‹ Magasin théâtralChapitre 47 sur 1711 · SCR^E II · texte numérisé non relu

SCR^E II

Les Mêmes, STYPIOTE puis PHOCILS, à mi— voix.

STYPIOTE, entrant. Monseigneur, le cavalier latin que vous m'avez désigné et qui a mystérieusement suivi la comtesse a parcouru toute la nuit les rues de Constantinople. Enfin, accablé de fatigues, il vient

de s'endormir sur un banc de pierre au forum du cheval d'airain.

AIVDROMC. Il faut l'épier sans cesse, Stypiote , et le retenir à tout prix dans cette ville , s'il se disposait à la quitter.

STYPIOTE. C'est bien, monseigneur...

ANDROXIC, à part. J'aurai peut-être avant peu besoin de le mettre sur la trace qu'il cherche.

PilOClUS , entrant précipitamment. Monseigneur !...

Il doit jouer toute cette scène à mi-voix.

A\DR0NIC. Quelle nouvelle ?

PHOCius. Mauvaise...

A^DRONIC Explique-toi donc?

PHOCIUS. Cette nuit, monseigneur, j'ai pu gagner un soldat de l'empereur, et vêtu de son costume, je me suis mis en sentinelle à la porte de la chambre d'Emmanuel Comnène malade.. .il causait avec son ministre Nicétas... et prêtant attentivement l'oreille. .. j'ai entendu leur conversation. . . ANDROMC. Que disaient-ils?

PHOCIUS. Le ministre disait à l'empereur... Oui, mon souverain... une femme, qui maintenant se cache à Constantinople sous le nom de dona Lucretia est la comtesse de Montfort , votre épouse autrefois répudiée... Je veux la voir, s'écriait l'empereur... C'est Dieu qui l'envoie, continuait le ministre, pour éloigner du pouvoir, de la tutelle de votre fils le cruel Andronic. ..

ANDRONic. Ah ! il disait cela!

PHOCIUS. Puis, après de longs discours, le ministre ajoutait qu'il fallait dès demain fiancer le prince Alexis à la jeune Agnès la nièce de la comtesse... et que ces fiançailles, faisant la comtesse tante d'une future impératrice , vous enlevait tout espoir de tutelle...

ANDROXIC. Et l'empereur?... PHOCIUS. Il semblait consentir... monseigneur. Et bientôt, disaitNicétas, à l'églist;

de Saint-Jean-Baptiste lorsque je me

sentis violemment frapper sur l'épaule. C'était le soldat qui venait me réclamer ses habits, il était déjà l'heure de relever la sentinelle... Je lui rendis alors sa place , et depuis une heure j'attendais le signal pour venir vous raconter tout cela.

ANDROIVIC. Ah ! Nicétas, prêtre parvenu, malheur à toi... Lorsqu'après vingt années de lutte, d'exil et de patience, la mort de l'empereur va me donner enfin ce pouvoir, la comtesse surgit tout-à-coup, tu veux faire ressusciter en elle une impératrice oubliée... et l'empereur! mais ils n'ont donc pas songé que si le prince Alexis mourait le lendemain de son avéne-

LONGLE-ÉPÉE LE -\ORMA]ND.

ment, le trône m'appartiendrait par légitime héritage... Je crois, Pliocius, qu'il faudrait que j'allasse révéler à l'empereur qu'il yavingtans j'ai fait noyer son premier né, pour qu'il se convainquît que les fils il'empereur sont mortels... Eh bien! non , ce n'est pas la tutelle que je veux — c'est le trône... La tutelle me conduisait au meurtre, et le meurtre au trône. Eh bien! s'il le faut, j'irai droit au meurtre... cela m'épargnera bien des retards, des ennuis, et... ce sera le chemin le plus court... mais la comtesse n'est pas rentrée dans le palais des Césars... et le ministre n'est pas vainqueur encore !.. Ah! Nicétas, tu est fort par le sénat, je le serai par moi-même... Tu appelles le Saint-Père à ton aide... {ilésignant un parcJiemin) mais ce parchemin dont je suis possesseur.... m'assure que le Saint-Père n'entendra pas ta voix... et que ton empereur se meurt... IVicétas! prends garde à ta puissance !.. Toi, comtesse de Montfort , on a vu le mystérieux cavalier qui t'a suivi dans ton voyage on connaît ton mystérieux|amour!...Prendsgarde à ton honneur!... Et toi, Prince Alexis...

pauvre et chétif entant que l'on veut

couronner. . . pTends bien garde à ta vie ! . . .

BARDAS. 3Ionseigneur, je viens d'apercevoir au bout de la galerie Michel le serviteur de la doua Lucretia ; sans doute il va passer par ici...

ANDRONic. IMichel!... sortez...

pnocits. Mais vous, monseigneur?

ANDRONIC, impatienté. Laissez-moi.

Us sortent tous trois.

AîMDROiNiC, seul. Michel... si je pouvais m'atiacher cet homme... autrefois je l'ai pu... oui, la guerre se déclare, et je veux tout tenter !

Il se masque et se retiie au fond.

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SCElNEllI.

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