‹ Magasin théâtralChapitre 48 sur 1711 · ANDRONIC, MICHEL · texte numérisé non relu

ANDRONIC, MICHEL

MICHEL, entre lentement. Je ne puis oublier ces mots de Nicétas. .. Je ne trahirais l'incognito de ta maîtresse... que s'il le fallait pour le bien de l'empire. . . mais que peut-elle aujourd'hui pour l'empire. Rien sans doute... Dieu veuille qu'elle n'ait pas à se repentir d'avoir voulu revoir Constantinople.

AlVDROmc, ma^^Me, /'ttrre^oTi/.Deuxmots !

MICHEL. Qui êtes- vous?

ANDROMC.Un homme qui vient, au nom d'Andronic Comnène , l'offrir bonheur et fortune, si tu veux le servir.

!1 se dirige vers l'escalier. '

MICHEL, épowanté. Andronic !.. (Se contenant) Je ne le connais pas... moi... je suis serviteur de la dona Lucretia.

ANDROMC , l'interrompant. Trêve de railleries... il n'y a point ici de dona Lucretia , mais la comtesse de Montfort mariée dans sa jeunesse à l'empereur Emmanuel etrépudiéepar lui... maisla comtesse de Montfort qui mit au monde , ilya vingtdeux ans, un enfant mâle qui fut secrètement noyé dans le Bosphore par des assassins auxquels l'avait livré pour de l'or... Michel... serviteur de l'impératrice...

MICHEL, suppliant. Oh! grâce!

ANDRO-MC. Michel, qui ne veut pas se vendre aujourd'hui, et qui a vendu jadis l'héritier futur du trône des Césars... je t'ai dit ton histoire... maintenant voici la mienne... Je suis un des assassins qui reçut l'enfant que tu venais d'arracher des bras de sa mère endormie... Je suis resté fidèle au sébast Andronic, qui a généreusement pris soin de ma fortune... et maintenant, mon vieux complice, asseyons-nous et parle-moi sans détour...

BIICHEL. Et Dieu ne vous a pas écrasé!

ANDRONIC. Dieu ne t'a-t-il pas épargné, toi?

MICHEL. Non! il a rejeté sur moi toute sa juste colère, sur moi le plus coupable... et, pour me punir, il a jeté sur mes pas le fantôme du remords... et l'image de l'enfant assassiné m'est apparue vivante, saisissable... et bit n des fois, hélas! quand plusieurs années s'étaient écoulées sansque j'eusse été tourmenté de l'horrible vision... je me croyais pardonné.... Mais Dieu m'envoyait ce fantôme, qui avait grandi dans l'ombre.... et Dieu, me le montrant maintenant sous la face d'un homme, semble me dire: Regarde, criminel!... Voilà comme eût germé le sang que tu as refroidi dans les veines d'un enfant, et moi, tremblant sans cesse... je m'accuse , je souffre sans oser montrer au prêtre le mal qui me dévore.. Et tu viens, toi, au nom d'Andronic, de l'infâme qui m'a conduit au crime parles promesses, les philtres, laséduction des femmes. . . tu viens en son nom m'ofï'rir de l'or... Ohl... mais Dieu vous a donc bien marqué du sceau de la damnation éternelle, qu'il ne prend pas le soin de vous punir en ce monde!

AiNDROMC, «P'cc ca/me. A ton tour, écoutemoi, vieillard...

MICHEL. Pas un mot... va-t'en!...

AMDRO.MC. Ecoute-moi d'abord. ;.

MICHEL. Tes paroles seraient perdues.. . laisse-moi...

ANDROMC. L^n seul mot...

niiCHEL. Tais-toi! la voix du meurtrier vient de l'enfer...

ANDUONIC. Meurtrier?... nous le fvimes ensemble.

MICHEL. Moi! j'ai le châtiment toi !

la malédiction.... Va-t'en dire à ton maître que ]\Iicliel s'est enfui pour ne pas entendre la voix de son serviteur maudit

ANDROXIC , impatienté. Tu m'écouteras.

MICHEL .fuyant at^ec frayeur. Va-t'en.... laisse-moi . . . va-t'en I . . .

Il s'ecliappe.

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