‹ Magasin théâtralChapitre 515 sur 1711 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Les Mêmes, LE PRIEUR.

LE PRIEUR

Arrêtez!..

DON BALTHAZAR

Vous ici!., vous, à Naples !..

LE PIUEUR.

Moi-même!., trop tard pour empêcher les fautes de Léon.., assez tût pour obtenir de vous sa grâce. don baltuazar.

Sa grâce!., la grâce de celui qui a perdu ma fille, déshonoré mes cheveux blancs!., lui pardonner... le sauver!.. Ah ! dût l'univers se soulever contre ma colère. Dieu dût-il me foudroyer, je jure qne je me vengerai.

LE PRIEUR

Vous le sauverez, vous dis-je !.. car il n'est pas seul coupable, et ceux qui ont fait à Léon une destinée si funeste...

DON BALTHAZAR

Quels sont-ils? parlez!..

LE PRIEUR

Vous, d'abord, vous, don Balthazar!.. et puis, un autre... un autre qui se repent depuis vingt

ans. DON BALTHAZAR.

Moi!., moi... dites-vous?

LE PRIEUR

Vous-même !... Rappelez-vous dona El vire, votre sœur... coupable, comme dona Juana. elle vous demanda grâce aussi; vous fûtes impitoyable!.. DON BALTHAZAR.

Quoi!., vous savez...

LEPRIEUR.

Je sais tout. Monseigneur. Plutôt que de consentir au mariage que vous lui imposiez, dona Elvire vous avait olîert de passer pour morte, d'aller vivre pauvre, isolée, mendiante, avec son enfant, de l'élever dans l'obscurité qiù convenait à son malheur... vous n'avez répondu à ses larmes et à ses prièi-es qu'en mettant l;i main à votre poignard, Elvire allait être mère, elle n'aurait pas succombé seule... pour sauver la vie de son enfant, elle consentit à tromper un honnête homme. Don Balihazar, qui a jeté, malgré sa mère, cet infortuné dans le monde?., qui lui a donné un nom, une fortune?... qui lui a permis de lever ses regards jusque sur sa .^ noble parente?,, qui lui a donné le droit de

LA CROIX DE MALTE

raiuier jusqu'à l'idolâtrie, jusqu'à la démence, 6®= de voir, n'a pas osé lui faire cette révélation jusqu'au crime?.. N'est-ce pas vous, don Balthazar?... n'est-ce pas votre main qui a préparé tous ces malheurs?

DON BAI-TnAZAR.

Ah î si je fus impitoyable pour Elvire, c'est que le lâche qui l'avait séduite et abandonnée, n'eut pas même le vulgaire courage de rendre au frère la réparation qu'il devait à la sœur... c'est qu'Elvire ne voulut jamais dire le nom de cet homme que j'ignore toujours.

],E PRIELH.

Et si je vous le nommais , moi , m'acrcrderiez-vous d'assouvir sur lui une haine qui respecterait son enfant?

DON BALTHAZAR

Lui!., le lâche!.. Conduisez-moi... guidezmoi... que je le tue!..

LE PRIEUR

Frappez donc... il est devant vous.

DON BALTHAZAR, reculant.

Devant moi!..

LE PRIEUR

Frappez, vous dis-je!..

DON BALTHAZAR

Vous!., vous!., et vous avez osé...

LE PRIEUR

Oui, oui... c'est moi!.. Don Balthazar, je comprends votre colère... frappez donc... mais, par pitié, songez que cet enfant, né d'un crime, je l'aime pour tout ce qu'il me conte... mon repos dans cette vie, et mon salut dans l'autre!.. Hélas ! j'ai veillé sur lui depuis sa naissance , mais dans l'ombre , et comme le malfaiteur qui en voudrait à ses jours. Je ne l'ai vu qu'une fois... je n'ai contemplé qu'une fois ses traits, qui me rappelaient ceux de sa mère!.. Je ne pus l'empêcher d'entrer vivant dans cette tombe dont il m'a fallu rejeter, de ma main, la pieire sur sa tète. Alors, j'ai écrit au Saint-Père, dont je fus autrefois l'ami; je lui ai dit ma faute et l'imprudence de Léon... je lui ai demandé pour moi un châtiment... pour mon fils, des conseils et un appui... Mais le pontife ne m'a point répondu... il me maudit et m'abandonne sans doute!.. Don Balthazar... vous seul pouvez sauver mon lils !.. grâce pour lui !.. Voj^ez mes larmes!., c'est un père qui parle à un père!.. Si vous ne me comprenez pas, don Balthazar, je suis bien malîier.renx ! (a genoux.)

DON BALTHAZAR

Vous!., c'était vous!.. Malgré moi, ma colère expire devant les remords et les douleurs empreints sur ce Iront blanchi... mais quand vous me demandez grâce pour votre fils... qui fera grâce à ma fille?.. L'honneur de ma maison est souillé !.. et ce n'est pas trop de la flamme d'un bûcher pour le purifier.

LE PRIEUR

Mais le bûcher qne l'Inquisition allume dans ses auto-da-fé porte inscrit le nom du criminel et la cause du châtiment... Oui, don Léon sera puni, mais votre fille sera déshonorée!

DON BALTHAZAR

Que dit-il?..

LE PRIEUR

Et je ne vous parle pas de son désespoir, quand elle saura tout; car Léon, que je viens

terrible... Infortunée Juana , frappée par la main de son père!., car, seul, il peut lui sauver l'honneur et la vie... et il ne le veut pas!..

DON BALTHAZAR

L'honneur et la vie !.. Oui elle en mourrait... et notre nom à jamais souillé...

DON BALTHAZAR

Pour ma fille, scu](>ment, je veux bien épargnez cet homme que je déteste.

LE PRIEUR

Oh! Monseigneur!., mais le temps presse, et l'Inquisition... est instruite de tout! on ne peut tarder à venir l'arrêter... à cette heure, sans doute, le palais est cerné...

DON BALTHAZAR

Gouverneur de Naples et Espagnol , j'ai dû me prémunir contre le pouvoir occulte qui nous épie et nous menace sans cesse. ( Il ouvre une porle et parle bas à un domestique; haut, au Prieur.) Les jardins de ce palais touchent à la porte de la ville. (Appelant.) Nunez... Cet homme, qui a toute ma confiance , fera évader don Léon. Dès qu'il sera hors de Naples, qu'un coup de feu m'en avertisse... à vous seulement de préparer Léon à ce départ... qui le sépare pour jamais de Juana... Allez, ne perdez pas un instant.

LE PRIEUR

Monseigneur le gouverneur , que Dieu veille sur vous et vous récompense. (il sort.)

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