‹ Magasin théâtralChapitre 525 sur 1711 · GIULIO, LE BARON DE CADENET, LE CHEVALIER DESGRAVAUX · texte numérisé non relu

GIULIO, LE BARON DE CADENET, LE CHEVALIER DESGRAVAUX

LE BARON , qui en entrant a pris la inain de Giulio. Bonjour, mon jeune hôte, bonjour... (Au chevalier. ) Chevalier, votre serviteur.

LE CHEVALIER

Mon cousin, je suis bien le vôtre.

LE BARON

Ahçà! chevalier, qu*ai-je appris? Vous nous quittez?

LE CHEVALIER

Demain dès l'aube du jour, mon cousin.

LE BARON

Et pourquoi partez-vous ?

GIULIO

Monsieur le chevalier est sans doute obligé de retourner dans ses terres... inspecter ses domaines, ses paysans?

LE BABON.

Ses domaines!... ses paysans!

LE CHEVALIER

Ne voyez-vous pas que monsieur veut raillei... Il sait bien que mes terres sont de vraies roches pelées, que mes domaines sont des masures en ruines, et que je n'ai pas un seul paysan... Je lui ai tout dit... Et pourquoi lui aurais-je caché la vérité? Je suis sans vanité, moi : je dis à qui veut l'entendre. ( Tirant un vieux portefeuille de sa poche.) Voyez-vous ce portefeuille... là -dessus est brodé mon écusson .. il porte un chardon de sfmple en champ de sable. Eh bien 1 on peut dire, en toute vérité, que ce sont des armes parlantes : car dans toute l'étendue de mes domaines il ne croît que de mauvaises herbes ; j'ai un château, mais je n'ose plus y demeurer, tant il menace ruine : depuis bientôt deux années il pleut dans ma chambre à coucher, et c'est pourtant la seule qui soit un peu habitable... Qu'y ferais-je, n'ayant ni sou ni maille pour relever ces décombres? Je laisse la pluie et le vent démolir mon bien, et je m'en vais errant de côté et d'autre, en prenant ma vie chez les nobles parens qui veulent accueillir un pauvre cousin aussi noble qu'eux, mais mal accommodé par la fortune. Voici longues années que je passe ainsi ma vie, me tenant à l'abri des calamités qui ont frappé de plus heureux que moi. J'ai mis toute ambition sous les pieds ; c'est le moyen de ne se heurter contre aucun ennemi : personne n'en veut à quiconque ne veut rien de personne... mais comme mes parens hospitaliers doivent avoir tous des droits égaux à ma reconnaissance, je reste six semaines chez chacun d'eux, ni plus ni moins... ce soir même il y aura six semaines que je suis au château de Cadenet; et voilà, mon cousin, voila pourquoi je pars.

LE BABON.

Mais vous, monsieur Giulio de Lara, vous ne pensez pas encore à nous quitter, n'est-ce pas ?

LE CHATEAU DU SAINT-GERMAIN

GIULIO

Enhardi par vos bontés, monsieur le baron, j'ai formé le jirojel de différer les affaires qui m'appellent à Paris et de rester auprès de vous deux ou trois semaines encore.

LE BARON

Dix, si vous voulez; puissiez-vous nous quitter le plus tard possible!

LE CHEVALIER

Mais, grand Dieu ! mon cousin î voilà que je m'en aperçois seulement! Que se passe-t-il donc céans, que vous voilà habillé comme pour un enterrement?

LE BARON

Aujourd'hui on va célébrerlà, dans la chapelle du château, un service pour l'ame de monseigneur Henri de Montmorency. {Â Giutio. ) Voulez-vous y assister, monsieur?

GICLIO.

Si je le veux... j'ai en grande vénération la mémoire du dernier duc de Montmorency: c'est un martyr et un saint dans le ciel.

LE CHEVALIER , à part.

Et moi qui le croyais pour le cardinal ! GICLIO, d'un ton pénétré.

Il existe donc encore quelques amis fidèles à la mémoire de cette noble victime! On prie ici pour celui dont personne n'ose prononcer tout haut le nom.

LE BARON , d'une voîx sombre.

Jusqu'à mon dernier jour, je ferai prier solennellement pour l'ame de Henri de Montmorency, assassiné par la jalousie de Richelieu et la lâcheté de Gaston.

GIULIO

Vous avez été l'ami et le fidèle partisan de Montmorency, monsieur le baron; vous l'avez servi de vos conseils et de votre épée jusqu'au dernier jour de sa vie ; mais comment se peut-il que vous l'ayez laissé se sacrifier imprudemment aux intérêts d'un prince si peu ferme en ses amitiés, et qui toute sa vie a si mal tenu sa parole ? Vous sage et prudent, vous vieilli dans la guerre et les affaires d'état, vous vous êtes fié aux promesses de Gaston !

LE BARON

Les promesses de Gaston!., la parole de Gaston!.. Mais qui s'y serait fié ? Il fallait d'autres garanties, il les donna...

GIULIO

Il les donna!.. Mais alors pourquoi ne s'en eston pas servi? Ce manifeste à la main, pourquoi n'a-t-on pas forcé Gaston à sauver Montmorency? LE BARON étonné.

Qu'entends je? [Au Chevalier.) Chevalier, veuillez me laisser avec monsieur.

LE CHEVALIER

.Te suis de trop, j'obéis. {A part.] Enfin je sais ce qu'il pense, l'Italien... à moins pourtant que ce ne soit un jeu, pour plaire au vieux baron.

Il sort.

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