SCÈNE I
ALTAVILLA , PANDOLFO , tous deux enveloppés dans des manteaux.
PANDOLFO
Entrez, entrez. Seigneur, il n'v a personne. Je connais ce palais que je suis ciiargé spécialement de surveiller.
ALTAVILLA
Où sommes-nous donc?
PANDOLFO
Ne m'avez-vous pas demandé de vous faire pénétrer dans le réduit secret où Juana reçoit son mystérieux amant?., nous y sommes. '
ALTAVILLA
Ah ! c'est ici.
PANDOLFO
Ici même. Dans ce pavillon isolé au fond du jardin, où personne n'a d'accès que les deux amoureux et leur confidente. J'ai attendu que monseigneur d'Ayamonte donnât au vice-roi une fête splendide en l'honneur de son installation, comme gouverneur de Naples, pour vous inti;oduire ici. Le tumulte de ce bal masqué nous a bien servis ; vous avez pu pénétrer dans le palais sous un déguisement , et moi j'ai ordre du Saint-Office de tout voir, et de lui rapporter s'il ne s'est rien passé dans la fête que d'orthodoxe.
Je suis reconnaissant du service que lu veux bien me rendre.
PANDOLFO
Ce n'est pas un service , Monseigneur, c'est un devoir. J'avais des torts à réparer envers vous... oui , Monseigneur, je l'avoue franche-
*<S»ment, lorsque vous êtes parti pour Rome, j'ai osé penser que vous vouliez me faire perdre ces trente misérables écus d'or que j'avais si loyalement gagnés, comme si nous n'étions pas gens de revue, nous autres hommes d'esprit... mais aussi je vous jure que, depuis que vous m'en avez rendu le double , je ne me sens pas la moindre inquiétude sur le reste.
ALTAVILLA
Je ne bornerai pas là ta récompense... il est très heureux pour moi que tu aies quitté ton premier état, et que tu sois devenu familier de l'Inquisition. pandolfo.
Et pour moi donc !.. ces maudits Espagnols popularisaient davantage chaque jour en Sicile ce moyen économique de se venger, le duel!., c'est tout au plus s'il m'advenait en un mois une pauvre petite haine de rencontre , un malheureux ressentiment d'occasion... sur. ces entrefaites, mon oncle, l'un des doyens des far iliers, de la Très Sainte-Inquisition a pris sa r \traite et ma donné sa survivance à Naples; j'ai accepté, c'était une fin honorable.
ALTAVILLA
Tu vois que tu n'as rien perdu avec moi... En revenant de Rome , où j'ai porté les dépêches du Prieur au Saint-Père , je suis venu attendre la réponse à Naples, où j'avais dessein ;;g m'arrêter quelque temps... ou ne se presse guc; e de m'envoyer cette réponse , ce qui , par parenthèse, sert admirablement mes projeta... mes frais de voyage m'avaient remis en fon^s, et dès que J'ai retrouvé un ancien ami...
PANDOLFO
t®a Ah ! Monseigneur,,, moi, votre ami!
LA CROIX DE MALTE
ALTAVILLA
Pourquoi pas?., un proverbe dit qu'il est bon d'en avoir jusqu'en enfer... moi, je suis de l'avis de ce proverbe, en me ménageant un protecteur dans la Sainte-Inquisition.
PA.NDOLFO.
Ceci n'est pas mal avisé , surtout lorsqu'on a eu la faiblesse d'enlever des religieuses.
ALTAVILLA
Silence ! ceci est une peccadille oubliée depuis long-temps , et dont le Saint-Office n'a jamais eu connaissance , je le suppose.
PAISDOLFO.
C'est probable... (a part.) Je ne suis pas assez payé pour lui répondre.
ALTAVILLA
Quoi qu'il en soit j'ai ti'ouvc à t'emplo} er utilement pour le service de Tordre de Malte.
Et pour le vôtre.
ALTAVILLA
J'en conviens ; mais en me servant comme tu le fais , tu n'es pas inutile à l'Inquisition.
PAKDOLFO.
Ah!., à qui le dites-vous?., mais quel intérêt si grand avez-vous de faire arrêter ce don Léon de Cabrera , échappé du prieuré , ce chevalier de Malte, qui avait des qualités... des qualités d'un grand poids?..
ALTAVILLA
Je lui ai servi de parrain , et comme tel j'en suis responsable devant l'ordre.
PANDOLFO
Mais, en résumé, quel est votre dessein? comme vous m'en avez prié , je n'ai pas encore remis au gouverneur l'ordre de se joindre à la Sainte-Inquisition pour faire arrêter don Léon partout où il se trouvera.'
ALTAVILLA
Tu as bien fait... le moment n'est pas venu encore... Il faut d'abord que je trouve l'occasion de le surprendre, car ce mystérieux amant, qui ne peut être que don Léon...
PANDOLFO
Cette occasion ne peut tarder, je suis bien sûr qu'après la fête... or, voici que la musique cesse... les lumières commencent à s'éteindre... le jardin est silencieux et désert...
Bien! nous n'avons pas de temps à perdre... Pandoifo ! je puis compter sur toi ?
PANDOLFO
Ah ! Monseigneur !
ALTAVILLA
Je ne te demande pas de serment.
PANDOLFO
Vous avez dit tout à l'heure que nous n'avions pas de temps à perdre...
ALTAVILLA
Ainsi , lu es à mes ordres toute la nuit, quoi que je te demande?
PANDOLFO
Quoi que vous me demandiez; la nuit, le jour... comme vous voudrez... je ne vous quitte plus, Monseigneur, que quand votre affaire sera faite.
ALTAVILLA
Je te remercie.
PANDOLFO
Il n'y a pas de quoi. (S'approcliant de la fenêtre.) Eh, tenez, si je ne me trompe, voici la confidente qui se dirige de ce côté avec le jeune inconnu. altavilla.
Voyons... à la clarté de la lune, je crois reconnaître oui, c'est lui !.. plus de doute
c'est don Léon!., et dona Juana va venir, distu?.. PANDOLFO.
Oh ! j'en suis certain.
ALTAVILLA
Je les tiens, enfin!., retirons-nous, et nous agirons selon les circonstances et notre fantaisie.
PANDOLFO
Cette porte ouvre sur le jardin, venez. (A part.) C'est une bonne journée pour ma femme et mes quatre enfans. (ils sortent par une porte latérale.)
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