‹ Magasin théâtralChapitre 510 sur 1711 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

DONA JUANA, DON LÉON, sortant de derrière

la tapisserie.

DONA JUANA

Léon ! ah ! que j'ai souffert!., ne pas te voir, et ne pouvoir pleurer !..

DON LÉON

Juana! ma Juana!.. (a part.) Suis-je condamné à lui faire éprouver de nouvelles tortures.

DONA JUANA

Je pensais bien que tu viendrais à ce pavillon... aussi mes yeux, mon attention, tout en moi se dirigeait vers cette partie du jardin... et je voyais déjà qu'on me regardait de tous côtés ; oui, tôt ou tard la vérité sera connue... la vérité implacable... Et, pour comble d'effroi, cet homme affreux qui a juré de me poursuivre... cet homme que je soupçonne d'avoir fait assassiner don Luis d'Ayamônte... il est à Naples... DON LÉON , à part.

Je le sais... et je n'ai pu me montrer à cet infâme!.. DONA JUANA.

Il est ici, dans ce palais...

Dans le palais!..

DONA JUANA

Oui... ici... dans cette foide... sous un do- [ mino,,, il a osé me parler... et j'ai reconnu sas®»

ma destinée!.. 11 a voulu prendre ma main dans sa main encore souillée de sang...

DON LÉON

Lui!., il a osé... Juana!..

DONA JUANA

Comme si son amour n'était pas assez sacrilège , même sans être celui d'un assassin ! comprenc!s-tu, Léon?., un chevalier de Malte!., un homme voué à Dieu!., oser lever les yeux sui' une lemme... oser l'aimer... oser le lui dire...

DON LÉON

Mais cette passion , infàoîe dans le misi'^rable qui t'en persécute , ne serait-elle pas excusable, Juana, dans le cœur de celui de ses frères qui t'aurait connue trop tard... qui n'aurait pas eu assez de forces pour renoncer à toi...

DONA JUANA

Que dis-tu, Léon !.. mais tu ne songes donc pas que lafemmequiaécouté un de ces coupables amours, n'a dans son avenir que honte irréparable, que remords et désespoir sans fin... le chevalier de Malte qui se sent une passion au cœur doit l'étoufler et la vaincre... s'il ne le peut , il doit mourir. don léon, à part.

C'est vrai.

Et je n'aurai jamais que du mépris pour ces séductions impies.

DON LÉON , à part.

Comment voulez-vous que je parle , à présent, mon Dieu!..

DONA JUANA

Mais pourquoi penser encore à cet homme... n'avons-nous pas assez de tourmens, assez d'inquiétudes?.. Léon, si mon père est inexorable, plutôt le crime que la honte... je me tuerais,

Léon. DON LÉON.

Te tuer!., ah! tu ne m'aimes pas!..

DONA JUANA

Je ne t'aime pas... moi !..

DON LÉON

Eh bien ! il faut vivre pour moi ! il faut fuir!

DONA JUANA

Fuir!..

DON LÉON

Juana !.. cette existence qui te pèse et te flétrit, elle m'est intolérable, à moi!.. Le jour, n'oser avouer ma présence à Naples... la nuit, trembler sans cesse qu'on ne nous surprenne... n'oser dire que je t'aime, que je suis aimé de toi !.. sentir mon cœur sans cesse dévoré par l'inquiétude et la jalousie, sans garantie du passé, sans espoir dans l'avenir... ce supplice est au-dessus de nos forces... il faut fuir ce pays maudit ; il faut fuir si loin , que nous ayons, du moins, assez d'espace pour respirer librement , assez de calme poiu- pouvoir demander grâce à

Dieu. DONA JUANA.

Fuir, dis-tu!..

DON LÉON

A l'instant même!.. Le jour commence à poindre, n'attendons pas qu'il se lève... J'ai tout prévu, tout préparé... des chevaux nous attendent... Viens, viens.

DONA JUANA

Mais mon père!,, Mais tu ne comprends

LA CROIX DE MALTE

donc pas que tu me demandes d'abandonner mon père?.. don léon.

Préfères-tu le déshonorer ? Il vaut mieux qu'il te regrette que de te maudire !

DO.\A JUA.\A.

Me maudira-t-il moins, si je pars !

DON LÉON

Tu ne l'entendras pas, du. moins.

DONA JUANA

Je l'entendrai dans ma conscience... Je ne fuirai pas, c'est impossible !

Eh bien! alors, adieu Juana!.. c'est trop long-temps lutter contre une destinée inexorable... Tout me manque, à présent, pour ce combat, et force et patience ; si tu veux mourir à présent, je ne t'en empêche plus... je ne te suivrai pas, moi, car je te précéderai. Adieu, Juana. dona juana.

Léon!..

DON LÉON

C'est pour jamais!

DONA JUANA

Pour jamais!.. Eh bien! non, je vivrai, s'il le faut, pour que tu vives!.. Non! je le sens !.. je ne peux me séparer de toi, même pour mourir... Misère, exil et déshonneur, nous partagerons tout ensemble!.. Léon!., tu le veux... eh bien ! eh bien ! partons !

DON LÉON

Partons!..

(Il s'élancent vers le fond , la porte s'ouvre ; don Balthazar d'Ayamonte parait ; à ses côtés est Pandolfo; des domestiques armés, sont en dehors dans le jardin.)

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