LÉONA, LAURE, LE CHEVALIER DES- GRAVAUX, GIULIO
LE CHEVALIER, en enlrani.
Eh! je vous le disais bien, seigneur Giulio, que ma charmante cousine devait être ici. ( A Laure. ) Nous ne sommes pas importuns... nous ne vous dérangeons pas? Dites... nous nous retirons.
LACRE,
Demeurez, messieurs, demeurez.
LE CHEVALIER
A la bonne heure!
GIULIO
Mille remercîmens, mademoiselle, de cette gracieuse faveur.
LACRE, à Giulio.
Au surplus, monsieur, vous disiez hier que vons ne connaissiez pas encore la bibliothèque du château de Cadenet... vous y voilà... voyez... visitez nos faibles richesses...
GIULIO
Vos faibles richesses'.... j'ai rarement vu une aussi nombreuse collection de livres que celle-ci.
LACRE.
Et ce sont tous ouvrages choisis.
LE CHEVALIER
Ah I c'est que mon cousin le baron de Cadenet a toujours su séparer l'ivraie du bon grain. GicLio qui a pris un livre sur un des rayons'. Les œuvres de Pétrarque !
C'est un beau livre; le nom de celle qui l'a inspiré ne mourra jamais.
LE CHEVALIER
Bien des femmes lui ont envié cette gloire frivole; c'est pourtant peu de chose pour l'orgueil d'une noble dame que les chansons d'amour d'un pauvre poète.
LACRE.
Ah ! chevalier... l'ami du cardinal Colonna I... l'ambassadeur que Rome envoyait au saint père I le poète couronné au Capitolel
LE CHEVALIER
L'amant d'une femme qui ne fut célèbre que par sa beauté.
LACRE.
Elle fut aussi une femme sage, une femme
forte.
LE CHEVALIER, à GiuHo, en lui montrant un portrait suspendu à un des panneaux de la salle. Mais tenez , seigneur Giulio, voici le portrait
de cette Laura.
GICLIO.
Eh quoil ce charmant portrait... mais je Taurais pris pour un portrait de famille.
LK CUEVALIER.
Mais c'en est un aussi... cette madonna Laura était fille d'Audibert de Nangis, chevalier; elle épousa Hugues de Sades*. Vous vous nommez aussi Laure de Nangis... vous êtes belle... ne pensez-vous pas que quelque jour vous aurez aussi votre poète ?
LACRE.
Tous ces rêves d'amour et de poésie ne sont que dans les livres; il n'y a rien de tel dans la vie. GIULIO, à part.
Pauvre fille! elle doute encore de ma sincérité. Oh ! mais je lui reparlerai, et elle ne doutera plus de moi.
CN VALET, entrant.
Mademoiselle, madame la marquise, votre tante, vous fait appeler.
LACRE.
J'y vais. [A Giulio et au chevalier.) Pardon, messieurs, veuillez m'excuser.
LÉ07ÏA . à part.
Je ne sais pas, mais il me semble qu'elle obéit a regret aux ordres de la marquise; j'éclaircirai cela.
Elle sort avec Laure.