuis deux jours.

MARIO

Les voix des Campireali ?

UGONE

Oui... c'est la mère qui intrigue encore parla.

Mais c'est donc un diable que cette femme-là?

UGONE , à voix basse.

Et le comte se venge sur la fille...

MARIO

Et sur son amant.

UGONE

Oh 1 celui-là, je croyais bien lui avoir donné son affaire ; mais il a l'âme chevillée... il est parvenu à s'échapper et nous ne le tenons pas encore!

MARIO

Peut-être...

UGONB.

Comment ?...

MARIO, à voix basse.

Tout-à-l'heure j'ai cru l'apercevoir rôdant par ici... ( Il regarde de tous côtés. ) Si tu m'en crois nous ferons bien de préparer nos stylets... il viendra ici, te dis-je, pour tenter de délivrer la religieuse !

UGONE, froidement.

Ma foi, s'il fait ça, je ferme les yeux.

MARIO

Je ne te croyais pas le cœur si tendre , trahir notre maître pour une jolie fille I

UGONE, froidement.

Elle!... que m'importe?

Alors, quel intérêt î

UGONE, à voix basse.

C'est mon pauvre Ranuccio I

MARIO, avec joie.

Ranuccio !... il a donc été pris avec elle?...

UGONE

Pardieu ! il s'est dévoué pour faire échapper le Rrachioforte , et sans moi les camarades l'auraient écharpé.

MARIO

Ils auraient bien fait.

UGONE

Pourquoi?..,

MARIO

Je lui en veux ; il nous a mis dedans.

UGONE, riant.

Eh c'est de bonne guerre.

MARIO

C'est humiliant I

UGONE, haussant les épaules.

Laisse-moi donc tranquille... est-ce qu'on lire sur les amis?... nous en avons vu bien d'autres!... tiens, il y a douze ans, avec lui, dans le Milanais, nous étions quatre mille Condottieri... nous allâmes offrir nos services au duc; Visconti n'en voulait que deux mille; les deux autres allèrent s'enrôler dans l'armée du duc de Florence, son ennemi... Ranuccio se trouvait d'un côté, moi de l'autre... Eh bien! ça ne nous empêcha pas de gagner bravement notre argent. On se battit toute la journée consciencieusement, disputant le terrain piedà pied... on se poussait... on avançait... on reculait... ça dura comme ça jusqu'au coucher du soleil.

MARIO

Furieuse mêlée!... ( Vivement. ) Et combien y eut-il de morts î

UGONE

Un !... c'était un cavalier étouffé dans la presse.

MARIO, remontant.

On vient!... ne nous montrons pas. ( Entraînant Vgone. ) Viens donc! viens donc!... UGONE, regardant la salle du tribunal.

J'aurais pourtant bien voulu savoir si Ranuccio...

MARIO

c'est le cardinal Montalte qui monte le grand escalier du palais.

UGONE, au fond avec Mario.

En voilà un saint homme!... et modeste!... et pas intrigant du tout... on ne dira pas qu'il a brigué les suffrages, celui-là!.., enfermé avec nous dans l'abbaye pendant toute la durée du conclave!... si jamais il a pensé au trône pontij fical, c'est pour prier Dieu de lui en fermer le

1 chemin!...

' Ils sortent avec pre'caution et sans être vus par le cardinal.

L'ABBAYE DE CASTRO

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